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ESSAI

SUR LA

LITTÉRATURE ANGLOISE

ET

CONSIDÉRATIONS

SUR LE GÉNIE DES HOMMES, DES TEMPS ET DES RÉVOLUTIONS.

AVERTISSEMENT.

oublié. Un de mes honorables et savants confrères de l'Académie françoise n'est pas toujours, il est

vrai, d'accord avec l'historien des Bardes; M. de la L'Essai sur la littérature angloise qui précède Rue est Trouvère et M. Raynouard, Troubadour : ma traduction de Milton se compose :

c'est la querelle de la langue d'Oc et de la langue 1° De quelques morceaux détachés de mes an- d'Oil'. eiennes études, morceaux corrigés dans les tyle, rec- L'Idée de la poésie angloise (1749) de l'abbé tifiés pour les jugements, augnientés ou resserrés Yart, la Poétique angloise (1806) de M. Hennel, quant au texte;

peuvent être consultées avec fruit. M. Hennel sait 2. De divers extraits de mes Mémoires , extraits parfaitement la langue dont il parle. Au surplus, qui se trouvoient avoir des rapports directs ou in- on annonce diverses collections , et pour les vrais direets avec le travail que je livre au public;

amateurs de la littérature angloise, la Bibliothè3. De recherches récentes relatives à la matière de que anglo-françoise , de M. O'Sullivan, ne laissera cet Essai.

rien à désirer. J'ai visité les États-Unis; j'ai passé huit ans exilé

J'ai peu de chose à dire de ma traduction. Des en Angleterre ; j'ai revu Londres comme ambassa

éditions, des commentaires, des illustrations, des deur, après l'avoir vu comme émigré : je crois savoir l'anglois autant qu'un homme peut savoir une

recherches, des biographies de Milton, il y en a par langue étrangère à la sienne.

milliers. Il existe en prose et en vers une douzaine J'ai lu en conscience tout ce que j'ai dû lire sur le de traductions françoises et une quarantaine d'ia sujet traité dans ces deux volumes ; j'ai rarement mitations du Poëte, toutes très-bonnes; après moi cité les autorités, parce qu'elles sont connues des viendront d'autres traducteurs, tous excellents. A la hommes de lettres, et que les gens du monde ne tête des traducteurs en prose est Racine le fils; à s'en soucient guère : que font à ceux-ci Warton, la tête des traducteurs en vers, l'abbé Delille. Evans, Jones, Percy, Owen, Ellis, Leyden, Édouard Une traduction n'est pas la personne, elle n'est Williams, Tyrwhit, Roquefort, Tressan , les col- qu'un portrait : un grand maître peut faire un adlections des historiens, les recueils des poëtes, les mirable portrait; soit : mais si l'original étoit placé manuscrits, etc. ? Je veux pourtant mentionner ici auprès de la copie, les spectateurs le verroient chaun ouvrage françois, précisément parce que les jour. cun à sa manière, et différeroient de jugement sur mux me semblent l'avoir trop négligé : on consa

la ressemblance. Traduire, c'est donc se vouer au ere de longs articles à des écrits futiles; à peine métier le plus ingrat et le moins estimé qui fut accorde-t-on une vingtaine de lignes à des livres ins. oncques; c'est se battre avec des mots pour leur tructifs et sérieux.

faire rendre dans un idiome étranger un sentiment, Les Essais historiques sur les Bardes, les Jon- une pensée, autrement exprimés, un son qu'ils n'ont gleurs, etc., de M. l'abbé de la Rue, méritent de fixer pas dans la langue de l'auteur. Pourquoi donc ai-je l'attention de quiconque aime une critique saine, " Au momenl même où j'écris cet éloge de l'abbé de la Rue, une érudition puisée aux sources et non composée de dont je ne connois que les ouvrages , je reçois, comme un re

merciment, le billet de parl qui m'annonce la mort de cet bribes de lectures, dérobées à quelque investigateur l ami de Walter Scott.

CRATEAUBRIAND

-TONE ,

de

ou suspendus sur la cime des rochers comme l'aire des limons de son lit, sans s'embarrasser si son onde traduit Milton? Par une raison que l'on trouvera à est pure ou troublée. la fin de cet Essai.

