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tion de rester à Rome; mais qu'il y les courtisans: Voilà Vouet bien atservirait volontiers le Roi aussi bien trapé. Bellori, en faisant connaître qu'à Paris, en tout ce qui lui serait la lettre même où le Poussin mande commandé. Ce ne fut qu'après avoir ces détails au commandeur del Poz. reçu l'invitation même de M. des zo , rapporte aussi un brevet de Noyers, accompagnée d'une lettre du S. M. du 20 mars 1641, qui nomme monarque, qu'il annonça ses disposi- ce savant artiste son premier peintre, tions pour son départ en automne. ordinaire , et lui donne la direction Cependant ses motifs de santé, et peut générale de tous les ouvrages de être aussi des pressentiments d'agita- peinture et d'ornements de ses mation et de trouble succédant à des sons royales. L'auteur de l'Eloge du jours sereins, tels qu'il nous en a Poussin, couronné à Rouen, n'a dépeint dans ses tableaux, lui fai- point counu ce brevet, lorsque, d'asaient retarder son voyage : il desi- près la lettre du Roi et le silence de rait même s'en dégager, quoique le Perrault, il a cru devoir accuser Roi, par sa lettre, en le choisissant d'erreur Félibien et les autres histopour son peintre ordinaire, l'eût ass riens , qui ont dit que S. M. avait suré gracieusement a que ses services nommé le Poussin son premier peinseraient aussi considérés en France tre ordinaire. Vouet ne laissait pas que ses ouvrages et sa personne l'é- d'être le premier peintre titulaire du taient à Rome. » L'année entière s'é- Roi. Mais des marques si particuliètant vainement écoulée, M. de Chan- res d'estime, et le mot échappé au teloup hâta un yoyage projeté en monarque, purent accroître la jaItalie, et vint à Rome, d'où il em- lousie de cet artiste, sans doute déjà, mena son ami en France, avec Gas- connue. Ce mot, non moins piquant par Dughet, vers la fin de 1640. qu'humiliant, aurait été d'un augure, Un carrosse du Roi conduisit le sinistre et cruel , si Vouet fût mort Poussin, de Fontainebleau à Paris, la même année (en 1641), comme au logement qui lui était destiné Félibien et presque tous les biogradans le jardin, même des Tụile- phes qui l'ont suivi , n'ont cessé de ries. L'illustre artiste fut présenté, le répéter , tandis que , d'après les par M. des Noyers, au cardinal, qui dates précises données par Bullard et l'embrassa. Il fut de suite accueilli. Perrault, Vouet mourut seulement en honorablement à Saint-Germain par 1648.Le sujet de la Cène pour l'église le Roi, qui, s'étant mêlé exprès dans de Saint-Germain-en-Laie, l'un des la foule des courtisans, fut distingué grands tableaux ordonnés par sa sans peine par le Poussin, s'entretint Majesté au Poussin, et achevé en long-temps avec lui , et, dans sa sa- moins de trois mois, fut traité avec tisfaction, dit, en se tournant vers ce caractère religieux que demandait

l'Institution de l'eucharistie , où J.-C. me, où il se distingua par de grands ouvrages à fres- est debout, tcnant une patère, et que. Revenu à Paris en 1623 , il peignit à Bagnolet, mais principalement à Ruel, chez le cardinal de Richelieu, des tableaux de perspective des plus sur tres à genoux ou dans l'attitude du prenants. De retour à Rome , il y travailla sous la direction du Poussin, ayec d'autres artistes français, respect et du recueillement: il ne doit à des copies de tableaux de la galerie Farnese pour M. de Chanteloup. Il revint ensuite à Paris, oi, étant logé, en qualité de peintre du Roi, dans un des pa- Sept Sacrements , où le Sauveur est villons des Tuileries, um incendie consuma ses ef. fets: il se retira et, mourut à Gaillon, en 1659. assis, à table, avec ses disciples,

