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tisan. Sa réserve est extrême : il ne ses (3). L'édition princeps des Lettres s'ouvre avec ses amis sur aucun évé- de Pline , est de 1471, in-fol.; et la nement public; il ne les entretient première complète est celle des Ald'aucune affaire politique. Ainsi, le des, 1508, in-8". (Voy. GIOCONDO fonds de sa correspondance est plus XVII, 400. ) La date de 1456, agréable qu'instructif, en raison de donnée à la plus ancienne édition la différence des temps : toutefois, connue du Panegyrique, paraît suselle nous montre dans Pline l’hom- pecte. (Voy. le Manuel du Libr.) me de bien autant que l'homme ai- Nous citerons parmi les meilleures mable; et si l'on regrette de trouver qui aient paru depuis, celles d'Elzetrop souvent l'écrivain dans un re- vir, 1640, in-12; idem, Variorum, cueil où il a répandu une variété, 1669, in-8°.; celle d'Oxford, 1903, et quelquefois une grâce remarqua- Amsterdam, 1734; Nuremberg, bles , on pardonne tout, même la 1746, in-40. Jean Masson a écrit la vanité, à un ami si généreux , à un vie de Pline le Jeune ( V. MASSON maîtresi indulgent, à un homme dont et GIERIG).

F-T. l'appui ne manqua jamais ni aux let. PLOT (ROBERT), naturaliste antres, ni à l'innocence. Le Panegyrique glais, né en 1640, á Sutton-Baron. ne futpas prononcédevant Trajan; ce élève de l'université d'Oxford, y fut qui fait tomber la phrase qu'il en eût

nommé, en 1683, professeur de été digne de tout point, s'il n'avait pas chimie, après avoir été d'abord eu la faiblesse de l'entendre. Pline, conservateur du musée d'Ashmole, nommé consul, adressa au prince, qu'il enrichit d'un grand nombre dans le sénat, un remercîment d'u- d'objets d'histoire naturelle. Il fut sage. C'était un morceau très-court; le premier qui s'occupa de l'hismais l'auteur l'étendit par le conseil

toire naturelle de l'Angleterre, et de ses amis, et pour encourager les commenca un très-vaste plan par la vertueux penchants de l'empereur. publication de son Histoire naturelle Cependant le bel-espritdomine trop des comtés d'Oxford et Stafford, dans cet ouvrage : on n'y ménage Natural histories of Oxfordshire aucun repos à la pensée ; tout est and Staffordshire: la première parbrillant, tout éblouit et fatigue l'at

tie parut à Oxford, 1677, in-fol., et tention : le style en est coupé et sau

fut réimprimée en 1705, avec des

fut moim tillant, et l'antithèse y est prodiguée.

additions et corrections, par John L'auteur semble avoir senti lui

Burman, son fils adoptif; la seconde même ses défauts : voy. sa lettre 18

fut publiée dans la même ville, en du jue. livre , où il avoue que les 1686. Abstraction faite de l'état armorceaux d'un genre plus sévère et riéré où se trouvait l'histoire natuplus simple feraient plus de plaisir

relle, on ne peut refuser de grands élo

re aux auditeurs , que les endroits les plus fleuris. Ses tours ingénieux font

(3) Le traducteur allemand de Pline, J.-J. Nast, au reste pardonner les détails minutieux sur lesquels il s'arrête : on lui

quentiæ : mais l'époque à laquelle se rapporte la desirerait en général plus de force; et

permet pas de s'arrêter à ce système : Pline n'avait l'on conçoit que ce cadre cût été rempli tout autrement par Tacite, qui lui

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composition de cet ouvrage (l'an 75 de J.-C.), ne

trop vraie , pour n'en pas faire houneur à la jeumême affectionne les idées ingénieu. nesse de l'historien d'Agricola.

alors que 12 ou 13 ans; et le style de ce Dialogue est trop ferme, il porte l'empreinte d'une chaleur