On peut s'exercer sur quelques morceaux choisis Qu'on ne se figure pas d'après ceci que je n'ai mis d'un ouvrage, et espérer en venir à bout avec du aucun soin à mon travail; je pourrois dire que ce temps : mais c'est tout une autre affaire , lorsqu'il travail est l'ouvrage entier de ma vie, car il y a s'agit de la traduction complète de cet ouvrage, trente ans que je lis, relis et traduis Milton. Je sais la traduction de 10,467 vèrs ; lorsqu'il faut suivre respecter le public; il veut bien vous traiter sans l'écrivain, non-seulement à travers ses beautés, façon, mais il ne permet pas que vous preniez avec mais encore à travers ses défauts, ses négligences lui la même liberté : si vous ne vous souciez guère et ses lassitudes; lorsqu'il faut donner un égal soin de lui, il se souciera encore moins de vous. J'en

aux endroits arides et ennuyeux, être attentif à appelle au surplus aux hommes qui croient encore l'expression, au style, à l'harmonie, à tout ce qui qu'écrire est un art : eux seuls pourront savoir ce

compose le poëte; lorsqu'il faut étudier le sens, que la traduction du Paradis perdu m'a coûté d'é

choisir celui qui paroît le plus beau quand il y en a tudes et d'efforts.

plusieurs, ou deviner le plus probable par le caracQuant au système de cette traduction, je m'en

tère du génie de l'auteur; lorsqu'il faut se souvenir suis tenu à celui que j'avois adopté autrefois pour

de tels passages souvent placés à une grande disles fragments de Milton, cités dans le Génie du

tánce de l'endroit obscur, et qui l'éclaircissent : ce Christianisme. La traduction littérale me paroît

travail, fait en conscience, lasseroit l'esprit le plus toujours la meilleure : une traduction interlinéaire

laborieux et le plus patient. seroit la perfection du genre, si on lui pouvoit ôter

J'ai cherché à représenter Milton dans sa vérité ; ce qu'elle a de sauvage.

je n'ai fui ni l'expression horrible, ni l'expression Dans la traduction littérale, la difficulté est de

simple, quand je l'ai rencontrée; le Péché a des ne pas reproduire un mot noble par le mot corres.

chiens aboyants, ses enfants, qui rentrent dans pondant qui peut être bas, de ne pas rendre pe leur chenil, dans ses entrailles; je n'ai point rejeté sante une phrase légère, légère une phrase pesante, cette image. Eve dit que le serpent ne vouloit point en vertu d'expressions qui se ressemblent, mais qui lui faire du mal, du tort; je me suis bien gardé n'ont pas la même prosodie dans les deux idiomes. de poétiser cette naïve expression d'une jeune

Milton, outre les luttes qu'il faut soutenir contre femme qui fait une grande révérence à l'arbre de la son génie, offre des obscurités grammaticales sans Science après avoir mangé du fruit : c'est comme nombre; il traite sa langue en tyran, viole et mé- cela que j'ai senti Milton. Și je n'ai pu rendre les prise les règles : en françois, si vous supprimiez ce beautés du Paradis perdu, je n'aurai pas pour qu'il supprime par l'ellipse; si vous perdiez sans excuse de les avoir ignorées. cesse comme lui votre nominatif, votre régime; Milton a fait une foule de mots qu'on ne trouve si vos relatifs perplexes rendoient indécis vos anté- pas dans les dictionnaires : il est rempli d'hébraïscédents, vous deviendriez inintelligible. L'invoca- mes, d'hellénismes, de latinismes : il appelle, par tion du Paradis perdu présente toutes ces diffi- exemple, un Commandement, une Loi de Dieu, cultés réunies : l'inversion suspensive qui jette à la la première fille de sa voix ; il emploie le génitif césure du septième vers le Sing, heavenly Muse, absolu des Grecs, l'ablatif absoludes Latins. Quand est admirable; je l'ai conservée afin de ne pas tom- ses mots composés n'ont pas été trop étrangers à ber dans la froide et régulière invocation grecque notre langue dans leur étymologie tirée des lanet françoise, Muse céleste, chante, et pour quegues mortes ou de l'italien, je les ai adoptés : ainsi l'on sente tout d'abord qu'on entre dans des ré- j'ai dit emparadisé, fragrance, etc. Il y a quelgions inconnues : Louis Racine l'a conservée égale- ques idiotismes anglois que presque tous les traducment, mais il a cru devoir la régulariser à l'aide teurs ont passés, comme planet-struck : j'ai du d'un gallicisme qui fait disparoître toute poésie : moins essayé d'en faire comprendre le sens, sans c'est ce que je t'invite à chanter, Muse céleste. avoir recours à une trop longue périphrase.

