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amers, qu'ils paraissaient assez fon- chements : « Quoi! jusque dans mon dés. Dans le système de lenteur et de camp! » s'écria-t-il, comme s'il eût circonspection que Pompée avait été extraordinaire que César voulût adopté, le zèle de la liberté publique achever sa victoire. Sans proférerune n'était pas son principal motif. Il parole de plus, il prit un vêtement avait donné assez de preuves de vio- convenable à sa fortune, et se dérolence, et de mépris des lois, pour ba secrètement. « Quelles devaient qu'on pût le soupçonner de n'agir » être, dit Plutarque, les pensées que dans la vue de rester le maître de » d'un homme qui, après trentela république. Mais , glorieux comme » quatre ans de victoires non interil l'était, il ne voulut pas s'exposer » rompues, faisait , dans sa vieilaux reproches de ses amis; et il aban- » lesse, l'apprentissage de la honte, donna le plan que la prudence lui » de la défaite et de la fuite ! » Plein avait dicté, pour embrasser celui que de ces pensées affligeantes et de la la passion leur suggérait. En effet, comparaison de son ancienne fortudes succès obtenus précédemment ne avec un isolement tel , qu'il échapavaient fait tourner la tête à cette pait même à la vue des ennemis, il troupe sénatoriale; et il n'y eut plus arriva à Larisse, gagna la mer; et, moyen de contenir l'impatience des à la faveur d'un bâtiment de transchefs et des soldats. Dans un nou- port, qui le recueillit, il cingla vers veau conseil de guerre, la bataille Lesbos, pour y prendre sa femme, fut résolue. Pompée, comptant sur qu'aucun avis n'avait encore préle nombre et la supériorité de sa parée à ces tristes nouvelles. L'encavalerie, reprit le ton de jactance, irevue fut des plus touchantes. qu'il avait si mal soutenu, et se van. Pompée essaya de consoler Corta de mettre en fuite les légions de nélie, par des espérances qu'il n'aCésar, avant qu'on en fût venu à la vait pas lui - même : « Cornélie, , portée du trait. C'était tout ce que « lui fait dire Plutarque, iu n'as demandait son rival; et ce fut dans » connu jusqu'ici qne la bonne forles plaines de Pharsale que se vida v tune, et tu l'as vue me rester la grande querelle qui décida de » fidèle plus long-temps qu'elle n'a l'empire du inonde. Dans cette céle » coutume de rester avec ses favoris. bre journée, Pompée, tenant ses » C'est-là ce qui t'a trompée; mais il troupes immobiles en présence de » faut supporter ses revers, puisque l'armée ennemie , se priva, au juge- » c'est le lot de l'humanité, et attenment de César, de l'avantage qui suit »dre le relour de ses faveurs. N'en ordinairement l'impétuosité de l'at- » désespérons point: je puis, de l'é taque. Sa cavalerie , qui avait dû v tat où je suis réduit , revenir à ma envelopper l'aile gauche des enne- » grandeur passée; comme, de ma mis, prit honteusement la fuite ; le grandeur passée, je suis tombe reste de l'armée fut mis en dérou. » dans l'infortune où tu me vois. » te, et la victoire rendit César maître Bientôt il apprit que sa flotte ne s'édu monde. A cette vue, Pompée per- tait point séparée, et que Caton la dit la tête : sans tenter de rallier les commandait. Il reconnut la faute siens, sans essayer aucune ressource, qu'il avait faite en remettant à son il se retira daus sa tente; et, lorsque armée de terre la décision de son les vainqueurs attaquèrent ses retran- sort, ou du moins en ne se tenant

pas à portée de sa flotte, laquelle, ne leur permit pas de se livrer à leur en cas de fuite, lui eût offert un douleur. Ils se hâtèrent de lever l'anasile et une ressource. Mais cette creet de s'éloignerà pleines voiles. Le faute était irréparable. Il ne lui vent favorisa leur fuite, et les déroba à restait plus d'autre parti que de re- la poursuite des galères égyptiennes.

