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d'avoir de représentant lors de la création du monde , ont cherché à réparer ce malheur, en se créant une représentation nationale, et il sera plus facile de les accuser d'illégitimité que de combattre leurs forces, et de leur ravir leur indépendance et leur liberté. PETHION ( voy. PÉTIoN DE VILLENEUvE). PETIET (CLAUDE), ancien ministre de la guerre, intendant-général des armées françaises, sénateur et grand-officier de la légiond'honneur, naquit d'une famille honorable à Châtillon-sur-Seine, le 1o février 1749. Son père était lieutenant-général du bailliage de cette ville. Après avoir fait de bonnes études, il entra très-jeune dans la gendarmerie de la maison du roi, et fut ensuite pourvu d'une charge de commissaire des guerres. Les talens administratifs qu'il déploya de bonne heure, et l'estime générale qu'il sut se concilier, le firent nommer, à l'âge de 25 ans, secrétaire en chefet subdélégué-général de l'intendance de Bretagne. Dans ce poste important, où il géra pendant 2o ans les affaires d'une des plus grandes provinces du royaume, souvent agitée de troubles, et où il était bien difficile de satisfaire à la fois aux désirs souvent opposés du gouvernement, des états de la province, et du peuple, Petiet acquit la réputation d'un homme de bien, fidèle à tous ses devoirs, sincère ami des citoyens, et ne négligeant d'autre soin que celui de sa propre fortune. Aussi, à l'époque de la révolution en 1789, quand les anciennes institutions des pays d'état s'écroulè

rent, avec beaucoup d'autres, et quand ses fonctions en Bretagne eurent cessé, y reçut-il d'un peuple fier et jaloux de ses droits, des témoignages éclatans d'estime et de reconnaissance. Il fut d'abord, et à l'unanimité des suffrages des électeurs, nommé procureur-général-syndic du département d'Ille -et-Vilaine , et le même département l'élut plus tard son représentant au conseil des anciens. Il n'occupa que peu de temps le premier emploi. Le gouvernement réclama l'emploi de ses talens; la guerre venait de s'allumer, et Petiet, nommé en premier lieu commissaire-ordonnateur, fut bientôt placé à la tête de l'administration de l'une des grandes armées qui se formaient alors, et servit successivement en qualité de commissaire-général, à celles du centre, de Sambre-etMeuse et de l'Ouest. Pendant qu'il se trouvait à la première, sous les ordres du général La Fayette, le roi lui envoya la croix de SaintLouis. Dans ces différens postes, le zèle, l'activité et le désintéressement de Petiet le firent respecter de tous les partis, et personne n'eut à se plaindre de lui, si ce n'est les ennemis du dehors , aux revers desquels il contribua puissamment par une administration vigoureuse, qui avait bien aussi quelque droit de réclamer sa part aux honneurs du triomphe. Appelé, par ses fonctions, en Bretagne pendant que la guerre civile y exerçait toutes ses fureurs, il fut pendant quelque temps destitué par les députés de la convention, dont il était bien loin d'approuver ou de seconder les mesures violentes ; mais le besoin extrême qu'on avait de ses talens, força bientôt le gouvernement à le rétablir dans ses emplois. Le fait suivant peut prouver à lui seul à quel point Petiet avait su mériter l'estime générale dans les malheureuses contrées de l'Ouest. Il se trouvait à Nantes lorsque les habitans de cette ville repoussèrent l'armée des Vendéens. Quelques jours après , les affaires de son administration l'obligèrent à la quitter. Il part sans escorte , et tombe au milieu d'un détachement de ces hommes, qui poussèrent si souvent leurs représailles contre les républicains jusqu'à la dernière barbarie. Entouré, saisi, mis en joue, il allait être immolé, quand son nom, répété par les Vendéens, fit soudain tomber de leurs mains les armes qu'ils dirigeaient contre lui ; il ne trouva plus que des amis parmi des hommes d'opinions si opposées, et sa vie fut sauvée, parce qu'il avait consacré sa vie entière à la justice et à la bienfaisance. En 1795, il venait à peine de prendre place au conseil des anciens , où le département d'Ille-et-Vilaine l'avait député, qu'il fut appelé au ministère de la guerre. Petiet se chargea de cet immense fardeau dans les circonstances les plus difficiles où peut-être ministre se soit jamais trouvé. Le trésor de l'état était épuisé, la chute du papiermonnaie jetait de la méfiance et de l'incertitude dans toutes les transactions; des dilapidations énormes s'étaient introduites dans les diverses branches de l'administration pendant le gouvernetment directorial, et les besoins

