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mais son style manque d'élegance et cette ville, après la révolution de de correction. On a de lui les ou yra. 1688, et se retira loin des affaires à ges suivants : I. Mémoires de Mons. Benfield, agréable retraite dans la Du Vall, avec son dernier discours forêt de Windsor. C'est là que Pope et son épitaphe , 1670, in-40. Ce Du fut élevé. Il passa cependant quelVall était un fameux voleur de grand ques années de l'enfance dans de pechemin , qui fut pendu en 1669, à tites écoles dirigées par des prêtres Tyburn; les dames de Londres ayant catholiques. Mais, rappelé près de montré pour lui beaucoup d'admira- son père dès l'âge de douze ans, son tion, et vivement déploré son in- génie naturel et son percbant pour forlune, notre auteur chercha, en la poésie achevèrent seuls, au inilieu publiant ses aventures, à les gué- des inspirations de la campagne et de rir d'une faiblesse ou d'une affec- la solitude, une éducation faiblement tation , que nous avons vue quelque- ébauchée par les maîtres. Pope difois se renouveler en France , pour sait lui-même, qu'il ne pouvait se des accusés, des coupables inêmes, souvenir du temps où il avait comqui n'étaient pas plus intéressants. mencé à faire des vers. Son père, II. A la mémoire du très-renom- plus indulgent que ne l'avait été le Du Vall, ode pindarique, 1671, père d'Ovide , encourageait un insin - 40., imprimée à tort dans les tinct poétique qui n'était pas moins OEuvres de Butler. III. Nouvelles irresistible que celui du poète rochoisies, traduites de Cervantes et de main , et qui sans doute n'aurait pas Pétrarque, 1694. IV. Fables mora- cédé davantage à la contrainte. Le les et politiques, anciennes et mon bon gentilhomme, sans être lui-mêdernes, 1698, in-8°.V. Vie du rév, me fort lettré, indiquait à son fils de Seth , évêque de Salisbury , petit petits sujets de poème, lui faisait volume, Londres, 1697. C'est le plus plus d'une fois retoucher son ouvraestimé de ses ouvrages : on y trouve ge, et lui disait enfin, pour grand et beaucoup d'anecdotes sur les contem- dernier éloge, qu'il avait fait de porains de ce prelat. Thom. Wood bonnes rimes. Quelque puérils que publia , sous le titre d'Appendix, soient ces détails, ils expliquent peutune critique sévère de ce morceau être comment le génie poétique, ainde biographie, On a aussi de W. si préparé, excite dès l'enfance, proPope: Extrait d'une lettre écrite de duisit dans Pope cette maturité préVenise au docteur Wilkins , sur les coce, et cette science des vers qui mines de mercure du Frioul ;- Ob- marqua ses premiers ouvrages, et servations faites à Londres, sur une que l'on retrouve dans une Ode sur éclipse de soleil (Transact. phil., la solitude , qu'il écrivit dans sa avril 1665); et des Poésies légères, douzième année. L'etude des moimprimées dans les recueils de Dods- deles anglais et de la littérature la

L. tine se mêlait à ses jeux poétiques, POPE BLOUNT (THOMAS). Voy. Il s'exerçait à imiter, et quelqueBlount, IV, 598.

fois à corriger, à remanier, à rePOPE ( ALEXANDRE ) naquit à produire sous une forme plus cor. Londres, le 22 mai 1688, d'une fa- recte et plus élégante, des vers du mille catholique, fort zélée pour la vieux Chaucer, ou de quelque poète cause des Stuarts. Son père quilta brillant et négligé, comme Roches

