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que, là où la nature est tout, l'art de tracés, le riant, le touchant, le vient superflu. Le Poussin était, daps grave et le terrible. Chacun de ces ses entretiens et dans ses ouvrages, sujets fait, d'une scène locale, une porté par le progrès de sa réflexion, grande conception poétique et histoaux sujets graves et sérieux. Il ne riqae. Le Printemps est figuré par laissait pas néanınoins de se condui. Adam et Ève dans le Paradis terresre avec ses amis suivant leur carac- tre; l'Été, par l'épisode de Booz tère, et de les traiter selon leur goût. et Ruth ; l'Automne, par la grappe Quoique occupé le plus souvent de de raisin rapportée de la Terre propaysages historiques, il revenait mise; l'Hiver enfin, le chef-d'ouvre quelquefois au genre proprement dit du génie, et, l'on ose dire , de la de l'histoire. Il passait aussi des Peinture, par le Déluge. L'arche de compositions de la Bible aux sujets Noé, portée sur les plus hautes eaux, mythologiques ou allégoriques. A- sous la faible lueur de l'astre à deprès avoir fait , pour Stella , le mi effacé; les eaux retombant en vapaysage du Moïse exposé sur les gues, ou prêtes à couvrir les someaux, dont on a parlé, il com- mets, dont le serpent, emblème du posa le Moïse enfant , foulant aux mal, cherche à gagner la cime; une pieds la couronne de Pharaon, faible barque entraînée par les flots, pour le cardinal Massimi, qui eut où un homme, au haut de laproue, aussi de lui un Apollon et Daphné, ne s'occupe pas, comme dans le resté imparfait. Le Poussin fit enco- luge du Carrache, à redresser la re, pour Stella, une Naissance de barque, mais, les mains levées, inyo. Bacchus; et, pour Madame de Chan- quele Ciel, dont il voit la foudre silteloup, une Fuite en Egypte, et en- lonnerl'atmosphère, action qui carac. suite une Samaritaine, qui fut son térise ce sujet religieux;d'un autre côdernier tableau de figures dans le gen. té, la tendresse d'une mère , survire de l'histoire, comme il l'annon- vant à la catastrophe, et lui faisant çait dans sa lettre d'envoi à M. de tendre à son mari son enfant qu'il Chanteloup; carles sujets des Quatre ne peut atteindre ; enfin cette couSaisons, qui appartiennent au grand leur soibre et uniforme qui envegenre du paysage historique, com loppe la scène, et qui porte à l'amencés dès 1660, ne furent finis que me une impression profonde de trispostérieurement, en 1664. Dans l'in- tesse ; tout annonce , non simpletervalle, il paraît avoir aussi com- ment une scène du Déluge, ni une posé le tableau du Ballet de la vie submersion commençante ou conhumaine ,tiré du Songe de Polyphile, sommée, mais le Déluge même s'oet figuré par le plaisir et le Travail, pérant, et produisant l'effet le plus la Richesse et la Pauvreté, dansant grand et le plus terrible. Depuis quelau son de la lyre du Temps; sujet qui ques années la constitution du Pouslui fut demandé par le prelat Jules sin , quoique robuste , s'était affai. Rospigliosi , depuis pape sous le blie par le long travail qui, en exernom de Cléinent IX. Ce fut pour le cant chez lui la sensibilité et la réduc de Richelieu, que le Poussin flexion, épuisait ses forces. Si la composa les tableaux des Saisons, touche un peu molle qu'on a remarqui peuvent donner principalement que dans le Déluge, son dernier l'idée des quatre modes déjà re- tableau , semble convenir à une Dature noyée par les eaux; ce qui dé à Félibien, qu'ayant, depuis quelalors pourrait être une beauté, serait, que temps abandonné ses pinceaux, partout ailleurs un défaut. Le trem- il ne pensait principalement qu'à se blement de sa inain se fait sentir dans préparer à la mort : J'y touche , les dessins de ce temps, dont le disait-il, du corps ; mot remartrait est mal assuré. Le chagrin que quable, qui annonce que notre peinlui causa la mort de sa femme, qu'il tre philosophe était loin de croire perdit vers la fin de 1664, accrut que tout était fini pour lui , comson infirmité; et il marque, à ce sujet, me le lui fait dire le traducteur des à M. de Chanteloup, que n'ayant plus Mémoires de madame Graham. Il qu'à se disposer au départ, il recom- avait sans doute au fond de l'ame , mande aux bons soins de l'amitié et