Milton, après ce début, prend son vol, et pro- Au reste, les changements arrivés dans nos inslonge son invocation à travers des phrases inciden- titutions nous donnent mieux l'intelligence de tes et interminables, lesquelles produisant des ré- quelques formes oratoires de Milton. Notre langue gimes indirects, obligent le lecteur à des efforts est devenue aussi plus hardie et plus populaire. Mild'attention, antipathiques à l'esprit françois. Point ton a écrit comme moi, dans un temps de révolud'autre moyen de s'en tirer que de couper l'invo- tion, et dans des idées qui sont à présent celles de cation et l'exposition, de régénérer le nominatif notre siècle : il m'a donc été plus facile de garder dans le nom ou le pronom. Milton, comme un ces tours que les anciens traducteurs n'ont pas osé fleuve immense, entraîne avec lui ses rivages et les hasarder. Le poëte use de vieux mots anglois, sou

vent d'origine francoise ou latine; je les ai trans- écrit cet Essai qu'à l'occasion du Paradis perdu. latés par le vieux mot françois, en respectant la J'analyse ses divers ouvrages; je montre que les rélangue rhythmique et son caractère de vétusté. Je volutions ont rapproché Milton de nous; qu'il est ne crois pas que ma traduction soit plus longue | devenu un homme de notre temps; qu'il étoit aussi que le texte; je n'ai pourtant rien passé.

grand écrivain en prose qu'en vers : pendant sa vie Je me suis servi pour cette traduction d'une édi la prose le rendit célèbre, la poésie, après sa mort; tion du Paradis perdu, imprimée à Londres,

mais la renommée du prosateur s'est perdue dans chez Jacob Tonson, en 1725, et dédiée à lord Som

la gloire du poëte. mers, qui tira le fameux poëme d'un injurieux oubli.

Je dois prévenir que, dans cet Essai, je ne me Cette édition est conforme aux deux premières, suis pas collé à mon sujet comme dans la traducfaites sous les yeux de Milton et corrigées par lui : lion : je m'occupe de tout, du présent, du passé, l'orthographe est vieille; les élisions des lettres, fré

de l'avenir; je vais çà et là: quand je rencontre le quentes; les parenthèses, multipliées; les noms pro

moyen âge j'en parle; quand je me heurte contre pres, imprimés en petites capitales.

la Réformation, je m'y arrête; quand je trouve la J'ai maintenu la plupart des parenthèses, puis

révolution angloise, elle me remet la nôtre en méque telle étoit la manière d'écrire de l'auteur : elles

moire, et j'en cite les hommes et les faits. Si un donnent de la clarté au style. Les idées de Milton

royaliste anglois est jeté en geôle, je songe au logis sont si abondantes, si variées, qu'il en est embar

que j'occupois à la Préfecture de police. Les poëtes rassé ; il les divise en compartiments, pour les coor

anglois me conduisent aux poëtes françois; lord donner, les reconnoître et ne pas perdre l'idée mère

Byron me rappelle mon exil en Angleterre, mes dont toutes ces idées incidentes sont filles.

promenades à la colline d'Harrow, et mes voyages J'ai aussi introduit les petites capitales dans

à Venise; ainsi du reste. Ce sont des mélanges qui quelques noms et pronoms, quand elles m'ont paru

ont tous les tons, parce qu'ils parlent de toutes les propres à ajouter à la majesté ou à l'importance du

choses; ils passent de la critique littéraire élevée ou personnage, et quand elles ont fait disparoître des

familière, à des considérations historiques, à des amphibologies. Pour le texte anglois imprimé en

récits, à des portraits, à des souvenirs généraux regard de ma traduction, on s'est servi de l'édition

ou personnels. C'est pour ne sürprendre personne, de sir Egerton Brydges, 1835 : elle est d'une cor

pour que l'on sache d'abord ce qu'on va lire, pour rection parfaite et convient mieux aux lecteurs de

qu'on voie bien que la littérature angloise n'est ici te temps-ci.

