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et qu'on le descendît de son lit de repos. Il fit sa profession de foi, pria pour l'église, et déclara qu'il pardonnait à ses ennemis. C'est ainsi qu'il s'éteignit le 29 août 1799, âgé de presque 82 ans, dont il avait passé les vingt - quatre derniers sur le trône. Ses restes, déposés d'abord dans un souterrain de la citadelle de Valence, furent quelque temps après remis au même cardinal Spina, et transportés à Rome,où les attendait un magnifique tombeau élevé dans la basilique de Saint-Pierre. Pendant son règne, un des plus longs qu'ait vus l'église, Pie VI créa 62 cardinaux, parmi lesquels son successeur et quatre Français, MlM. de La Rochefoucauld, de Rohan, de Loménie et de Montmorency. Pie VI illustra les dernières années de sa vie par la noble et touchante résignation qu'il montra dans ses adversités. Se mettant à la hauteur de son infortune, n'ayant plus d'état à gouverner ni d'intérêts à défendre, il ne prit soin que de sa dignité. Une vie pure, un âge avancé, une figure imposante, son haut rang, et l'haJbitude qu'il avait de la représentation, intéressaient vivement en sa faveur, et les vertus du martyr expièrent les torts du pontife. Il n'en eut pas de graves à se raprocher, n'ayant été ni persécuteur, ni fanatique; sa vanité seule doit être regardée comme la source principale de ses fautes et de ses revers. Par une destinée singulière, l'homme qui avait toujours lutté contre la France, mourut recevant les hommages désintéressés de tous les Français, et eelui qui par ses erreurs avait le T• XVI •

plus contribué à l'abaissement du pouvoir † lui fut d'une grande utilité, et contribua peutêtre à le relever par sa catastrophe. Pie VI, grand, bien fait, d'une physionomie heureuse, ayant la démarche noble, tirait vanité de ces avantages extérieurs, et cherchait toutes les occasions pour les faire admirer. On lui a sévèrement reproché cette faiblesse peu digne d'un esprit judicieux, et presque coupable dans un souverain pontife. Mais la plupart des cérémonies religieuses sont destinées à frapper les sens, et rien n'etait plus imposant que de voir, dans des jours d'appareil , Pie VI la tête ceinte- d'un triple diadême , paré de vêtemens d'une blancheur éblouissante, planer sur une multitude prosternée, et semblant annoncer aux peuples sa domination universelle sur la terre. PIE VII ( GRÉGoIRE - BARNABÉLoUIs - CHIARAMoNTE ) , naquit à Césène le 24 août 1742.Sa famille, plus noble que riche, se disait l'alliée de l'illustre maison française de Clermont. Entraîné par une véritable vocation, le jeune Chiaramonte adopta l'institut de Saint-Benoît, où ses premières années se passèrent dans la méditation et l'étude. Après avoir enseigné quelque temps la théologie dans son couvent , dont il devint abbé, il se vit élevé à la dignité épiscopale, occupant suc- . cessivement les siéges de Tivoli et d'Imola. Ce fut dans cette dernière résidence qu'il reçut le chapeau de cardinal. En 1796, lorsque l'armée française envahit l'Italie, par une absurdité dont les

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hommes se sont rendus souvent coupables, on tourna contre les populations, les armes destinées à briser leurs chaînes. Le cardinal Chiaramonte se trouvait au milieu d'une masse insurgée contre les Français, et à la tête d'un diocèse arraché au sceptre pontifical pour faire partie d'une nouvelle republique, dont la constitution blessait le double pouvoir de Rome. Dans une position aussi, difficile, où un prince de l'église ne pouvait qu'applaudir aux efforts de ses diocésains contre des soldats étrangers, l'évêque d'Imola, ne calculant que les maux prêts à fondre sur un peuple inexpérimenté, rappela son troupeau à l'ordre et à l'obéissance , et se chargea de plaider sa cause auprès d'un vainqueur irrité, dont

il parvint à désarmer la vengean- .

