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de descendre vis-à-vis d'elle Marie- le roi fdt dégoûté par le mauvais sucThérèse , exigea la signature de cès des conseils et des choix de la Bernis. Ce dernier n'en conserva marquise, elle vit, avant la fin de pas moins l'intégrité de sa franchise sa carrière, diminuer son crédit. courageuse, et ne consentit à ce Atteinte d'une maladie de langueur, qu'il ne pouvait refuser, que dans peut-être déterminée ct aggravée par l'espoir d'atténuer le mal qui se pré- le chagrin qu'elle éprouvait d'être parait pour la France. Le conseil en batte à la haine des Français, de Louis XV voulut que ce traité fût qui n'avaient pu lui pardonner les offensif; et, depuis ce moinent, malheurs de la guerre de Sept-Ans, madame de Pompadour se refroidit on la transporta de Choisy à Versailpour son ancien ami, placé à la tête les, et elle eut le privilége, réservé du ministère des affaires étrangères, aux seuls membres de la famille en juin 1957. Elle fut blessée à son royale, de mourir dans le palais ; elle tour par Frédéric II, qui n'épar- expira le 14 avril 1964. À l'apprognait ( comme le dit Voltaire ) ni che de son dernier moment elle monles femmes ni les poètes. Quelques tra plus de résignation qu'on ne devait mots injurieux, que ce monarque en attendre d'une femme qui avait avait proférés contre elle , ne contri- joui , en apparence, de tant de bonbuèrent pas peu au changement im- heur. Le jour même, qui fut pour portant qui réunit tout-à-coup les elle sans lendemain, le curé de la maisons de France et d'Autriche, Madelène, paroisse de l'hôtel qu'elle après deux cents ans de guerre, de occupait à Paris , et qui est aujourrivalité et même d'une haine réputée d'hui l'Élysée-Bourbon, vint la visiimmortelle ( Voy. FRÉDÉRIC II). ter à Versailles. Comme il prenait Madame de Pompadour reçut or- congéd'elle: « Un moment, Monsieur dre de quitter la cour à l'époque » le curé, lui dit-elle , nous nous en dc- l'assassinat du roi ( 1957). Les » irons ensemble. » Après sa mort, espérances excitées par cet éloi- ellefut emmenée, sans bruit, à Paris. gnement, et par l'entrée du Dau- Louis XV la vit froidement passer. phin dans le conseil , s'évanouirent Elle était âgée de quarante-deux avec les dangers qu'avait fait redou- ans, et sa faveur en avait duré près ter la blessure de Louis XY. La fa- de vingt. Par son testament, fait à vorite reparut , fut plus puissante Versailles, au mois de novembre que jamais, et signala son retour 1757, elle demanda d'être inhumée par la disgrace éclatante de deux mi- dans un caveau de l'église des Capunistres , Machault et d'Argenson, cines de la place Vendôme. Elle pria dont l'un avait conseillé, et l'autre le roi d'accepter le don de l'hôtel pressé son départ. Cédant à l'influen- qu'elle possédait à Paris, exprimant ce du duc de Choiseul , qui, à force le desir qu'il pût être la demeure du d'adresse et d'audace, était par- comte de Provence, aujourd'hui venu à la maîtriser, elle eut une assez Louis XVIII. Elle laissa aussi au grande part à l'abolition de l'ordre monarque toutes ses pierres gravées, des Jésuites. Mais, soit que ce mi- et légua le surplus de ses meubles et nistre, dont elle était éprise et en immeubles , enfin l'un des plus beaux thousiasmée , eût fini par avoir cabinets de Paris en livres, peinmoins d'égards pour elle , soit que tures et curiosités de toute espèce,

(4) aumarquis de Marigny,(5) son frès nement français. Les Mémoires pure ; et en cas de mort de celui-ci , à M. bliés sous le nom de cette dame Poisson de Malvoisin et à ses enfants. en 2 volumes in-80., Liége, 1965: Le mari qu'elle avait abandonné, sont évidemment apocryphes. Ceux et qu'elle ne nommait dans ce testa- qui sont intitulés Mémoires historiment que pour dire qu'elle était son ques, et Anecdotes de la cour de épouse séparée de biens, ne recueillit France pendant la faveur de la rien de cette immense fortune. Elle marquise de Pompadour, ouvrage ne fut regrettée que de ceux qui culti- conservé dans les portefeuilles de la vaient par état les lettres et les arts. maréchale d'Estrées, I vol. in-80.. Les bruits qui avaient circulé, chaque Paris, 1802 , nous semblent être véfois que Louis XIV et aussi Louis XV ritablement tirés de la source indiavaient perdu quelqu'une de leurs quée dans le frontispice. Ils portent le maîtresses, se reproduisirent à l'occa. nom de Soulavie; mais ces Mémoires sion de la fin prématurée de madame s'éloignent souvent de l'esprit et du de Pompadour. Sa maladie lente et ca- stylede cet auteur ou compilateur: ils ractérisée ne fut, bien certainement, méritent plus de confiance que tout accompagnée d'aucun symptôme de ce qu'il a imprimé. C'est encore un poison. Une Vie de la marquise de ouvrage supposé que les Lettres de Pompadour parut à Londres, du vi madame de Pompadour , mieux vant de cette dame, 2 v.in-16, et eut écrites que les Mémoires de 1965 , quatre éditions:la seconde estde 1959. indiqués plus haut. On a donné, Cet ouvrage fut traduit par La Place, de nos jours, un extrait de ce Recueil auteur de plusieurs pièces de théâtre en 2 volumes. Les Lettres ont eu plu(V. LA Place ). Son manuscrit, qui sieurs éditions. Un morceau Con fut retiré, par ordre de Louis XVI, du peut même dire un livre ) qui donne scellé de M. de Marigny, le 5 mars beaucoup de détails curieux sur cette 1782, appartient encore au gouver- favorite, et sur la vie privée de Louis