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ter. Ce genre de travail, ce goût inquiète et jalonse , qu'il répandit d'exactitude et de pureté, singulier dans ses ouvrages, et qui lui suscita dans un enfant, ne semblait-il pas de nombreux ennemis. Il fut presque déjà l'évéler le caractère du génie de autant persécuté que Voltaire, par Pope, et cette manière d'écrire plus les injustices de la satire; il en soussavante qu'inspirée, plus habile que frit, et s'en veugea plus vivement enféconde, plus faite pour imiter avec core. L'époque de la reine Anne, au art que pour s'appliquer heureuse- milieu des luttes de la liberté publia ment à des compositions originales? que, avait rendu cependant, à tous, Du reste celle étude attentive et ce les aris de l'esprit, un intérêt que la soin premaluré de la correction et vive préoccupation de la politique ne de l'élégance produisirent des ouvra- leur laisse pas toujours : de grands ges doublement remarquables, par la talents s'élevaient à-la-fois, et étaient perfection du style et par l'âge de l’au assez également distribués entre les teur. Les essais de traduction et les deux partis rivaux. Dryden n'était églogues, l'un des premiers fruits de plus; mais Swift, publiciste profoud sa jeunesse, ne portent presqu'aucune et ingénieux, et quelquefois poète trace d'inexpérience : c'est la maturi- comme Horace, Swift faisait la gloité d'un poète; mais ce n'est pas la mol- re et la force du parti des Torys, lesse heureuse et le divin naturel de qu'il défendait avec une véhémence Virgile; il n'y parvint jamais. Cepen- toute républicaine. L'élégant, le cordant, poète déclaré dès l'âge de seize rect Addison , qui semblait né pour ans, Pope étendit le cercle de ses étu- être un academicien du siècle de des littéraires, fut conduit à Londres, Louis XIV, combattait dans les rangs et selia d'amitié avec plusieurs beaux des Whigs, avec une amertume in, esprits du temps, qui lui donnèrent génieusement tempérée, et une irod'utiles conseils, et surtout des louannie d'homme de cour. Des écrivains, ges, dont sa vanité était insatiable. diversement célèbres , se réunissaient Quatre pastorales furent le premier autour de ces chefs, Arbuthnot, ouvrage qu'il publia. Dans la même Steele, Congrève , Gay, Walsh , et année, en 1709, il mit au jourl'Essai beaucoup d'autres. Pope, qui par sa sur la critique, poème qui ne vaut religion était pour ainsi-dire Tory de pas l'Art poétique de Boileau, mais naissance, resta cependant assez improduction étonnante par la force de partial entre les deux opinions qui sagacité, la justesse et le goût qu'elle se disputaient le bonheur de l’Anglesuppose dans un poète de vingt ans : là terre et le plaisir de la gouverner. aussi se montraient cette amertume La passion exclusive de la poésie , de satire, ces haines personnelles et et peut-être aussi trop d'indifféviolentes contre les mauvais auteurs, rence ou trop peu de lumières sur les dont Pope fut toujours animé, et qui intérêts publics, favorisaient en lai firent l'agitation et le chagrin de sa cette neutralité, qui ne semblait pas vie. Né avec une constitution faible convenir à son humeuraltière et vive. et maladive, plongé dès l'enfance Probablement, il inclinait pour les dans les livres et l’étude , n'ayant Whigs ou pour les Torys, suivant guère connu que les émotions de la qu'il était plus ou moins blessé par vanité littéraire, Pope contracta de · les critiques littéraires de l'un ou de bonne heure une sorte d'irritabilité l'autre parti, Le Spectateur, écrit son testament, il disposait d'une par- remarquable qui ne fût dérobée queltie de sa fortune en faveur de miss que part. Mais peu importe d'où Blount, femme aimablect spirituelle, viennent les mots : le tissu de la dicqu'il avait long-temps aimée d'une tion fait le grand écrivain ; et l'on ne tendresse fort pure. Les biographes peut nier que Pope, sous ce rapport, anglais se sont attachés à nous trans- ne se place parmi les premiers momettre beaucoup de particularités mi. dèles du style et du goût. Il apparnutieuses, sur la vie et la personne de tient beaucoup plus, sans doute , à Pope. Elles prouvent que cegrand poè cette école savante et correcte , dont te fut sujet à beaucoup de petitesses : Boileau fut le chef parmi nous , qu'à mais elles n'altèrent en rien l'idée que l'écoleirrégulière et brillante que Sha. l'on aime à se former de la droiture, kespeare a créée, sans le savoir: mais et de l'honnêteté de son coeur. Il eut la sève vigoureuse du génie anglais les impatiences et les caprices de l'a- perce dans la sagesse même de son mour - propre gâté par le succès, style, et lui laisse une empreinte parl'humeur irritable d'un poète, et la ticulière. Si on le rapproche de Boimalignité d'un homme de beaucoup leau dans les ouvrages où ces deux d'esprit. Il vécut avec les grands; grands poètes ont traité des sujets mais il ne porta dans ce commerce analogues, l'avantage paraît du côté ni calcul, ni flatterie , et abusa même de l'auteur français : sans comparer habituellement avec tout l'égoïsme de l'Art poétique, et l'Essai sur la cri- la mauvaise santé, des complaisancés .tique, c'est-à-dire, un chef-d'euvre qu'il trouvait dans le monde, et qui et une brillante ébauche , le Luirin venaient à-la-fois d'admiration pour nous semble avoir plus de feu , de son talent , et de pitié pour sa frèle naturel et de poésie que la Boucle de existence, pour sa chétive stature: cheveux enlevée. Les gnômes assez on rapporte qu'un jour, dans une péniblement ramenés dans la fiction réunion à table chez lui , il s'en- du poète anglais, ne valent pas la dormit, pendant que le prince de charmante et malicieuse allégorie de Galles, son illustre convive, dis- la Mollesse; et Pope met en scène de sertait sur la poésie. - Le ta- jolies femmes avec moins de grâce lent de Pope, si pur, si brillant, et d'enjouement que Boileau n'y met et même si fécond, à l'invention près, des chanoines. Enfin la Dunciade, semble avoir été mêlé de petitesses, si on l'oppose aux satires de Boicomme son caractère. Uniquement leau , est une inspiration de malice et occupé de vers et de style , il tenait de gaîté beaucoup moins heureuse, et note d'un mot, d'une expression : il parce qu'elle est plus longue, et parce mettait en réserve le moindre trait qu'elle offre moins de force, de finesse heureux qui lui échappait; ct ne per et de variété. La satire À mon Esdait rien de son temps, ni de son es prit vaut mieux, à elle seule, que touprit. Des critiques anglais ont même te la Dunciade. Il ne semble pas non prétendu qu'une élude attentive et plus que Pope ait connu au même une adroite imitation de tous les poè degré que Boileau , cet art d'une tes , qui l'ont précédé, était la sour- louange noble et délicate, cette ince presque unique de son talent , et génieuse urbanité de langage qui qu'on trouverait à peine dans ses vers, rehausse même la flatterie. Mais si si habilement faits , une expression le poète anglais est inférieur quand