ce. Voulant s'opposer en même temps aux machinations des artisans de discorde , et combattre les fanatiques avec leurs propres armes, il publia cette fameuse homélie, monument de paix et de sagesse, où il établit, par l'application adroite de quelques passages de l'Écriture, la compatibilité de la religion catholique avec le système républicain , usant ainsi de l'influence de son ministère , pour empêcher que le peuple ne se jetât dans les chances incalculables d'un mouvement révolutionnaire. Cette conduite lui gagna l'estime des vainqueurs, et la reconnaissance de ses ouailles, que sa voix seule avait pu arrêter sur le bord de i'abîme. La mort de Pie Vl laissait le vaisseau de l'église exposé à mille tempêtes. Il y avait plus de dévouement que

de calcul à vouloir en être le pilote; cependant toutes les ambitions étaient en jeu pour en saisir le timon. Le conclave qui s'ouvrit à Venise vit accourir de toutes parts les membres épars du sacré-collége, qui durent s'étonner de ce qu on leur permettait de s'occuper de la réélection d'un pontife. Le cardinal Chiaramonte parut au milieu de ses confrères sans projets et sans espérance. Il ne se flattait pas de trouver une couronne dans une ville oû , sans les secours d'un ami , il aurait été embarrassé d'arriver. Mais le sort en avait disposé autrement : l'évêque d'Imola fut proclamé pape. par une de ces transactions, qui déterminent souvent le choix d'un conclave. Il s'empressa de se rendre à Rome, contre l'avis de plusieurs cardinaux , et malgré les démarches de la cour de Vienne , qui aurait voulu le retenir dans une ville soumise à la donmination autrichienne. Il trouva sa capitale occupée par les troupes napolitaines, dont la présence ne l'empêcha pas de désapprouver la sanglante réaction de la cour de Sicile contre ses sujets , et de se prononcer fortement contre l'exécution d'un évêque et de plusieurs ecclésiastiques. La révolution du 18 brumaire venait de changer la face des affaires en France. Bonaparte, en renversant la constitution qu'elle s'était donnée, et que la faiblesse du directoire-exécutif n'avait pas pu garantir, avait fait un essai hardi de ses forces. Il ne se déguisa pas la facilité qu'il aurait de s'emparer du pouvoir, et par

mi les moyens qu'il se proposait

d'employer, la religion ne lui parut pas le moins puissant pour s'y affermir. Lorsque la victoire de Marengo remit complètementdans ses mains les destinées de la France, il crut ce moment favorable pour exécuter ses projets. Au milieu du carnage de cette journée et sur le champ de bataille même, il ouvrit les premières négociations avec le saint-siége, dont il réveilla toutes les prétentions. Un concordat entre Rome et la France fut signé, à Paris, le 15 juillet 18o 1. et cet acte, qui a eu une si grande influence sur notre avenir, rendit nécessaire la promulgation des lois organiques, qui au lieu d'en faciliter l'exécution , ne firent qu'en entraver la marche : les deux parties auraient voulu ressaisir dans l'application du traité, les concessions qu'elles s'étaient faites par le traité même. Dans le système de Bonaparte, les ecclésiastiques n'étaient que des fonctionnaires publics entièrement soumis à l'autorité civile, tandis que d'après les maximes de la cour de Rome , ils ne devaient reconnaître , pour ce qui regardait la discipline intérieure de l'église et la direction des consciences, d'autres chefs que leurs évêques, ni d'autre autorité que l'ultramontaine. Cette divergence d'opinions et de principes était une source intatissable d'empiétement et de griefs , qui augmentaient chaque jour la mésintelligence entre les deux gouvernemens. Il y eut quelque apparence de réconciliation vers l'année 18o4 , époque à laquelle le premier consul, devenu empereur, se montra moins hostile envers le pape, pour l'attirer à Paris, où il desirait se faire cou