présents à sa pensée, les impresce qu'il laisse à ses parents d'An- sions, les sentiments qu'il a si soudely ; il ajoute que la main lui trem- vent retracés dans ses sujets , et qui ble tellement, qu'il a peine à terini montrent combien il était pénétré et ner une lettre en huit jours : on plein des Livres saiuts ; car on en voit que, malgré son agitation ner reconnaît tout l'esprit, et l'on croit veuse, il était courageus et résigné. lire la Bible elle-même dans ses ouA cette époque, où ses forces pa- vrages. Une inflammation d'entrail. ralysées ne lui permettaient plus de les, suite de la maladie nerveusc dont sortir ni de peindre, il ne laissait il était attaqué, lui laissa néanmoins pas d'occuper sa pensée et de mé- toule sa force morale et sa conditcr sur son art. Il écrivait en naissance, pour dicter une dernièmars 1665 ( sans doute par la main re lettre, dans laquelle il marquait de Jean Dughet) au frère aîné de à son ami Chanteloup l'extrémité où M. de Chanteloup (V. CHAMBRAI), il se trouvait; et en effet , sa mort qui lui avait envoyé son livre De la suivit de près : comme il avait yéparfaite idée de la Peinture , que cu en homme de bien et en sage, cet ouvrage avait servi d'une douce il mourut de même en chrétien, påture à son ame affligée : en même après avoir reçu les sacrements, temps il expose les idées que lui a le 19 novembre 1665 , dans la fait naître la division des parties de soixante-douzième année de son âge. cet: art par Junius; et il distingue Son service funèbre, auquel assistèneuf parties essentielles, qu'il laisse rent tous les peintres de l'académie à de bonnes et de savantes mains de Saint-Luc, les artistes français, les à developper, ne pouvant d'ailleurs amateurs des beaux-arts, et plusieurs y donner maintenant une forte at- seigneurs et cardinaux , fut célébré à tention, sans se trouver mal. Le pro. Saint-Laurent in Lucind. L'abbé Nicédé d'un petit-neveu , qui vint à Ro- caise, chanoine de Dijon, et ami par. me, et qui, selon Passeri, se condui- ticulier du Poussin, orna sa tombe sit indiscrètement envers le Poussin, d'une inscription ; et Bellori , son dut aigrir ses peines. En les con- historien, y ajouta l'épitaphe en vers fiant à son ami, dans une lettre du qui se termine par ces mots : In ta28 du même mois, il le prie de se bulis vivit et eloquitur. Le Poussin, souvenir de la prière qu'il lui a faite par son testament, avait défendu de le protéger après son trépas. Dès toute cérémonie pompeuse à ses fule mois de janvier 1665, il avait inan. nérailles. De quinze mille écus romains, qui étaient tout le fruit de plus duPoussin avec M. de Chanteloup. de quarante années de travaux, il Quoique en général elle soit restée laissait un tiers à la famille de sa inédite, elle était connue en assez femme, dont il avait reçu des ser- grande partie par les citations (qui, vices , et les deux autres tiers à une à la vérité, ne sont pas toujours nièce d'Andely et à ce même neveu textuelles) de Félibien et d'autres qu'il instituait son légataire univer- biographes. Les lettres originales sel, en recommandant , comme il étaient conservées dans la maison de l'écrivait à M. de Chanteloup, ces M. de Favry, le petit-neveu de M. de gens simples, pour qu'ils ne soient Chanteloup: on ne sait ce qu'elles sont trompes ni volés, aux mêmes bon- devenues depuis l'époque de 1796. tés que son ancien ami avait eues La bibliothèque de Dufourny en pospour son pauvre Poussin. Le zèle sédait d'anciennes copies manuscri. constant de cet ami pour la mémoire tes, au nombre de cent quarante-sept. de celui qu'il venait de perdre, lui L'auteur de cet article a profité de fit faire des recherches pour décou- quelques renseignements utiles à son vrir si le Poussin , qui avait eu le objet, qu'une communication rapide projet d'écrire sur la peinture, avait de ces lettres avait pu lui procurer; laissé des manuscrits à ce sujet. Jean maisil n'a pas crudevoirfaireusagede Dughet (selon Félibien), consulté, ré- détails d'affaires ou d'artqui sortaient pondit qu'il n'existait d'autre manus du plan ou des limites d'une notice. crit qu'une copie du Traité De lu. D'autres Lettres du Poussin, mais mine et umbrå du P. Matteo Zocco- en italien , au chevalier