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SUR

MADAME ROLAND.

Les Mémoires de madame Roland ont, pour le lecteur éclairé un charme inexprimable : ingénuité, grâce, force esprit, grandeur; tout ce que l'on conçoit de beau, de bon, de noble se trouve dans ces pages tracées d'une main si calme par une femme dont la tête devait, quelques jours plus tard , rouler sur l'éehafaud. C'était des mémoires d'outretombe qu'écrivait madame Roland ; elle le savait, et sa sérénité n'en était pas altérée; c'est que la fragilité du corps importait peu à cette belle et grande âme, à laquelle un retour sur le passé ne pouvait que donner de nouvelles forces.Aussi n'est-ce pas sans émotion que nous essayons d'esquisser cette histoire que la plume de Plutarque n'eût point dédaignée.

Madame RoLAND, née Phlipon (Manon-Jeanne), était fille d'un artiste auquel son talent, comme peintre et graveur, sans être de premier ordre, avait assuré une position indépendante. Elle naquit en 1754, et montra de bonne heure une activité d'esprit extraordinaire : on peut dire qu'en elle le désir de connaître et l'amour du beau étaient innés, ce qui explique les progrès rapides qu'elle fit tout d'abord dans l'histoire, le dessin, la musique, etc. Tout ce qui lui tombait sous la main était pour elle sujet d'étude, à ce point qu'ayant trouvé chez son père un traité de l'art héraldique, elle devint en peu de temps très-forte sur le blason : elle avait alors sept | ) ans ct demi.

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Cette raison si précoce troubla quelque peu le calme des premières années de madame Roland ; elle voulait savoir le pourquoi de chaque chose, se montrait impatiente de toute espèce de joug, et ne consentait à faire ce qu'on exigeait d'elle qu'autant qu'on lui prouvait que cela était juste. Elle avait huit ans, lorsqu'elle lut la Vie des, hommes illustres de Plutarque, et cette lecture lui offrit tant de charmes, qu'elle ne pouvait se séparer du livre : Je n'oublierai jamais, dit-elle dans ces mémoires, le carême de 1763, où j'emportais à l'église Plutarque en guise de semaine sainte. » Les idées républicaines de madame Reland datent de cette époque, et il n'en pouvait être autrement : accoutumée de bonne heure à ne reconnaître d'autre supériorité que celle du talent ct de la vertu, l'histoire des hommes de Plutarque devait nécessairement faire vibrer les cordes les plus harmonieuses de ce cœur généreux. Puis, comme il fallait de l'aliument à cette âme ardente, elle se laissa bientôt dominer par les idées religieuses, ct cllc obtint de ses parents de passer une auuée au couveut. Douée des qualités que nous venons d'énumérer, la nouvelle pensionnaire vit sa supériorité promptement reconnue par ses compagues et par les religieuses , et l'année qu'elle passa dans cette rctruite fut, en quelque sorte, la plus douce de sa vie. Rentrée sous le toit paternel, mademoiselle Phlipon continua à étudier avcc la même ardeur; elle ne tarda pas a faire, en physique, en mathématiques , des progrès extraordinaires : mais à mesure qu'elle avançait dans la connaissance des sciences exactes, elle sentait diminuer la soi qui l'avait rendue si heureuse : ce fut ainsi qu'après avoir vaiuement tenté de concilier deux choses inconciliables de toute éternité, la raison et l'enthousiasmc, elle arriva au septicisme le plus complet , de catholique ardente et déiste pure qu'elle avait été successiveIncnt. La mort de sa mère lui causa le plus violent des chagrins qu'elle était destinée à souffrir ; un noir pressentimcnt ' lui

avait annoncé ce malheur, et la douleur qu'elle en ressentit "

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