Indépendamment d'un autre grand Francois - Xavier , choquait trop ouvrage projeté pour la chapelle de l'amour-propre jaloux. Le miracle Fontainebleau , la suite des Travaux du retour de la mort à la vie, dont d'Hercule peints en stuc, dont il fit le sujet semblait échapper à la peinles dessins pour la grande galerie du ture, s'y trouve exprimé, moins enLouvre, et dont on n'a peut-être core par la gradation de mouvements que les esquisses gravées ; huit su- de la jenne fille, soulevant un genou, jets tirés de l'ancien Testament, et ployant un bras, et paraissant redont les cartons, exécutés pour ta- naître, que par les vives impressions pisseries, ont été perdus ; d'autres qu'on voit se produire sur le saint sujets encore demandés par le cars missionnaire, sur les assistants, sur dinal de Richelieu, furent en partie la mère, sur les parents, et qui font achevés, dans la même année : ct, partager les mêines sentiments a'is quoique ces compositions fussent spectateurs. Cette composition attisouvent interrompues (comme il le rait la foule , et accusait en même dit dans unelettre au chever. del Poz- temps la faiblesse d'expression d'un zo du 4 avril 1642), par des frontis- tableau de Vouet , placé à côté du pices de livres, par des décorations premier, dans la même église, et qui d'armoires, par des dessus de che- était à peine regardé. Des partisans minée, etc. , tant le goût pour les de Vouet, ne pouvant attaquer le sujet nobles sujets, ajoute-t-il, est si principal du tableau du Poussin, se re. peu constant qu'à peine commen- jetèrent sur les accessoires. Ils assimicés ou entrepris, ils sont aussitôt lèrent à un Jupiter Tonnant le Christ quittés ou négligés ; ces occupa- qui apparaît dans la gloire , et autions ne l'empêchèrent pas de ter- quel le peintre, comme il le fait enminer un tableau de la plus grande tendre dans sa 'noble défense, avait dimension, ordonné par M. des dû donner, non un air doucereux , Noyers, pour le Noviciat des Jésuites, mais un caractère de puissance concelui du Miracle de saint Francois- forme à son action. D'autres motifs Xavier. De tels travaux, qui auraient de contrariété étaient relatifs aux traaccablé un peintre moins courageux vaux du Louvre. Le baron de Fouet moins occupé, ne laissaient pas quière , ainsi qu'il le nomme dans de lui faire sentir le besoin d'être une lettre à M. de Chanteloup, se plaientouré des soins de sa famille, et gnait de ce qu'on avait mis la main surtout de ceux de sa fidèle compa- à l'oeuvre sans le consulter, et prégne, qui n'avait point quitté Rome, tendait que ses paysages , les vues des et dont les consolations devenaient villes de France dont il était chargé, nécessaires à sa tranquillité. Outre le devaient être l'ornement principal de peu de repos et de liberté qui lui res- la galerie. D'un autre côté, l'architait à Paris, les désagréments et les tecte du roi , Le Mercier, avait emtracasseries que l'ignorance, l'envie ployé tout l'appareil d’un luxe diset peut-êtrela cupidité lui suscitaient, pendieux pour charger d'ornements durent, sans doute , ajouter aux mo: lourds et disproportionnés la voûte tifs qui déterminèrent sa résolution de cette galerie; et le Poussin , en La sublime Institution de la Cène vertu de l'autorité qui lui était attriavait pu imposer à l'envie timide; buée , les lit abattre, pour disposer mais le tableau si expressif du Saint le tout dans des proportions plus

conformes aux distances, à l'éten- l'appartement du Roi au Louvre ; due, à l'ensemble, avec un goût plus et elle a orné, jusqu'en 1953, la noble dans la décoration, et plus d'én salle des séances de l'académie royale conomie dans la dépense. Un tel de peinture. Malgré ces contrariétés changement, supporté difficilement particulières , qui ne portaient atpar Le Mercier, excita ses plaintes, teinte ni à son crédit, ni à son carac. auxquelles le Poussin répondit, dans tère, il avait servi à Paris, de ses une très-longue lettre à M. des Noyers, bons offices , les amis du chevalier rapportée par Félibien. Après avoir del Pozzo, ainsi que le chevalier lui. opposé à la distribution mal enten- même, et á Rome, de sa recommandue de l'architecte-décorateur, celle dation, les jeunes artistes, ses comqui convenait à la grandeur, à la patriotes. Après avoir obtenu, pour destination de la galerie, et dont la l'Histoire des medailles impériales discussion équivaut à un véritable romaines d'Angeloni (V. ce nom), traité de proportions, il repousse, une dédicace au Roi , il avait provocomme une calomnie, ce qui lui te- qué avec succès l'exécution du projet nait le plus à coeur, l'imputation d'a- de François Jer., de faire dessiner voir voulu compromettre l'honneur et modeler les plus beaux monudu roi, par la parcimonie de ses ments de Rome , travail pour lequel plans. L'homme qui, en agissant il proposa Errard (V. XIII, 276). franchement, se défendait de mê- Ce fut dans ces dispositions, que me, n'avait sans doute besoin