del Pozzo, lini. Cependant Bellori , à la suite imprimées dans les Lettere pittorides Mesures de l'Antinoüs, a donné che, étaient possédées en original des Observations, en italien, attri- par Dufourny. M. Castellan, les soup. buées au Poussin, sur la peinture, connait écrites presque toutes de la qui étaient, dit-il, conservées dans main du Guaspre, sauf quelques la bibliothèque du cardinal Massimi, lettres autographes, ou mêlées de et qu'a traduites en français M. Gault l'écriture du Poussin: cette conjecde Saint-Germain. Mais ces obser- ture se trouve confirmée par le cavations se bornent à de vagues géné- ractère analogue de la copie manusralités, sur l'ordre, le mode , etc., crite du Traité de peinture de Léoet rappellent à peine quelqu'une des nard de Vinci , accompagnée de desneuf parties qu'énonçait le Poussin, sins faits pour ce Traité, par le dans sa lettre à M. Chambrai de Poussin , et donnée à M. Chambrai Chanteloup, comme essentielles à la de Chanteloup, qui en a publié une peinture, savoir (après le choix d'u- version française en 1651. C'est ne matière noble et capable de rece- encore au zèle et aux instances du voir une excellente forme ) : la dis- frère de M. de Chambrai, que la position, l'ornement, la convenance, France doit le Portrait original , où la beauté, la grâce, l'expression , le ce grand artiste s'est peint lui-même, costume, la vraisemblance, et le juge- et où il paraît revivre au Musée , ment partout. Les lettres fréquem- comme dans ses Lettres et dans ses inent rapportées dans le cours de cet principaux ouvrages. Ce portrait, article, annoncent du moins l'exis- qu'il offrit comme une marque de tence d'une longue correspondance dévoûment, à son ami, avec des em

blèmes symboliques, fut répété par sieurs artistes, ou qui étaient restées. lui ayec des accessoires différents, inédites. Depuis 1811, où a été pupour son autre ami de France , M. publiée cette OEuvre dite complète, Pointel, afin de ne pas faire , dit- mais qui n'a pu l'être que relativement il, de jaloux. On croit qu'il fit un aux gravures, plusieurs tableaux ont troisième portrait pour un ami de été gravés de nouveau', ou pour la Rome, et qui était conservé dans la première fois avec un nom connu. famille des Rospigliosi. Le premier, D'autres tableaux que l'on ne conoù il s'est représenté méditant ayant naissait pas ont été annoncés, et de peindre, a été gravé dans plusieurs même avec grayures ; d'autres ont dimensions par J. Pesne, l'artiste paru au Musée et ailleurs, où ils. dont on a le plus de gravures de ce n'existaient pas; d'autres enfin ont maître, et qui a rendu le mieux l'es- subi de nouveaux déplacements, et prit de ses compositions, dans celles passé dans des pays étrangers. Nous où une exécution agréable convient allons désigner les lieux principaux moins qu'un style sévère.Un portrait, où les tableaux du Poussin , en plus où le Poussin est retracé le crayon grand nombre, se trouvent réunis , à la main, a été lithographié par ou ont été transportés par suite de Vigneron, en 1821, et un autre, de la révolution française. Nous indipar Langlumé, en 1822. Le prin querons ensuite les descriptions et cipal mérite du Poussin consistant les écrits les plus remarquables qui dans la composition et l'expression, ont contribué, avec la reproduction ses tableaux sont ceux qui perdent le des gravures, à faire connaître de plus moins à la gravure : aussi ont-ils été en plus le caractère et l'esprit de ses reproduits le plus souvent , et avec ouvrages ,.et à préparer ainsi la succès, par ceux des artistes qui ont nouvelle renaissance de l'art, raréuni une pointe ferme ou un burin mené , par une raison plus développur à la précision du dessin : tels pée, à l'étude du grand et du beau ont été , entre autres , Jean Dughet, moral dans les compositions du Claudine Stella, les Audran, les Poussin. I. EN FRANCE. A Paris. Poilli, les Picart, Gantrel , Baudet; Depuis l'exportation des tableaux de et tels sont, de nos jours, Bartoloz- l'ancienne galerie d'Orléans , et la zi, Strange, Volpato et Morghen, dispersion de acux de l'hôtel de Toules Laurent, Blot, et Desnoyers. louse , des cabinets de Crozat, de Les premiers surtout , sont, après Blondel de