ges à son travail; et le docteur Pulte- à Bordes. On voit, dans l'église de ney avoue qu'il n'a pas été surpassé ce lieu , un nonument qui lui a été par les auteurs subsequents. Plot dé- érigé. Il avait été membre et secrécrit avec soin les plantes rares des taire de la société royale; le Recueil provinces dont il traite, ainsi que des Mémoires de cette société conles espèces douteuses , et celles qu'il tient de lui plusieurs écrits, tels regarde comme n'ayant pas encore que des Observations météorologi. été décrites. Les premiers éléments ques, des Traités sur l'asbeste, sur de la botanique anglaise sont con- Ja meilleure saison pour la coupe signés dans ces deux volumes. Plot des arbres, sur un Irlandais de sept. s'occupait, en outre, de l'histoire et pieds sept pouces de haut, sur des des antiquités : il a inséré des no lampes perpétuelles, etc. Il avait tions de ce genre parmi ses descrip- encore publie: De origine fontium, tions d'histoire naturelle. Les prodi tentamen philosophicum, 1685, inges et les choses merveilleuses mêmes 8o. ( Voy. le Journal des savants, y ont trouvé place; on attribue au de 1686, p. 65.) D-G. défaut de philosophie expérimenta- PLOTIN, philosophe de l'école le, sa facilité à recueillir des faits alexandrine, ne voulait dire ni son auxquels personne n'ajoute foi au- âge ni le lieu de sa naissance : c'était jourd'hui. Son intention était de vi- un de ses travers. On sait toutefois, siter tous les comtés d'Angleterre et par Eunape , qu'il était né en Égypde Galles, et de recueillir des maté- te , à Lycopolis. Seulement ceux qui riaux pour compléter la Britannia distinguent deux villes de ce nom. de Camden, et d'autres ouvrages. Il a l'une dans la Thebaide, l'autre dans exposéson projet dans une lettre à l'é. la Basse-Egypte, ne savent trop lavêque Fell , laquelle a été imprimée à quelle a donné le jour à Plotin ; c'est la fin du deuxième vol. de l'Itinéraire probablement la première. Il nade Léland , édition de 1744. Il avait quit en l'année 205 de l'ère vulgaire. recueilli beaucoup de matériaux pour A huit ans, il suivait les leçons des une histoire naturelle de Kent, de grammairiens d'Alexandrie; et néan. Middlesex et de Londres, sur le mê moins il voulait encore tetter sa nour. me plan que ses ouvrages sur Oxford rice, à ce qu'assure Porphyre , qui et Stafford; mais ils sont restés a écrit sa vie avec de longs détails. manuscrits. Seulement on a publié Eunape s'est borné à une courte Node lui une Notice sur quelques anti tice, que nous traduirions icien moins quités de Kent, 1914, in-8°., et de vingt lignes ; mais les récits plus une Notice sur Thetford, que Hear- merveilleux de Porphyre ont acquis ne a fait imprimer, à la fin de son tant de crédit , que Bayle lui-même histoire de Glastonbury. S'étant dé- les a recueillis , sans les soumettre mis de sa chaire de philosophie, à l'examen critique dont ils ont bePlot fut créé historiographe, par soin, et Brucker regrette que Bayle ait Jacques II, en 1686, peu de temps négligé ce travail. Depuis le temps avant le détrônement de ce roi. En où Plotin acheva ses études de gram1694 , il fut noinmé héraut d'armes maire jusqu'à l'âge de vingt-huit ans, (Mowbray - Herald ), et archiviste où l'envie lui prit d'aller écouter les de la cour d'honneur. Il mourut en philosophes alexandrins, nous igno1696, de la pierre, dans sa maison rons ce qu'il a pu faire : Brucker n'a pas manqué de remarquer aussi vième année de son âge, vingt - un cette lacune. Les leçons des phi- premiers livres , qu'encore il ne losophes lui déplurent, parce qu'ils communiquait pas à tout le monde. y mêlaient des notions gramma- L'année suivante , il eut pour disciticales, historiques et littéraires. ple Porphyre, dont les questions et Ces accessoires étaient peut-être ce les objections l'obligèrent à écrire qu'il y avait de plus solide et de plus vingt-quatre livres de plus; ils étaient instructif dans leur enseignement; achevés avant la fin de l'an 261. Demais il fallait à Plotin de la méta- puis il en composa neuf autres, qui physique toute pure. Il ne prit goût complétèrent le nombre de cinquanqu'à la doctrine d'Ammonius Saccas, te-quatre. Il comptait, parmi ses auqui a été fort justement représenté, diteurs, des sénateurs romains, dont dans cette Biographie universelle quelques-uns, épris des charmes de (11,57), comme le foudateur d'une sa doctrine, abandonnèrent les fonc. secte d'illuminés, et non du vérita- tions publiques, pour vivre, comme ble éclectisme. Plotin, que tous les lui, en philosophes. On cite particuautres docteurs avaient ennuyé et at- lièrement le préteur Rogatien, qui, tristé, n'eut pas plutôt entendu une ayant donné tous ses biens et affranpremière leçon d'Ammonius, qu'il chi tous ses esclaves , passa le reste s'écria : « Voilà ce que je cherchais. de sa vie en plein air et en extase. Il fut, dit-on, pendant onze années, L'enthousiasme qu’inspirait Plotin, le disciple assidu de ce métaphysi- gagna plusieurs dames : l'une , nom. cien; et, comme celui - ci lui avait mée Gémina , voulut absolument toujours vanté la sagesse transcen- qu'il logeât chez elle , afin de mieux dante des mages et