Page images
PDF

obtint de son ami le cardinal Bar- mer, d'après eux, un excellent coloberini, et dont le Poussin dessina les ris; il avait même fait d'assez grands figures, pour M. Chambrai de Chan- progrès dans le dessin. Il se perfecteloup. Il correspondait avec pres- tionda pour cette partie à Rome, où que tous les littérateurs et les sa- il séjourna longues années. Il demeuvants de l'Europe. La Bibliothè- ra également à Gènes et à Turin; et que Mazarine lui dut, par Nau- ces deux cités , ainsi que leur terridé, un grand nombre de livres im- toire, offrent plusieurs de ses peinprimés et manuscrits. Les Let- tures, d'autant plus belles qu'elles se tere pittoriche contenant en par rapprochent davantage de Rubens, tie la correspondance du Poussin, qu'il paraissait avoir pris pour mosont remplies de lettres adressées au dėlc. Se's tableaux à l'huile sont peu commandeur del Pozzo. Ce bienveils nombreux en Italie; il est rare surlant protecteur et restaurateur de tout d'en voir d'aussi terminés que l'art antique, l'émule et l'ami de son Saint Venance à Ascoli, et son Peiresc, mourut vers la fin de 1657 Saint Francois de Borgia, à San(1), suivant une lettre du Poussin, Remo. Le tableau même de Saint du 24 décembre de cette année, à Ignace, dans l'église de Jésus, à M. de Chanteloup, dans laquelle on Rome, n'est pas également fini dans lit : « Notre bon ami Dupuis ( del toutes ses parties. Néanmoins l'enPozzo) est décédé. » Carlo Dati a po- semble découvre un peintre habile, blié son Éloge avec un Tableau sy- d'une invention judicieuse, de formes noptique de sa collection d'antiqui- aimables , d'une coulcur riante , et tés, Florence , 1664, in-4°. Son por- d'unetouche franche et aisée. Ses outraita étégravépar P. de Bruyn. G-CE. vrages, même les moins achevés, an.. POZZO ( Le Père ANDRÉ), pein- noncent du génie. Un professeur d’utre, né à Trente, en 1642, se livra ne haute réputation ayant été appelé d'abord à l'étude des lettres; mais pour faire un tableau destiné à rementraîné par son goût pour la peintu- placer le Saint Ignace dont on vient re, il se rendit à Milan, pour étudier de parler , refusa modestement cette cet art. L'époque à laquelle il vécut commission, en disant que ni lui pi est celle où la peinturė avait atteint aucun des artistes contemporains le dernier terme de la décadence; et n'étaient capables de mieux faire. c'est à lui qu'elle dut d'avoir fait des La promptitude d'exécution du progrès dans la perspective. Guidé P. Pozzo était si grande, qu'il terpar un instinct naturel, il n'eut pour mina en quatre heures le portrait maitre que son génie. Il était entré d'un cardinal, qui, dans la journée chez les Jésuites, à l'âge de vingt- même , devait partir pour l'Alletrois ans, comme frère lai; il y de- mague. Il occupe aussi un rang homeura loug-temps, entièrement livré norable parmi les peintres d'orneà la pratique de son art. Occupé sans ments. On pourrait cependant reprorelâche à copier les meilleures pro- cher à ses compositions en ce genre, ductions des peintres vénitiens et une trop grande profusion de vases, lombards, il était parvenu à se for de festons, d'enfants assis sur des

guirlandes; mais c'était le goût du (1) Ou voit donc qne c'est par erreur que le Nuo- siècle. La voûte de l'église de Saintdu commaudeur del Pozzo, au za octobre 1658. Ignace est son ouvrage le plus vaste.