Gagny,de Dufourny, etc., Pesne, ceux qui ont gravé le plus de la collection principale , et presque pièces du Poussin. Voyez , en parti- la seule, est celle du Musée du Louculier et pour les détails, le Manuel vre, dont la Notice mentionne trentedes Amateurs, par Huber et Rost; et trois tableaux, la plupart de l'Hisl’OEuvre de ce maître, par Landon, toire Sainte, et du premier ordre, 4 vol. in - 40., 1811, contenant, notamment le Déluge : ils ont été (indépendamment de la gravure au caractérisés dans le courant de cet trait de 239 pièces, qu'il donne article. Les dessins sont au nombre d'après le cabinet du Roi et quel- de vingt-deux , et offrent, entre auques cabinets particuliers ou étran- tres, de premières pensées de sujets gers , ) l'indication de celles qui tirés de la Bible. Au Musée du Luxemavaient été gravées par un ou plu- bourg, était , en 1893, une Adoras tion des Mages, celle qui a été gra• Massimi , les dessins originaux da vée par Morghen pour le Musée fran. poème d'Adonis. Au palais Justiniaçais. Au cabinet de M. Renouard, ni étaient, un Repos en Egypte, et libraire et amateur, les Dessins ac- le Massacre des Innocents, aujourcompagnant la copie ancienne du d'hui dans la collection de Lucien Traité de peinture de Léonard de Buonaparte. — A Naples, au palais Vinci, qui paraît avoir été écrite par Torre, une Sainte-Famille avec des le Guaspre (Voyez le Catalogue de Anges , gravée au lavis par Saintla Bibliothèque d'un amateur, t. 1, Non. - A Venise , au palais Manp.320).- A Versailles,danslagalerie, fredini, le Temps protégeant la était Marset Rhea.- A Évreux, estrité, sujet semblable à celui du Mule Coriolan, que M. Walckenaer té- sée de Paris; une Danse des Saisons, moigne avoir vu à la préfecture, et qui sujet analogue au Ballet de la vie provenait du cabinet du Mis. d'Hau humaine. A Florence, dans la Gaterive. – A Vaux-le-Vicomte , dans lerie, Thésée découvrant le secret la maison de Plaisance de Fouquet, de sa naissance. A Bologne, au étaient conservées des figures de Ter- palais Zambeccari , le Martyre de més, modelées par le Poussin. - saint Laurent , dont la composition EN IT ALIE. A Rome. Au Vatican: contraste avec celle du Martyre de le Martyre de saint Erasme , d'a- saint Érasme, qui était commandée hord au palais de Montc-Cavallo, par sa destination. — A Milan, dans puis transporté au Musée de Paris, la collection de la comtesse Pino , le ensuite rendu en 1815. Une copie de Moïse défendant les filles de Jethro, la Noce Aldobrandine , la inême gravé par Anderloni.- EN ANGLEpeut-être que celle qui se voyait chez TERRE. A la galerie du collégede DulM. Sage, à Paris, en 1808. Au palais wich , le Triomphe de David , pro Barberini, la Mort de Germanicus ; venant de la collection du cardinal un Triomphe de Bacchus et d'- Casanata ; l'Adoration des Mages, riane, non terminé. Au Capitole, un peinte pour M. de Mauroy, et graTriomphe ou Empire de Flore. Au vée par Picault; une Assomption de palais Colonna , l' Ange dictant l'É. la Vierge , et une Education de vangile à saint Mathieu; un Apollon Bacchus, autres que celles dn Musée et Daphné changée en laurier; plu- de Paris; Jupiter et Antiope ; Vénus sieurs Paysages peints à fresque. et Mercure; Renaud et Armide arAu palais Corsini, le Sacrifice de mée d'un poignard ; l'Inspiration Noé, dont la première pensée est au d'Apollon approchant une coupe Musée de Paris. Au palais Doria, une des lèvres d'un poète;l'Horatius Cocopie de la Noce Aldobrandiné, et clès, attribué au Poussin. - Collecla Naissance d'Adonis. Au palais tions particulières : Tancrède et HerRospigliosi , était le Ballet de la vie minie , du cabinet de Thornill; Vénus humaine, qui fait maintenant par- et Adonis, de celui de Reynolds, tie de la collection du cardinal Fesch; grav. par Earlom; une Sainte Fa un Portrait du Poussin. Au cabinet mille avec des Anges, chez lord Gros Albani, le dessin d'une Minerve, se venor, de la collection du marquis couvrant la tête de son égide pour ne de Lansdown, gravée par Bartolozpas voir le necurtre des eníants de zi; les Bergers d'Arcadie, gravés Médée. A la bibliothèque du cardinal par Ravenet, chez le duc de Devon

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