courir aux rois amis de l'empi. Ainsi périt le grand Pompée, à l'âge · re. Son mauvais destin voulut qu'il de cinquante-huit ou de cinquante

préférât la cour de Ptolémée à celle neuf ans, la veille de l'anniversaire
de Juba; et il faut convenir que de de sa naissance, c'est-à-dire le vingt-
puissants motifs justifiaient cette ré huit septembre, jourqu'il avait passé,
solution : l'âge du jeune roi, qui n'a: quelques années auparavant, dans une
vait alors que treize ans, la qualité situation bien différente, triomphant
de tuteur que le sénat avait donnée à des pirates et de Mithridate. Son
Pompée, et la reconnaissance des bien- corps demeura quelque temps sans
faits que son père avait reçus de lui, sépulture sur le rivage. Un de ses
En arrivant à Peluse, il fitavertir Pto- affranchis et un de ses anciens sol-
lémée de sa venue, et lui demanda re- dats le brûlèrent, recueillirent ses
traite et sûreté. Un rhéteur, Théodo- cendres, les enfermèrent sous un ter-
te, ouvrit, dans le conseil, l'avis qui, tre élevé de leurs mains , et auquel
suivant lui, devait gagner la faveur on mit cette inscription : « Celui qui
de César, et écarter toute crainte de méritait des temples n'a trouvé qu'à
Pompée. Une méchante barque de peine un tombeau. » Autour de cette
pêcheur vint recevoir celui qui s'était chétive sépulture, on ne laissa pas
vu le maître de la mer. Avant d'y de dresser des statues en l'honneur
entrer, il se retourna vers sa femme de Pompée. Mais dans la suite, le sa-
et son fils, et leur cita deux vers de ble jeté par la mer sur lc rivage, ca-
Sophocle, qui ne s'appliquaient que cha le tombeau; et les statues, qu'en-
trop naturellement à la circonstan- dommageaient les injures de l'air ,
ce : « Quiconque va à la cour d'un furent retirées dans un temple voisin,
v roi, en devient esclave, quoiqu'il y où elles restèrent jusqu'au règne d'A-
» soit entré libre. » Le trajet assez drien. Cet empereur, voyageant en
long du vaisseau au rivage, se passa Égypte, fut curieux de découvrir le
dans un morne silence, sans aucun lieu où reposaient les cendres de ce
témoigoage de bienveillance ou de grand homme, le retrouva, le ren-
respect. Enfin, lorsque Pompée se dit reconnaissable et accessible, et
leva pour prendre terre, Septimius, fit rétablir les statues. Tel est le récit
qui avait autrefois servi sous lui, d’Appien. Suivant Plutarque, les
lui porta un coup d'épée par der- cendres de Pompée furent portées à
rière ; Salvius, autre centurion, et Cornélie , qui les plaça dans sa mai-
Achillas, général égyptien, tirèrent son d’Albe. Les meurtriers présen-
leurs épées. Pompée, environné d'as- tèrent sa tête à César, qui, soit pitié,
sassins, se couvrit le visage de sa soit politique (1), versa des larmes,
robe, et se laissa percer de coups, fit brûler la tête de son rival avec
l'an 48 avant J.-C. A ce spectacle,
Cornélie et ceux quil'accompagnaient :) On se rappelle les vers que Corneille met dans
poussèrent des cris lamentables. Mais

G soupirs!O respect! O qu'il est doux de plaindre
Le sort d'un ennemi, quand il n'est plusà craindre !