que le fond de mes stromates ou le canevas de mes

broderies; c'est pour tout cela que j'ai donné un seEnfin j'ai pris la peine de traduire moi-même de

cond titre à cet Essai. nouveau jusqu'au petit article sur les vers blancs, ainsi que les anciens arguments des livres, parce qu'il est probable qu'ils sont de Milton. Le respect

INTRODUCTION. pour le génie a vaincu l'ennui du labeur; tout m'a paru sacré dans le texte, parenthèses, points, virgules : les enfants des Hébreux étoient obligés d'ap

DU LATIN prendre la Bible par cour depuis Dérésith jusqu'à Malachie.

COMME SOURCE DES LANGUES DE L'EUROPE LATINE. Qui s'inquiète aujourd'hui de tout ce que je viens Lorsqu'un peuple puissant a passé ; que la langue de dire? qui s'avisera de suivre une traduction sur dont il se servoit n'est plus parlée, cette langue reste le texte? qui saura gré au traducteur d'avoir vaincu monument d'un autre âge, où l'on admire les chefsune difficulté, d'avoir pâli autour d'une phrase des d'æuvre d'un pinceau et d'un ciseau brisés. Dire journées entières ? Lorsque Clément mettoit en lu- comment les idiomes des peuples de l'Ausonie demièré un gros volume à propos de la traduction vinrent l'idiome latin; ce que cet idiome des Géorgiques, chacun le lisoit et prenoit parti caractère des tribus sauvages qui le formerent; ce pour ou contre l'abbé Delille: en sommes-nous

qu'il perdit et gagna par la conversion d'un gouverlà? Il peut arriver cependant que mon lecteur soit

nemënt libre en un gouvernement despotique, et quelque vieil amateur de l'école classique, revivant plus tard par la révolution opérée dans la religion de au souvenir de ses anciennes admirations, ou quell'État; dire comment les nations conquisés et conque jeune poëte de l'école romantique allant à laquérantes apporterent une foule o

quérantes apportèrent une foule de locutions étranchasse des images, des idées, des expressions, pour gères à cet idiome; comment les débris de cet idiome en faire sa proie, comme d'un butin enlevé à l'en- formèrent la base sur laquelle s'élevèrent les dialecnemi.

tes de l'ouest et du midi de l'Europe moderne, seroit Au reste, je parle fort au long de Milton dans le sujet d'un immense ouvrage de philologie. l'Essai sur la littérature anglaise, puisque je n'ai Rien en effet ne pourroit être plus curieux et plus instruetif que de prendre le latin à son commence- , son temps, la langue latine changeoit dans tous les ment, et de le conduire à sa fin à travers les siècles pays : regionibus mutatur; Festus, au cinquième et les génies divers. Les matériaux de ce travail sont siècle, se plaint de l'ignorance où l'on est déjà tombé déjà tout préparés dans les sept traités de Jean Ni- touchant la construction du latin; saint Grégoire colas Funck : de Origine lingua latinæ tractalus; le Grand déclare qu'il a peu de souci des solécismes de Pueritia latinæ linguæ tract.; de Adolescentia et des barbarismes; Grégoire de Tours réclame latinæ linguæ tract.; de virili Ætate latinæ linguæ l'indulgence du lecteur pour s'être écarté, dans le tract.; de imminenti latinæ linguæ Senectute tract.; style et dans les mots, des règles de la grammaire de vegeta latinæ linguæ Senectute tract.; de inerti dont il n'est pas bien instruit : non sum imbutus; et decrepita latinæ linguæ Senectute tractatus. les serments de Charles le Chauve et de Louis le La langue grecque dorique, la langue étrusque