que le Poussin, attendant tout de ses d'exposer ses moyens et ses vues travaux et du temps, demanda un pour en faire reconnaître les motifs congé pour retourner mettre ordre et pour confondre ses détracteurs:on à ses affaires et amener sa femme a peine à croire que, n'ayant pas mê en France, et repartit, après deus me terminé les dessins des Travaux années, pour Rome, avec Dug het d'Hercule à la galerie du Louvre, il et Lemaire, en septembre 1642. La ait imaginé, pour dernier exploit du mort du cardinal de Richelieu étant héros , de se peindre terrassant la survenue au bout de quelques mois, Sottise et l'Envie sous les traits de et celle de Louis XIII ayant suises rivaux, et se couronnant lui-mêm vi d'assez près, ainsi que la reme, dans un tableau de la collection traite de M. des Noyers, il regarde Dufourny , attribué au Poussin, da ses engagements comme romet gravé dans son æuvre par Lan- pus, et ne songea plus qu'à se renferdon. La seule allégorie qu'un homme mer dans les travaux de son atelier. si élevé, par son caractère, au-dessus Cependant, à la rentrée de M. des des clameurs des envieux , se serait Noyers, s'il refusa de venir reprenpermise, c'est le beau sujet de la dre ses fonctions au Louvre, c'est Vérité que le Temps enlève , et qu'on lui proposait, dit-il, de finir soustrait aux atteintes de l'Envie seulement la grande galerie; ce qu'il et de la Discorde, ou de la Calom- pouvait faire en envoyant de Rome nie , et dont une composition en les modèles. On voit qu'à des condigrand brille aujourd'hui au Musée : tions moins restreintes, il fût revenu elle fut peinte, non pour le cabinet à Paris, où l'attachaient ses amis. Il du cardinal de Richelieu , comme le ne cessa point de travailler pour la porte la Notice du Musée, mais pour France; et l'on peut dire qu'il fut, par ce motif, et par les conseils que M. de Chanteloup, comme devant Lesueur, Lebrun et Mignard reçu- servir de pendant à la Vision d'Erent de lui, le rénovateur principal zechiel, par Raphaël. Une modestie de l'art sous Louis XIV : il mérita égale à sa modération lui avait fait ainsi de conserver , tant qu'il vécut, dire , ayant de l'entreprendre, qu'il le titre et les honoraires de premier craignait que la main ne lui trempeintre du roi , qui lui furent assurés blât en travaillant à un tableau qui par ce monarque. Le jeune Lebrun devait accompagner celui de Raavait été recommandé par M. Séguier phaël; et il suppliait, après l'avoir au Poussin , lorsque celui-ci retour fini, que son cadre ne fût point nait à Rome. Il lé rejoignit à Lyon, placé en regard , inais qu'il servit l'accompagna, et jouit constamment seulement de couverture au premier. de ses entretiens et de ses leçons. Il C'est néaumoins ce tableau qui, par suivit même d'abord la manière du l'expression céleste du regard de Poussin, au point qu'un tableau l'admiration, éclatant sur le front d'Horatius Coclès ayant été pris de l'Apôtre, et n'ayant d'égal que pour une composition de ce maître, l'air de beatitude de la Vierge dans auquel elle attira les félicitations des son Assomption, a fait témoigner peintres romains, Le Poussin en fut au chevalier del Pozzo, et redire, surpris et flatté, sans en être jaloux. d'après lui , que la France avait eu Dans le même temps, il se plaisait à son Raphaël aussi bien que l'Italie. diriger de Rome, par des envois Le même sujet (V.S.PAUL, XXXIV, d'esquisses , les études de Lesueur, 168), retracé par le Poussin, avec dont il avait développé le goût pour des accessoires qui annoncent un del'antique (V. LESUEUR). Il seconda gré d'extase moins élevé, a consolé le aussi le zèle de M. de Chanteloup, Musée de l'absence de cette prepour l'avancement de l'art, en lui mière composition , dont la Franenvoyant des copies de tableaux ce s'honorait. Le génie fécond de des grands maîtres , faites sous ses l'artiste, comme on la observé, lui yeux par des artistes français, en- faisait plutôt créer de nouveau, que tre autres par Errard, Lemaire, et répéter les compositions des sujets Pierre Mignard, auquel il donnait la qui lui étaient redemandés. Ce fut en préférence pour les peintures de 1644, qu'il commença de travailler Vierges et le portrait. Indépendam- à la deuxième suite des Sept Sacrement de ces expéditions , il faisait ments, qu'on a vue long-temps à Papasser