les parfuins les plus précieux, et en tourmenté par ane jalouste de préédéposa honorablement les cendres minence qui lui faisait rechercher dans un temple , qu'il consacra à sans mesure tous les honneurs. Nog la déesse Némésis. Pompée s'était content du pouvoir, il voulait l'obmarié plusieurs fois : sa première tenir avec des distinctions particulièfemme fut Antistia, fille d’Antistius res: à l'art de faire valoir ses propres qui, étant préteur, présida au juge- succès, il joignait des efforts contiment de Pompée, mis en cause pour nuels pour s'attribuer les succès des les faits de son père. La seconde fut autres, comme Lucullus le lui reproEmilie, fille de Métella, devenue l'é- cha quand Pompée vint lui ravir la pouse de Sylla, qui, pour se l'atta- gloire de terminer la guerre de Micher par des liens plus étroits, le thridate. Quoique Cicéron vante sa força de répudier sa femme : Emilie, cléinence, on eut à lui reprocher enlevée à Glabrion, son mari, malo plus d'un acte de cruauté gratuite. gré son état de grossesse, mourut en Deux fois il fut maître d'opprimer couches dans la maison de Pompée. la république, et il eut la modération Sa troisième femme fut Mucia, dont de rentrer à Rome en simple citoyen. il eut trois enfants, mais qu'il répu. « C'est, dit Montesquieu, qu'il avait dia pour avoir tenu , en son absence, » une ambition plus lente et plus une conduite peu digne du nom qu'elle » douce que celle de César : celui-ci portait et de la gloire de son époux. » voulait aller à la souveraine puisLa quatrième fut Julie, fille de Cé. » sance les armes à la main comme sar, qu'il aima tendrement, et qui, Sylla ; cette façon d'opprimer ne à la vue de la robe ensanglantée de plaisait point à Pompée : il aspison mari qu'elle crut tué dans une w rait, à la dictature, mais par les émeute , fit une fausse-couche, dont » suffrages du peuple. Il ne pouvait elle ne put se rétablir. La cinquième v consentir à usurper la puissance; fut Cornélie, veuve du jeune Cras- o mais il aurait voulu qu'on la lui sus, laquelle, malgré la dispropor- » remît entre les mains. » Depuis tion d'âge, lui fut sincèrement atta- son troisième consulat, Pompée pachée et resta fidèle à sa mémoire. rut le protecteur des lois; et lorsqu'il Bien des qualités, dit Plutarque, prit les armes contre César, il eut avaient mérité à Pompéc l'affection cette gloire singulière, que sa cause universelle; et d'abord, ce qui frappe fut regardée comme la cause du séle vulgaire, une physionomie douce nat et de la république. Mais il est et majestueuse , une conduite sage et probable que le succès eût manifesté modeste, beaucoup d'adresse pour ses vues secrètes; et plus d'un passales exercices militaires, une éloquen- ge des lettres de Cicéron à son ami ce insinuante, un caractère de fidé- Atticus, prouve que les gens éclairés lité propre à lui attirer la confiance, ne s'y trompaient pas, et craignaient un commerce doux et aisé : Cicéron en lui un vainqueur moins modéré que ajoute à ce portrait , une pureté de ne le fut César. Salluste le peint en meurs, une retenue et une décen- deux mots, quand il dit qu'il était : ce, qui furent toujours sa règle de oris probi, animo inverecundo, c'estconduite ; trait presque unique dans à-dire qu'il avait la probité sur le un siècle aussi corrompu et dans visage bien plus que dans le cour, une si haute fortune. Mais il fut De là, cette dissimulation profonde dans laquelle il eut soin de s'envelop- Biographie. La statue de Pompée, per; cette duplicité à l'égard de ses conservée à Rome au palais Spada, meilleurs amis; ce respect apparent et qu'on a prétendu être la même que pour les lois de son pays, qu'il violait celle au pied de laquelle César tomba sans pudeur quand son ambition sous les coups de ses meurtriers, a l'exigeait; ce système, si bien soutenu, été le sujet de plusieurs Dissertations de vouloir en apparence n'obtenir de M. C. Fea et autres (Voy. le Marien que par son mérite , tandis qu'il gasin encyclopédique, 1812, vi, ravissait tout par l'intrigue et par la 409-467-472).

N-L. corruption. Il parut revenir, dit-on, POMPEÉ LE Fils (CNEUS Pomaux maximes d'une saine aristocra- PEIUS ), fils aîné du grand Pom. tie; mais il était trop tard. Le mané pée, était à Antioche, où il réunissait ge de César avait échappé à sa péné- des forces de toutes les provinces tration : l'élève de Sylla fut dupe orientales soumises à la république, du successeur de Marius, et puni de quand son père trouva la mort en l'appui qu'il avait donné à la faction Égypte. A cette nouvelle ( an 48 populaire. Sa mort fut tragique: mais avant J.-C.), il quitta la Syrie, et peut-être, s'il n'eut pas trouvé des as- passa d'abord en Afrique, puis en sassins à la cour du roi d'Égypte, Espagne, où les romains Aponius vainqueur, il eût péri comme César. et Scapula l'attendaient à la tête Sa vie privée offre plusieurs traits de quelques troupes républicaines. qui le font aimer : celui - ci, entre Bientôt ces forces s'accrurent, surautres, est digne d'un sage. Dans tout après la bataille de Thapse et une maladie, son médecin lui pres la mort de Caton: l'armée, écrasée crivit de manger des grives; mais en Afrique, se réorganisa presque ses valets assurèrent qu'en été on complètement en Espagne; l'Espane pouvait se procurer cet oiseau nul: gne même partageait l'enthousiasle part, excepté chez Lucullus, me qu'inspirait aux soldats le nom qui en faisait engraisser chez lui. de Pompée : des esclaves, des hom« En quoi! dit le malade, Pompée ne mes libres s'enrôlaient en foule ; et » pourrait donc vivre, si Lucullus déjà Cneus coinmandait à treize lé» ne portait pas si loin le raffinement gions, quand son frère Sextus aug» de la sensualité ! » Il défendit de menta encore ses forces en lui ames'adresser à lui , et demanda un oi- nant un grand nombre de vaisseaux. seau qui fût moins difficile à trou. Formidable dès-lors sur terre et sur ver. On peut consulter sa Vie par mer, il intimida les lieutenants de Plutarque; les Guerres civiles d’Ap- César, au point qu'aucun n'osait pien ; Velleius Paterculus , qui en a l'attaquer , et que le dictateur se vit fait un portrait un peu flatté; les forcé de quitter Rome, et de venir le Lettres de Cicéron à Atticus; Dion combattre en personne. La lutte ne Cassius, liv. XLI , XLII, Xlin. fut pas longue : en vain Cnéus esVoyez aussi l'Histoire de la der- sayait d'éviter une action générale nière révolution qui renversa la et de se maintenir sur des hauteurs; publique romaine, par M. Nougarès César, décidé à vider la querelle par de, (1820), et les articles CÉSAR, une bataille , vint à bout de le faire tome VII, pag. 565, et MITHRI- descendre dans les plaines de MunDATE, tom. XXIX, p. 151 de cette da (en l'an 45 avant J.-C.) La vic:

toire fut complète du côté de César: fussent, aucune importance réelle , l'armée Pompéienne posa les armes, quand la mort de César changea la et l'Espagne tout entière suivit son face des affaires , et fournit à Cnéus exemple. Cneus s'enfuit, et tenta d’é. l'occasion de jouer un grand rôle. chapper en se cachant au fond d'un Sa première démarche fut d’écrire bois: mais bientôt sa retraite fut dé- au sénat , pour demander le droit de couverte; et sa tête , apportée à Cé revoir sa patrie, et de rentrer dans sar, resta, par les ordres du vain- les biens de son père. Antoine et queur, exposée pendant un jour aux Lépide appuyèrent ses demandes ; regards de l'armée et du peuple , et bientôt un décret l'autorisa á afin qu'il ne restât point de doute sur reparaître dans sa ville natale , et sa mort.

P-ot, lui donna, en dédommagement des POMPÉE (SEXTỰS ), le plus jeu- richesses de son père, sept cents ne des fils du grand Pompée, hérita millions de sesterces, avec le tidu courage et des infortunes de son tre de cominandant maritime des père. Après la bataille de Pharsale provinces romaines. Alors Sextus (an 42 avant J.-C.), il erra , suivi Pompée quitta les roches de la Geltide quelques sénateurs, sur les côtes bérie ; et après avoir réuni sous ses de la Pamphilie, de l'ile de Cypre et ordres tout ce qu'il y avait de forces de l'Afrique ( an 47 avant J.-C.); navales sur les côtes de l'Espagne et et enfin, étant venu à bout de réu- des Gaules , il se rendit à Marseille, nir un grand nombre de vaisseaux, résolu d'y attendre les événements. il passa en Espagne ( an 46 ayant Dans cet intervalle, Octave, Antoine J.-C.), où son frère Cnéụs était et Lépide s'unirent sous le nom de à la tête d'une armée. La funeste triumvirs, et dressèrent leurs tables journée de. Munda ( an 45 ayant J.- de proscription : le nom de Sextus C. ), rendit bientôt l'Espagne au y fut porté. A cette nouvelle , Sextus joug de Rome et de César, et sembla partit de Marseille, à la tête de la anéantir les dernières espérances du flotte nombreuse qu'il avait rassemparti de Pompée. Seul , Sextus osa blée, et fit voile vers la Sicile , qui songer encore à tenter la fortune. fut bientôt soumise presque tout Caché deux inois au fond des mon entière à son empire, et dont il fit tagnes de la Celtibérie, il recueil- un asile anx proscrits. C'est alors lit et groupa autour de lui les que Sextus déploya un beau caractèdébris des légions de Munda ; et re. Rien ne lui coûtait pour arracher bientôt, enhardi par le nombre de à la mort les victimes des triumses soldats et les dispositions ami- virs ; il payait à ceux qui sauvaient cales des Celtibériens , il quitta sa uu proscrit le double de la somme retraite, et parut à la tête de sa promise à ceux qui le massacraient : petite armée. Il eut même l'adres- le long des côtes de l'Italie étaient se de se soutenir , avec avantage, distribuées des barques pour recontre deux lieutenants de César, cevoir ceux qui tentaient de s'éCarripas et Pollion. Cependant sa chapper ; et quand ils étaient en puissance était encore trop faible Sicile, Sextus leur confiait des compour inspirer de la crainte ; et mandements dans ses légions et son insurrection n'avait aux yeux sur sa flotte. Octave envoya condes Romains, de quelque parti qu'ils tre lui Salvidiénus; et il se trans

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