Germanique nous montrent le latin expirant; les et osque des hymnes des Saliens et de la Loi des hagiographes du septième siècle font l'éloge des Douze Tables dont les enfants chantoient encore évêques qui savent parler purement le latin , et les les articles en vers du temps de Cicéron, ont pro

conciles du neuvième siècle ordonnent aux évêques duit la langue rude de Duillius, de Cæcilius et d'En- de prêcher en langue romane rustique. nius; la langue vive de Plaute, satirique de Lucilius, C'est donc du septième au neuvième siècle, entre grécisée de Térence, philosophique, triste, lente et ces deux époques précises, que le latin se métamorspondaïque de Lucrèce, éloquente de Cicéron et de phosa en roman de différentes nuances et de divers Tite-Live, claire et correcte de César, élégante

accents, selon les provinces où il étoit en usage. Le d'Horace, brillante d'Ovide, poétique et concise de latin correct qui reparoît dans les historiens et les Catulle, harmonieuse de Tibulle, divine de Virgile,

écrivains à compter du règne de Charlemagne, n'est pure et sage de Phèdre.

plus le latin parlé, mais le latin appris. Le mot laCette langue du siècle d'Auguste (je ne sais à

tin ne signifia bientôt plus que roman, ou langue quelle date placer Quinte-Curce ) devint, en s'alté

romane, et fut pris ensuite pour le mot langue

en général : les oiseaux chantent en leur LATIN. rant, la langue énergique de Tacite, de Lucain, de

Une langue civilisée née d'une langue barbare Sénèque, de Martial; la langue copieuse de Pline

diffère, dans ses éléments, d'une langue barbare l'Ancien, la langue fleurie de Pline le jeune, la lan

émanée d'une langue civilisée : la première doit resgue effrontée de Suétone, violente de Juvénal,

ter plus originale, parce qu'elle s'est créée d'elleobscure de Perse, enflée ou plate de Stace et de Silius Italicus.

même, et qu'elle a seulement developpé son germe;

la seconde (la langue barbare), entée sur une lan- Après avoir passé par les grammairiens Quinti

gue civilisée, perd sa séve naturelle et porte des lien et Macrobe; par les épitomistes Florus , Vel- ' fruits étrangers. léius Paterculus, Justin, Orose, Sulpice Sévère;

Tel est le latin relativement à l'idiome sauvage par les Pères de l'Eglise et les auteurs ecclésiasti

qui l'engendra; telles sont les langues modernes de ques, Tertullien, Cyprien, Ambroise, Hilaire de

l'Europe latine, par rapport à la langue polie dont Poitiers, Paulin, Augustin, Jérôme, Salvien; par les

elles dérivent. Une langue vivante qui sort d'une apologistes, Lactance, Arnobe, Minutius Félix ; par

langue vivante, continue sa vie; une langue vivante les panegyristes, Eumène, Mamertin, Nazairius; qui s'épanche d'une langue morte, prend quelque

chose de la mort de sa mère; elle garde une foule lin, et les biographes des l'Hisloire auguste ; par de mots expirés : ces mots ne rendent pas plus les les poëtes de la décadence et de la chute, Ausone, perceptions de l'existence que le silence n'exprime Claudien, Rutilius, Sidoine Apollinaire, Prudence,

le son. Fortunat: après avoir reçu de la conversion des re Y a-t-il eu', vers la fin de la latinité, un idiome ligions, de la transformation des meurs, de l'inva- de transition entre le latin et les dialectes modersion des Goths, des Alains, des Huns, des Arabes, nes, idiome d'un usage général de ce côté-ci des etc., les expressions obligées des nouveaux besoins Alpes et du Rbin? La langue romane rustique, si et des idées nouvelles ; cette langue retourna à une souvent mentionnée dans les conciles du neuvième autre barbarie dans le premier historien de ces Francs siècle, étoit-elle cette langue romane, ce provençal qui commencèrent une autre langue, après avoir parlé dans le midi de la France ? Le provençal détruit l'empire romain chez nos pères.

étoit-il le catalan, et fut-il formé à la cour des Les auteurs ont noté eux-mêmes les altérations comtes de Barcelone ? Le roman du nord de la successives du latin de siècle en siècle : Cicéron Loire, le roman wallon ou le roman des trourea affirme que dans les Gaules on employoit beaucoup res qui devint le francois, précéda-t-il le roman du de mots dont l'usage n'étoit pas reçu à Rome : ver-midi de la Loire ou le roman des troubadours ? La non trila Romæ ; Martial se sert d'expressions langue d'Oc et la langue d'Oil empruntèrent-elles le celtiques et s'en vante; saint Jérôme dit que, de 1 sujet de leurs chansons et de leurs histoires à des

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