il vent imiter l'école française du derne parer cette belle statue grecdis-septième siècle, il a , sous d'au- que, si grande dans sa négligence. tres rapports, une incontestable On en conclurait que si la politesse prééminence. L'Epître d'Héloïse à plus raffinée du langage est inévitaAbailard , par la peinture naïve et ble, le choix d'un nouveau sujet deJibre de la passion, par une sorte vient alors nécessaire, et qu'il vaut de mélancolie amoureuse et mysti- mieus ne pas traduire , même avec que, alors nouvelle et toujours diffi- génie, que d'altérer les meurs et cile à bien rendre , est une des créa- l'expression, en gardant les persontions les plus heureuses de la poésie nages. Les belles traductions de Pomoderne. Dans un genre bien opposé, pe, et surtout son Iliade, n'en demeul'Essai sur l'homme par le caractère rent pas moins un monument méélevé, par le tour philosophique des morable d'un siècle littéraire, et un pensées, par l'application heureuse beau résultat de l'art d’écrire dans et neuve de la poésie à la métaphy- une langue perfectionnée. Toutefois sique , ne fait pas moins d'honneur la gloire de Pope, appuyée sur ce au génie du poète anglais : mais le grand ouvrage, ne supposant pas le grand titre, le monument du talent mérite de l'originalité, a subi plus de Pope, c'est la traduction de l'Ília. d'une contradiction et d'une censure, de, vaste entreprise que, dans notre dans la patrie même de ce grand écrilangue , Boileau et Racine avaient vain. On lui a prodigué le reproche voulu tenter en commun, et qui les de timidité, de médiocrité; et la noueffraya bientôt. Les critiques anglais velle école littéraire surtout a paru le ont exalté cet ouvrage comme un tré- rejeter assezdédaigneusement. Ilest à sor d'élégance poétique: ils lui attri. croire que la force, la pureté, l'éléganbuent l'honneur d'avoir fixél'harmo- ce du style de Pope, survivront à ces nie de leur langue ; ils ont remarqué injustes dégoûts. Lord Byron déjà lui même qu'iln'existait pas une heureuse rend un hommage expiatoire. Sans combinaison de leur idiome, pas une doute la postérité ne le mettra point beauté de style , qui ne fût dans à côté d'un Shakspeare on d'un Milcette version. Il resterait peut-être à ton; mais il doit demeurer le type de demander, si le beau naturel, si la la correction et de l'élégance poétigrande simplicité d'Homère, s'y re- que, dans une langue qui s'étend sur trouvent également. La même ques- une vaste partie de l'univers. Au tation s'appliquerait à l'Odyssée qui, lent de la poésie, Pope joignait celni dans quelques parties, n'est pas ira- d’écrire en prose avec beaucoup de vaillée par le traducteur avec inoins pureté et de verve satirique. Le Traitė d'art et une élégance moins cu- de l'art de ramper en poésie , et le rieuse. En admettant, comme le Martin Scriblerus, ont la malicieuveut Johnson, que les progrès du se énergie de Swift. Parmi les lettres temps , le raffinement des mæurs de nombreuses de Pope, il en est de permettaient pas de reproduire tout charmantés et qui semblent plus natuentier le caractère antique, en con- relles qu'on ne l'espérerait d'un écrivenant que Virgile est moins siinple vain si correct et si soigné. Toutes qu'Homère, il resterait le regret Ics productions originales de Pope peut-être, de voir tous les ornements, ont été traduites dans notre langue, tous les artifices de la diction mo- quelques-unes plusieurs fois. L'Essai sur l'homme en particulier, déjà Milhaud, il y parla plusieurs fois sur traduit par l'abbé Duresnel, a mérité la nécessité de faire des sacrifices au les efforts et la noble concurrence maintien de la tranquillité publique; de Delille et de Fontanes. La traduc- mais sa voix fut étouffée, et la guerre tion de M. de Fontanes est précédée ne tarda pas à se rallumer. En 1575, d'un discours, chef - d'ouvre de goût il enleva Tonnay-Boutonne aux caet d'élégance, où le mérite de l'Essai tholiques ; fit une descente dans sur l'homme est supérieurement ap- l'île de Ré, sauta le premier, l'épée précié. --LaTraduction francaisedes à la main, dans les retranchements OEuvres complètes de Pope , publiée défendus par un officier plein de par l'abbé de la Porte, Paris, 1979, courage, et tailla en pièces tous ceux 8 vol. in-8°., est, en partie, ac- qui voulurent résister. L'année suicompagnée du texte anglais. Outre vante , il fut envoyé, par le prince la vie de ce grand poète , par John- de Condé, aux états de Blois, et il réson, on peut consulter l'Essai sur digea la protestation de ses co-reliPope, par Warton, Londres, 1982, gionnaires contre les décisions de 2 vol. in-8°.