des soldats croissaient à chaque moment ; la victoire seule leur restait fidèle. Mais ces braves. guerriers, long-temps négligés, retrouvèrent un ami aussi zélé qu'actif dans le nouveau ministre, qui consacrait ses jours et ses nuits au travail, et qui parvint enfin à pourvoir aux besoins pressans des nombreuses armées de la France. La disette cessa, une comptabilité sévère fut établie, les plus graves abus furent extirpés, et insensiblement tous les rouages de cette grande machine se trouvèrent remontés et mis en harmonie. Les victoires de Moreau sur le Rhin et de Bonaparte en Italie furent remportées sous son ministère. Après une année d'exercice, Petiet eut encore, le premier depuis la révolution, la gloire de soumettre un compte clair et précis de ses opérations au jugement de ses concitoyens et à l'examen du corps-législatif.Ce compte, généralement admiré, a servi de modèle à tous les ministres qui lui ont succédé. Après avoir rempli pendant près de deux ans avec cette rigoureuse probité, base de son caractère, un poste laborieux et pénible, Petiet eut besoin de quelque repos, et se retira au sein de sa famille, destinant à l'éducation de ses enfans, des jours que ne réclamait plus la patrie; mais bientôt un nouveau témoignage de la confiance publique vint l'arracher à sa retraite. Les suffrages unanimes des électeurs du département de la Seine, auquel il était cependant étranger, le portèrent, en mars 1799, à la représentation nationale, et il fut député par eux au conseil des cinq-cents. Le premier consul l'appela, l'année suivante, au conseil - d'état, et le général Alexandre Berthier (depuis maréchal de l'empire et prince de Neuchâtel) réclama le secours de ses lumières au ministère de la guerre, où Petiet s'honora encore à la seconde place, après avoir si dignement rempli la première. Quand les armées françaises eurent de nouveau franchi les Alpes et soumis une seconde fois l'Italie, il fut nommé au gouvernement de la Lombardie, avec le titre de ministre extraordinaire. Pendant deux années de séjour à Milan, une administration sage et équitable parvint à réconcilier les Italiens avec la domination française, et à les attacher par les liens de la confiance et de l'espoir d'un avenir heureux. Quand Napoléon ent conçu le projet d'une descente en Angleterre, et qu'il eut rassemblé des forces formidables dans les trois camps de Boulogne, de Montreuil et de Bruges, il reconnut le besoin d'un chef habile pour diriger l'administration de ces armées, et fit choix de Petiet, qu'il en nomma l'intendant-général. La santé de celui-ci s'altéra visiblement à la suite de ces travaux et des fatigues qu'il eut à supporter : une maladie grave le mit bientôt aux portes du tombeau. Mais la campagne d'Austerlitz venait de s'ouvrir; à peine en convalescence, il part pour l'armée, consultant plus son dévouement que son état. Il entre avec le vainqueur à Vienne, commande un dernier service à ses forces exténuées, revient mourant à Paris, et, sans quitter les fonctions qui lui sont confiées, T. XVI,