à son correspondant des bus- ris, au Palais-Royal , avec ce Ravistes antiques, dont l'esportation était sement de saint Paul , et quide mêm alors très-difficile. Il n'y avait rien meque celui-ci,et comme la première qu'il ne fit pour servir ses amis. suite dont M. de Chanteloup avait Il était économe de leur bourse, desiré des copies, a passé en Angledans ses acquisitions ; il ne l'était terre. Agé alors de cinquante ans , pas moins pour les honoraires de le Poussin, en ébauchant le nouveau ses propres ouvrages. Il prit seule tableau de l'Extrême-Onction, dont ment la moitié des cent écus don- il reste au Musée une esquisse si exnés en paiement d'un tableau du pressive, écrivait à M. de ChanteRavissement de saint Paul , qui lui loup, qu'il se sentait, en vieillissant, avait été demandé en 1643, par plus animé que jamais du desir de régler ses pensées sur celles des an- composition, mais il agrandissait et ciens peintres grecs, et que cette enrichissait l'une et l'autre : les deux scène devait être un sujet tel qu'en tableaux cités, de la deuxième suite, choisissait Apelle, qui aimait à re- faite sur une plus grande échelle que tracer des personnes mourantes. On la première, en offrent un bel exemvoit en effet combien la sensibili- ple. Le inot connu sur le tableau du té du Poussin le portait à représen- Mariage, dont on a dit qu'il était difter ces sujets pathétiques , par celui ficile d'en faire un bon, même en de la Mort de Germanicus, si bien peinture , ne convenait pas au sujet pensé d'après Tacite, et par celui religieux du sacrement, et encore du Testament d'Eudamidas, peint moins à cette composition, où une d'une manière si touchante d'après solennité embellie par des accessoiPlutarque et Lucien, mais dont il res gracieux eonsacre plus dévotieun'existe peut - être que des gravu- sement l'union virginale de Joseph res, si ce tableau a péri suivant une et de Marie. En avançant dans sa tradition : car il ne saurait être sup- carrière, le Poussin, reporté en pléé par le tableau moderne qu'on quelque sorte vers l'adolescence, voit au Luxembourg, où est dépeint, mais avec des vues plus développées non Eudamidas mourant et léguant par l'observation, et qui lui faisaient les seuls et les tendres objets qui varier et agrandir ses scènes, develui restent à ses deux amis , mais nait inoins exclusivement attaché à Eudamidas mort, et l'acceptation ce goût sévère, puisé dans l'antique, du legs. Quoique traités en diffé- mais allant quelquefois jusqu'à la durents temps, et avec plus ou moins reté et à la sécheresse. On ne peut de simplicité ou d'étendue, ces su- pas dire précisément qu'il changea jets du Poussin retracent, sinon la sa manière, suivant l'expression de inême vivacité du pinceau, du moins Reynolds, mais que , ses goûts étant la même vigueur de l'ame, dont l'ex- nnoius austères, son exécution depression pénètre le spectateur, d'un vint plus moelleuse, sa composition sentiment profond, jusque dans des plus riche; et l'on y remarque , dit esquisses qui n'offrent aux yeux cet observateur philosophe, une plus qu'un léger contour, un simple trait. grande harinonie entre les scènes et Dans certaines pièces de cette collec- -les sites , les figures et les fabriques, tion, notamment dans le Baptême, comme on le voit dans la collection où l'onction , non d’un vieillard mou des Sept Sacrements, que le Poussin rant, mais de jeunes catéchumènes, termina en 1648. Par cet heureux formc un sujet bien opposé; quel accord , il se préparait à étendre la ques personnes , dit-il, avaient jugé sphère morale de l'histoire, en y trop douce sa manière, et peut-être rattachant, outre la poésie et l'alétaient-ce celles-là mêmes qui avaient légorie, comme on l'a vu, les beautés trouvé trop de fierté dans la figure physiques et locales de la nature et du Christ dont on a parlé : il leur ré- de l'art; non toutefois pour l'agrépond , en écrivant à un ami, « qu'il ment seul et l'harmonie de la comne chante pas toujours sur le même position, mais afin de fortifier davanton , et qu'il varie sa manière selon lage et de micus caractériser le sujet. les différents sujets, » Nov-seulement Le Moïse sauvé des eaux, que le il la variait en effet, ainsi que sa Poussin répéta plusieurs fois, qu'il

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