V-N. cette assemblée. En 1577, sur le POPELINIERE (LANCELOT Vor- bruit qui se répandit que le duc de sin, sieur DE LA), historien , naquit, Maïenne avait le projet d'attaquer vers 1540, dans le Bas-Poitou, d'une les Rochellais, Popelinière fut détafamille noble, qui s'était déclarée ché dans Marans avec deux cents pour le calvinisme. Envoyé de bonne fantassins et quarante arquebusiers heure dans les plus célèbres uni- à cheval. Il se flattait de défendre la versités du royaume , il s'attacha place avec cette petite troupe : mais particulièrement à l'étude des lan- ses officiers, après lui avoir reprégues anciennes, et se pénétra des senté la témérité de cette résolution, beautés des meilleurs auteurs. Il était lui déclarèrent qu'il ne devait pas à Toulouse, en 1562, lorsque la compter sur leur coopération; et il nouvelle du massacre de Vassi V. se vit forcé de rentrer à la Rochelle. Guise, XIX, 188) fit éclater une La conduite de ses officiers l'indiviolente sédition; les protestants re- . gnait : il eut une querelle avec l'un prirent les armes; on se battit dans d'eux, nommé Seré, qui lui passa les rues, sur les places, et jusque son épéeautravers du corps ( 1 ); cette dans les églises : La Popelinière, gni blessure, dont il se rétablit difficilecommandait une des quatre compa- ment , l'empêcha de prendre part gnies, formées des élèves de l'univers aux opérations de la campagne. La sité, montra, dans le danger, un paix lui permit ensin de reprendre la sang-froid et une fermeté qui lui va plume, et de continuer l'histoire de lurent l'estime de tous ses camara. nos guerres civiles ; sa modération, des. En sortant de Toulouse il rc et la franchise avec laquelle il parle tourna dans le Poitou , et continua des excès de ses co-religionnaires, de servir pendant tonte la guerre; ont fait conjecturer que La Popeliinais il revenait toujours avec em: nière avait ahjuré les principes dans pressement à ses auteurs favoris ; et c'est en les lisant qu'il se délassait (1) L'Estoile et quelques autres écrivains pensent

que ce fut la publication de la Vraie histoire qui faillit coûter la vie à La Popelinière. On a preferé suivre le sentiment de d'Aubigné, que l'on doit supposer mieux instruit,

chellais, en 1574, à l'assemblée de

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