des brames, il jouir, elle et sa fille, du plaisir de résolut d'aller, en Orient, puiser la l'entendre. Il passait pour si habile, philosophie à sa source. Il était sur et à-la-fois si vertueux, que les mou. tout impatient d'être initié dans l'art rants luiconfiaient leurs biens et leurs d'opérer des miracles : on en faisait familles, comme à une espèce d'ange et l'on en croyait alors beaucoup gardien, dit Bayle d'après Porphyre, dans la plupart des sectes païennes. Šos espő tevi xač Ostw púlaxı. SurveilLorsqu'en 243, l'empereur Gordien lant d'un grand nombre de tutelles, entreprit une guerre contre les Per- et arbitre de cent procès, il avait le ses, Plotin, âgé de trente-neuf ans, bonheur de ne pas se faire d'ennemis. s'enrôla dans l'armée impériale; mais A la fin pourtant il en trouva un dans l'expédition ayant échoué, il rega-. un philosophe d'Alexandrie, nomgna Antioche, sans rien rappor- mé Olympius , qui employa , pour le ter de ces trésors de la science orien- perdre , la calomnie , et, par sur. tale. Il n'en professa pas moins la phi. croît, la magie. C'est Porphyre qui losophie à Rome, où il vint s'établir. parle de ces maléfices, en ajoutant Long-temps il s'abstint de divulguer quc Plotin savait les faire retomber la partie ésotérique ou occulte des doc. sur Olympius. Plotin était, selon trines de son maître Ammonius. Ge Porphyre, un magicien si puissant, ne fut qu'après qu'Hérennius et Origé qu'un jour il annonça, sans craindre ne en eurent trabi le secret, qu'il se d’être démenti par les faits , qu'au crut dispensé de le garder lui-même. moment où il parlait, le corps de Il composa , dans la quarante - neu- son ennemi se plissait comme une · bourse, et que ses membres se frois- d'impiété. Plotin ne perinit pas non saient l'un contre l'autre. Après cela, plus qu'on fît son portrait, que ses on ne doit pas être surpris de l'in- élèves desiraient de conserver; l'un faillibilité avec laquelle il prédisait d'oux le traça de mémoire. Pour lui, les destinées de ses élèves , et décou- il se disait humilié d'avoir un corps, vrait les coupables qui échappaient et ne consentait point à regarder cet. aux recherches ordinaires. S'il dé- te enveloppe grossière comme une daignait l'astrologie, ce n'était pas partie de sa personne. Lorsqu'il mou.' qu'il ne l'eût profondément étudiée; rut, d'une esquinancie , dans sa soi. mais sa métaphysique sublime lui Xantième année, en 270: « Je fais , fournissait des moyens de divination » dit-il, mon dernier effort pour ra plus immédiats et plus sûrs. Tel était » mener ce qu'il y a de divin en moi son crédit , même à la cour , qu'en » à ce qu'il y a de divin dans l'uni-dépit des jaloux , il obtint de l'em. vers. » Oneut, après sa mort, les plus pereur Gallien et de l'impératrice heureuses nouvelles de l'état de son Salonine, un territoire dans la Cam- a'me. Consulté par Amélius, l'oracle panie, pour y bâtir une ville , qui d'Apollon daigna répondre, en 'cindevait s'appeler Platonopolis , et re- quante vers, que Plotin s'était présencevoir une colonie de philosophes, té à Minos, Æacus et Rhadamante, gonvernée selon les lois idéales de moins pour être jugé que pour ne Platon. Ce projet n'eut pas d'exécu- pas manquer à une visite d'usage et tion, soit parce que certains minis- de bienséance , et qu'il jouissait du tres de l'empereur y mirent des obs- bonheur dû à ses lumières et à ses ver. tacles , soit parce que les colons, tus. Il était indispensable de donner transportés dans ce territoire , y pé une idée des détails dont Porphyre a rirent, pour avoir trop scrupuleu- composé sa Viede Plotin, parce qu'ils sement suivi, et mal compris sans contribuent à faire connaître les opidoute, le régime de vie que leur avait nions et les moeurs des philosophes prescrit Plotin. Lui-même, il éprou- du troisième siècle : on ne doit d'ailya, durant la dernière année de sa lenrs considérer comme historique vie, diverses incomodités : un vio- que ce qui concerne le lieu et l'épolent mal de gorge, qui l'empêchait que de la naissance de Plotin, ses de disserter; un extrême affaiblisse- études grainmaticales ct philosoment de la vue , et des douleurs cui. phiques, les leçons qu'il reçut d'Amsantes aux pieds et aux mains ; des monius Saccas, son voyage en Perse, coliques, auxquelles il refusait de re- son séjour à Rome, la composition médier, parce que les moyens vulgai- de ses livres, et sa mort en Campares lui semblaient indignes de sa gra- nie. Il paraît qu'il rédigeait ses ou vité philosophique. Amelius , un de vrages avec une négligence excessive: ses disciples, lui proposait d'assister comme il était fort myope, il les à un sacrifice aux dicux: «C'està eux, écrivait en caractères menus, qu'il ne » répondit-il, de venir à moi , non prenait pas la peine de rendre lisibles; » pas à moi d'aller à eux.- » Il faut il n'achevait pas les mots; il ignorait assurément une rare sagacité pour, ou dédaignait l'orthographe. Revoir rattacher ce propos à quelque doc- ses écrits , en rétablir l'ordre, était trine métaphysique, et pour n'y pas un soin dont ses habitudes et les catrouver beaucoup d'orgueil et même prices de son imagination l'auraient