vo Dizionario storico, Bassano, 1996, place la mort

On y voit éclater une imagination neur- la distribution des ombres et des luve, une grande vivacité de teintes mières. Mais s'il était habile peintre, et une verve pittoresque que le Mac son goût en architecture est loin de raile et Ciro Ferri surtout ne pou- mériter les mêmes éloges : rien n'est vaient s'empêcher d'admirer. Ce der plus bizarre que ses productions en nier appelait ce grand ouvrage une ce genre, et notamment le somp. płace Navone, et il s'étonnait que tueux autel de St. Louis de Gonzague, Pozzo n'eût pas mis, disait-il, plus dans l'église de Saint-Ignace. Il en est d'années à la peupler : il concluait de même des dessins insérés dans son que, tandis que les chevaux des au- Traité de perspective' : piedestaux tres peintres n'allaient que le pas, sur piedestaux, ressauts, figures irceux de Pozzo couraient le galop. Il régulières, lignes contournées, orest sans rival parmi les peintres de ments lourds et multipliés sans raiperspective. Sur une surface conca- son, tel est le caractère de son archive, il est parvenu à faire paraître tecture; et Milizia, historien et critous les membres de l'architecture tique éclairé, dit que « celui qui vou. convexes. C'est ce qu'on voit dans drait être architecte au rebours , une tribune de Frascati , où il a peint n'aurait qu'à suivre les préceptes de la Circoncision de Jésus-Christ, et Pozzo. » Son Traité de perspective dans un corridor du couvent des Jé- pour les peintres et les architectes, suites, à Rome. Ce qui l'a mis le plus forme deux volumes, publiés sucen réputation, c'est d'être parvenu cessivement à Rome, le premier en à tromper l'oeil de manière à faire 1693, le second en 1700. le texte voir de feintes coupoles, dans plu- est en italien et en latin, et accomsieurs églises de son ordre: à Turin, pagué de 226 planches, relatives, à Mondovi, à Modène, à Arezzo, à lès unes à l'architecture, et les auMontepulciano, au collége Romain à tres aux peintures qu'il a exécutées Rome, et enfin à Vienne, où il avait dans la plupart des villes où il a sé. été appelé par l'empereur Léopold. journé. Cet ouvrage, qui a été réin. Il peignit aussi des décorations de primé en 1902, 1917, 1741, 1964, théâtre, où il introduisit des colonna. a aussi été traduit en anglais et en des et des palais à l'imitation de la allemand. On a encore de lui un opusnature, et parvint à rendre croyable cule, in-4°., imprimé à Rome, en ce que Vitruve et Pline nous rap- 1694, sous ce titre: Lettera all' ecportent de l'habileté des anciens eu cellentissimo principe Antonio Floce genre. C'est pendant son séjour riano di Lichtenstein, etc: ( Lettre à Vienne, qu'il termina sa carrière au prince de Lichtenstein, ambasle 31 août 1709. Il fut universelle- sadeur de l'empereur Léopold, aument regretté ; un grand nombre près de S. S. le pape Innocent XII, de nobles assistèrent à ses obsèques. sur le sens des peintures exécutées On imprima son éloge, et l'on frappa par lui (Pozzo ) dans la voûte de une médaille en son honneur. Quoi-. l'église de Saint-Ignace à Rome.) que profond dans la théorie del'opti- Pozzo eut un assez grand nombre que, comme le prouve son traité de l'élèves , parmi lesquels Albert CarPerspective, Pozzo avait contume lari, romain, Augustin Collaceroni, de ne tirer presqu'aucune ligne sans bolonais , et surtout Antoine Colli, avoir fait des modèles en relief pour fameux par la peinture du maître

autel de Saint-Pantaléon, se sont teur de Bavière. Ce prince, auquel rendus justement célèbres. P-. l'artiste avait envoyé les dessins et

POZZO (Lecomte JÉRÔME DAL ), le plan en relief de ce théâtre , l'en architecte, naquit à Vérone , en récompensa en lui faisant remettre 1918. L'éducation la plus brillante une superbe tabatière en or, enricbie seconda chez lui les rares disposi- de diamants. A la demande de milations qu'il avait pour les sciences et di Weight, qui , pendant un long séles arts ; mais un penchant irrésisti- jour qu'elle fit à Pérone, s'était liée ble le portait vers l'architecture et avec le comte dal Pozzo, il composa le dessin. Sans le secours d'aucun un traité d'architecture sous le titre professeur, il se fit bientôt connaître suivant : Degli ornamenti dell' arpour un maître habile et consommé. chitettura civile, secondo gli antiChoqué de la fausse direction et du chi. Ce livre brille non-seulement mauvais goût des architectes de son par une érudition pleine de goût, temps, il chercha, par ses conseils quoique profonde, mais il peut donet son exemple, à les ramener dans ner les premiers éléments de la scienla véritable route, et à remettre en ce à ceux qui veulent apprendre l'arhonneur la manière des anciens. La chitecture. Il fut adopté en effet dans délicieuse Villa des comtes Trissi- un cours public, à Vérone , et obtint no, dans le Vicentin, est un de ses les résultats les plus satisfaisants. premiers ouvrages , et fit voir ce L'auteur a su réunir, dans un petit dont il était capable. Il a su tirer nombre de pages , une multitude de parti de l'irrégularité du terrain, pour choses, ce qui a fait direà Algarotti : ajouter une foule de beautés de détail au grandiose de l'ensemble. Il fit

In picciol campo fai mirabil prove.

pecca élever quelque temps après, dans le Cependant, malgré ce succès, l'au- . marquisat de Castellano , près Man- teur toujours modeste n'a jamais toue, une église , où il sut faire l'ap-' voulu faire imprimer son livré. Il en plication la plus judicieuse des règles avait composé un autre sur les Théâdes anciens. Doué d'une fortune con- tres des anciens et sur le projet sidérable qu'il tenait de ses ancêtres,, d'un théâtre adapté à l'usage moc'était pour son unique plaisir qu'il; derne , qui n'a pas non plus été imfournissait à ses amis des plans et primé. Sa réputation ne tarda pas à des dessins de fabriques nouvelles. En se répandre dans toute l'Europe; les 1735, plusieurs dames et de jeunes académies royale de Parme, et Cléseigneurs ayant formé le projet de inentine de Bologne, le nommèrent jouer la tragédie, il fit construire, membre associé. Son style, en ardans la grande salle de l'académie chitecture, est un heureux mélange philarmonique de Vérone, un petit du Sammichele et du Palladio. Jathéâtre à l'imitation de ceux des an- mais les membres principaux ne sont ciens. La vue perspective de ce théâ- interrompus; les ornements sonttou: tre se voit en tête de la tragédie il jours bien adaptés, plein d'harmoMedo, qui fut jouéc et imprimée nie, de goût, de grandeur et de macette même année, et dédiée à l'élec- jesté.

P-s.

FIN DU TRENTE-CINQUIÈME VOLUME.

« PreviousContinue »