signe des ordres relatifs à son administration, jusqu'au jour même où il succomba. Petiet venait d'être nommé membre du sénat , et grand - officier de la légiond'honneur. Il mourut le 25 mai 18o6, laissant après lui une mémoire vénérée de tous ceux qui l'ont connu, et pour fortune à ses enfans, l'héritage honorable des exemples qu'il leur avait fournis. Ses funérailles furent célébrées avec la pompe ordonnée par Napoléon, et ses restes reposent dans un des caveaux de l'église Sainte-Geneviève, alors destinés à recueillir les cendres des grandsdignitaires de l'état. Petiet a laissé quatre enfans, une fille mariée au général Alphonse Colbert, qui a servi aveç la plus haute distinction en Egypte, à Saint-Domingue, en Italie, en Espagne et en Belgique, et trois fils : l'aîné , membre de la légion-d'honneur, après avoir servi dans l'artillerie, a occupé des places importantes dans l'administration publique; il a été intendant de la liste civile en Toscane, préfet du département des Hautes-Alpes , et il est aujourd'hui attaché à la direction générale des vivres sous le comte Dejean, pair de France. — AUGUSTIN PETIET .. second fils du sénateur, a suivi la carrière militaire depuis 18oo. Nommé, à l'âge de 21 ans, chevalier de la légiond'honneur sur le champ de bataille d'Austerlitz , et officier du même ordre à la bataille de Dresde , il compte 16 campagnes, et a été blessé dans 4 combats. Après la bataille de Mont-Saint-Jean , il fut promu au grade de général de brigade, qui ne lui a pas été con13

firmé depuis. Il est chevalier de Saint-Louis depuis 1814. — SYLVAIN PETIET, dernier fils du sénateur, après avoir reçu plusieurs coups de lance dans la campagne de Russie, a été nommé chevalier de la légion-d'honneur à la bataille de la Moscowa, et capitaine au 8° régiment de hussards. Il est aujourd'hui employé, dans le même grade, au régiment des chasseurs à cheval de la Somme. PETION DE VILLENEUVE (JÉRôME), membre de l'assemblée constituante, et ancien maire de Paris, exerçait à Chartres la profession d'avocat, lorsqu'il fut nommé, par le tiers-état du bailliage de cette ville, député aux étatsgénéraux. Il adopta dès l'aurore de la révolution les principes qu'elle consacrait, et qui bientôt ébranlèrent jusque dans ses fondemens l'édifice de la monarchie. Sa sévérité républicaine lui fit un grand nombre d'ennemis parmi les défenseurs des anciennes institutions; sa haine pour la tyrannie de quelques chefs qui se substituèrent au pouvoir absolu, qu'eux-mêmes avaient concouru à détruire, prépara et hâta sa perte. Il fut un des premiers qui, après la séance royale du 25 juin 1789, s'élevèrent contre l'acte d'autorité que l'on avait conseillé au roi, et qui encouragèrent l'assemblée à persister dans ses résolutions. Les protestations de la minorité trouvèrent en lui un censeur sévère, et il demanda, le 3 1 juillet, la mise en jugement des ennemis du nouvel ordre de choses. Dans la séance du 18 août, Mirabeau ayant proposé de renvoyer l'adoption

de la déclaration des droits de l'homme, après la sanction de la constitution par le roi,il accusa son illustre collègue d'entraîner l'assemblée dans des opinions contradictoires. On le vit, le 1" septembre, se déclarer en faveur du veto suspensif à accorder au roi; le 5, appuyer la permanence et l'unité du corps-législatif; le 5o, s'opposer à ce que le roi eût le pouvoir d'interpréter les lois; le 5 octobre, dénoncer les événemens de la soirée et de la nuit du 1 " au 2, et dans le même mois, demander que le roi prît le titre de roi des Frangais par le consentement de la nation, en supprimant la formule par la grâce de Dieu, « car, ditil, c'est calomnier Dieu : Charles IX était aussi roi par la grâce de Dieu.»Cette proposition inattendue produisit un effet marqué sur l'assemblée. Dans une autre séance, le 51, il combattit avec beaucoup de force l'opinon de l'archevêque d'Aix, en faveur des biens du clergé. Il observa « que les richesses ne faisaient que corrompre un ordre dont le renoncement aux biens et aux vanités de la terre était le premier devoir et la première vertu.» Il vota, le 12 février 179o, la suppression des ordres religieux,et le 25 l'égalité de partage dans les successions des nobles. Jusqu'au 4 décembre, qu'il fut élu président, il s'opposa à ce que le roi eût le droit de paix et de guerre, provoqua la réunion à la France du com" tat d'Avignon, fut pour la création des assignats, et les projets de Mirabeau sur les finances. On re marqua dans la séance du 17 janvier 1791, son discours sur l'organisation du jury, et sa réponses