rendu incapable: il en chargea Por- chef-d'æuvre de philosophie transphyre, qu'on a soupçonné d'avoir cendentale (1). Pour démêler s'il y souvent substitué ses propres idées à a des traits de génie , ou seulement celles de son maître. Il existait une de l'extravagance dans les six Eunéacopie très-différente de ces livres, des, il en faudrait entreprendre une faite par Eutochjus, autre disciple analyse exacte et complète : nous ne du philosophe de Lycopolis, Tels pouvons en extraire ici qu'un petit qu'ils nous sont parvenus, ils sont nombre d'idées générales. Plotin est au nombre de cinquante-quatrc, et persuadé que l'état d'extase ou de ra. distribués en six Ennéades ou neu- vissement est la première condition vaines , qu'on pourrait être d'abord de la philosophie; et il appelle cela tenté de distinguer par les titres de Mo- la simplification de l'ame : il exige rale, de Physique générale, de Théos la concentration de toutes les facullogie naturelle, de Psychologie, d'Idé tés dans la contemplation; et il proologie et d'Ontologie : mais, aufond, met à l'ame qui saura être ainsi attiil y règne trop peu d'ordre pour qu'il rée par un unique objet, qu'elle se resoit facile d'en assujétir les matières connaîtra elle-même pour l'unité abà une classification systématique; et solue. Il déclare que l'existence ne peut le nom de métaphysique est le scul cesser d'être; et que, par cela même qui leur convienne pleinement. On qu'elle est absolue, elle est éternelle. a voulu aussi, et cette idéc remonte Decet argument et de quelques autres à Porphyre, diviser les cinquante- il conclut l'éternité du monde; et il quatre livres de Plotin en trois or- arrive, ainsi que Bayle et d'autres le dres, ou trois âges; savoir : vingt-une lui ont reproché, au panthéisme, ou productions de sa jeunesse, vingt- spinosisme. Il est cependant si loin quatre de sa maturité, et neuf de sa de se montrer athée, qu'on a cru redécadence. Nous ne pensons pas non trouver , dans quelques-uns de ses plus qu'il y ait lieu d'y regarder de textes, le dogme des trois personnes si près : les nuances du délire y sont divines (Voy. Feustking, De tribus fort peu sensibles. Ces livres, dit M. hypostasibus Plotini, Wittemberg, Buhle, sont précisément ceux les 1694 , in-40.). Ailleurs, son mystispeculations extravagantes des Ale cisme aboutit à la théurgie, à la maxandrins se peignent de la manière gie, à l'astrologie même, dont il la plus évidente : la philosophie de méprisait ordinairement les applicaPlotin est obscure et inintelligible; tions pratiques. Pour expliquer l'upour prendre quelque intérêt à son nivers, il admet trois réalités distincsystème, pour apprécier la ma- tes : la matière, la forme, et le corps nière dont il extravague, il faut qui se compose de la forme et de la se mettre à la place d'un homme qui matière. Ce sont à ses yeux, ou dans s'abandonne sans réserve aux éga- son langage, trois substances; et, par rements d'une imagination échauf. substance, il entend ce qui n'existe fée et presque en délire. Toutefois ^. pas dans un sujet, mais ce qui existe

Buhle ajoute, que, si l'on n'exigepas · des idées claires et précises, auxquel (1) Nous ignorons ce que la terminaison al ajoute

à la signification du mot français transcendant. « Les » humeurs transcendantes des philosophes, disait » Montaigne, m'effraient comme les hauteurs inac>> cessibles. » Qu'eût-il dit de leurs doctrines trans

profond, et, dans son système, un

cendentales ?

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