ronner par lui. Cet acte a été regardé par les vieux républicains comme tendant surtout à remplacer la souveraineté du peuple par le droit divin, et à dépouiller la révolution de sa première conquête. . Pie VII résista long-temps à cette invitation : il ne se dissimulait pas qu'en consentant à † le diadême impérial sur le front d'un conquérant, il se détachait de la ligue des anciennes dynasties, et concourrait au triomphe des nouvelles doctrines qui avaient porté les plus graves atteintes au pouvoir spirituel. Mais d'autre côté la France était rentrée dans le giron de l'église : il aurait été par conséquent ridicule de prêcher une croisade contre une monarchie religieuse, puisqu'elle n'avait pas réussi contre une république prétendue athée : il était plus sage d'accepter les offres d'un ami puissant , ne pouvant pas être un redoutable adversaire. D'ailleurs l'église avait été relevée par le consul, et il était juste qu'elle se chargeât de sacrer l'empereur : il y aurait eu en outre une espèce d'inconséquence de vouloir prendre avec la même personne une attitude différente, par la seule raison que ses titres n'étaient plus les mêines.Ces considérations déterminèrent Pie VIl à entreprendre le voyage de Paris. Dans un consistoire " qu'il tint quelques jours avant son départ, il annonça que la correspondance de Napoléon était si satisfaisante, et ses promesses d'améliorer le sort de l'eglise si positives, que c'eût été presque un crime de ne pas se rendre à ses sollicitations. Le pape quitta Rome le 2 novembre a8o4, et après 24 jours de voyage, il arriva à Fontainebleau, où il eut une première entrevue avec l'empereur. L'accueil qu'il avait reçu d'un peuple regardé jusqu'alors comme irréligieux, lui donna la mesure de ses forces, et lui servit peut-être à calculer la résistance qu'il pourrait opposer aux prétentions futures de son nouvel allié. Il lui"présenta une série de demandes toutes relatives aux besoins de l'église, à l'indépendance des pasteurs, et à la suppression de plusieurs articles organiques. Mais Napoléon exigeait des concessions, et n'était pas disposé d'en faire. Peu après les cérémonies du sacre, le pape se remit en route pour ses états, sans avoir rien obtenu de l'heureux guerrier sur lequel il venait de déposer la couronne des Césars. Il ne tarda pas à se repentir de sa condescendance : il y avait à peine six mois qu'il avait quitté la capitale de l'empire, que le général Saint-Cyr eut ordre de s'emparer d'Ancône, et d'en occuper le château et le port. Pie VII éleva la voix pour se plaindre de cette violation de territoire ; mais ces réclamations ne pouvaient pas contrarier les grands plans militaires de Napoléon, qui armait l'Europe contre l'Angleterre; loin d'obtenir l'évacuation d'Ancône , il eut la douleur de se voir enlever toutes les villes situées sur les côtes de l'Adriatique, ainsi que les deux principautés de Bénévent et de Pontecorvo, dont on disposa en faveur de deux amis de l'empereur.Ces envahissemens brouillèrent les rapports formés entre Napoléon et Pie VII, et ren

dirent impossible toute réconciliation entre eux. L'un s'annonçait comme le vicaire de Jésus-Christ, l'autre se disait le successeur de Charlemagne, et ces deux volontés, dont l'une était absolue par caractère, et l'autre inflexible par devoir, formaient une espèce de nœud gordien que l'épée seule pouvait trancher. Les heureux résultats des campagnes de 18o5 et 18o6, mirent Napoléon en état d'accomplir ses desseins sur l'Italie. Il poussa ses légions jusque sur le détroit de Sicile, détrôna les Bourbons de Naples, occupa la ville de Rome, et donna les Marches au royaume d'Italie, et l'Etrurie à la France.PieVII protesta du haut de son trône chancelant contre ces nouveaux envahissemens, et pria l'empereur de lui déclarer positivement quelles étaient ses intentions sur les états de l' Eglise. « Je les respecterai, lui fit » répondre Napoléon, à condition » que vos ports seront fermés aux » Anglais, et vos places ouvertes » à mes soldats, chaque fois que » l'Italie sera menacée d'une inva» sion étrangère. » Ces demandes, qui étaient en harmonie avec la politique de la France, ne furent pas acceptées par le pape : il répondit que son ministère sur la terre était un ministère de paix, qui lui défendait de se mettre en état de guerre permanente contre aucune puissance de l'Europe, encore moins contre l'Angleterre, qui aurait pu aggraver le sort des catholiques d'Irlande. Ce refus fut

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