dans la séance du 21 février, à un membre fougueux du côté droit, qui demandait des mesures pour rétablir la tranquillité publique. « La tranquillité publique n'est troublée, dit-il avec force, que par la révolte constante de la minorité.» Approbateur des lois pénales contre l'émigration, il déclara « que la famille royale devait y être soumise en temps de troubles. » Il attaqua, le 27, un article proposé par le comité de constitution, portant que « toute invitation faite au peuple de désobéir à la loi est un crime. » Dans la séance du 11 mars, protecteur éclairé des hommes de couleur, il parla avec éloquence en faveur de leur cause. Dans la séance du22.ilse prononça pour la régence élective; enfin le 21 mai, il soutint le plan de Buzot, relatif à la division du corps-législatif en deux sections égales, combattant avec avantage la défaveur que faisait naître cette ressemblance avec le parlement d'Angleterre. Pétion fut nommé, au mois de juin, président du tribunal criminel de Paris. Après le départ du roi et son arrestation à Varennes, il reçut la mission avec deux de ses collègues de se rendre auprès de ce prince, et de l'accompagner de Varennes à Paris. Par suite des événemens du Champ - de - Mars, du 7 juillet 1791, les membres de l'assemblée constituante qui faisaient partie de la société des jacobins s'en retirèrent: Pétion y resta,lui6". «Ladiscussion, disent les auteurs d'une biographie étrangère, s'étant établie sur la fuite de Louis XVI, Pétion attaqua le sysième d'inviolabilité du roi, et demanda qu'il fût

jugé par une convention nationale convoquée à cet effet. Le 28 août, il prit hautement la défense des soldats qui s'insurgeaient contre leurs chefs; accusa ceux-ci des troubles qui survenaient dans leurs corps, et fut interrompu par M. Alexandre de Lameth, qui, sans se dissimuler combien était dangereux l'incivisrne des officiers, voyait avec douleur et effroi quel

, les funestes conséquences pou

vaient résulter pour l'indépendance nationale, d'un tel état d'insubordination, qui menaçait de laisser la France sans armée, et de la livrer sans défense aux signataires de la coalition de Pilmitz. L'aveuglement de Pétion et de ses amis était même porté si loin à cette époque, que le mot de trahison pouvait ne pas sembler trop fort à de sincères amis de la liberté, qui n'auraient pas connu le fond de son cœur et les motifs de sa conduite. » A la fin de la session, l'assemblée constituante ayant terminé sa session, ces mêmes auteurs ajoutent : « Lié avec M" de G. .... qui professait alors des opinions républicaines dont cette dame s'est défendue depuis avec une intrépidité que ceux qui la connurent alors peuvent prendre pour de l'impudence, Pétion l'accompagna en Angleterre, à la fin de septembre 1791.» Le motif ou le prétexte de son voyage était une mission pour Londres, que l'on a prétendu, sans preuve, être dans i'intérêt du duc d'Orléans.A son retour à Paris, il succéda à l'illustre Bailly(voy. ce nom)dans la première magistrature municipale de cette ville, et fut solennellement installé dans ses fonctions le 17 novem

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