XV, c'est le Journal d'une femme

de chambre de madame la marquise (4) Le catalogue de la bibliothèque de Mme, de Pompadour, recherché encore aujourd'hui des bi de Pompadour ( madame du Hausbliographes, contient 3525 articles de livres, 235 de musique, 36 d'estampes ; il est terminé par

set), publié , pour la première fois, une table des auteurs, et orné de son portrait. par M. Crawfurd, dans ses MélanLa marquise n'avait pas en tout dix volumes la. tins , y compris un Epinicion , en l'honneur de ges d'histoire et de littérature, etc., milord Pot au feu, et l'Horace gravé en 1733, exemplaire auquel était jointe une explication française manuscrite des figures. Les grands auteurs grecs et latins n'existaient qu'en traductions dans cette bibliothèque, qui, à la réserve, tout au plus, de

dont il s'agit, de M. Senac de Meidix articles, se composait de livres français et ita Ihan , qui le devait lui-même à un liens. Il paraît, au reste, qu'on en avait distrait quel ques articles, car on n'y a pas trouvé l'exemplaire

ami de M. de Marigny. On peut citer de lAbrégé chronologique, du président Henault, donné par l'auteurà Voltaire, puis offert par celui-ci

comme ouvrage de madame de Pomà madame de Pompadour. Il avait écrit sur la pre padour : Suite de soixante-trois esmière page quelques vers , dont les premiers seulement ont éte conservés :

tampes (et le frontispice ), gravés Le voici celivre vapté;

par cette dame, d'après les pierres Les Grâces daignèrent l’écrire

en creux, exécutées par Guay; c'est Sous les yeux de la vérité :

Et c'est aux Grâces de lelire. A. BmT. un petit in-fol. fort rare, dont il (5) Ce nom lui vint d'une terre érigée per Louis

Louis n'avait été tiré qu'un très-petit nomXÙ en marquisat.

bre d'exemplaires pour faire des

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Jamais une plus belle main

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présents : l'édition de 1982, in-4°, éloigné secrètement , 'et avait emest moins recherchée. Les études et brassé le parti de Sylla, qui venait les talents de la marquise pour le d'être rappelé en Italie par le veu dessin , lui valuront ce galant ma- de la plupart des Romains. Les cidrigal improvisé par Voltaire , qui toyens les plus illustres se rendaient l'avait surprise dessinant une tête : dans son camp, comme dans un port Pompadour, ton crayon divin

assuré. Pompée, qui n'avait alors Devait dessiner ton visage.

que vingt-trois ans , ne voulut y paN'aurait fait un plus bel ouvrage. raître qu'avec de justes titres à la

1-P-E. reconnaissance de Sylla; et sans misPOMPÉE LE GRAND ( CNÆUS sion, il se crea général de sa propre POMPEIUS MAGNUS), naquit l'an autorité. Bientôt il eut formé trois de Rome 648, 106 avant J.-C., la légions complètes; ilse mit à leur tête, même année que Cicéron. Son grande partit pour joindre le dictateur, et père Q. Pompeius , le premier qui battit les généraux qui voulaient arparvint aux honneurs, avait été rêter sa marche, et Carbon lui-même vaincu par les Numantins. Le fils de en personne. Sylla, qui le savait encelui-ci, Cn. Pompeius Strabon , fit vironné d'ennemis, et marchait pour oublier ce revers, et fut l'un des plus le secourir , fut bien étonné de le voir habiles généraux romains dans la s'avancer vers lui avec des troupes guerre contre les alliés. Ce fut sous victorieuses. Aussi Pompée ayant lui que le jeune Pompée fit ses pre- salué Sylla du nom d'Imperator, mières armes. Sa piété filiale sauva celui-ci lui rendit le même titre, et la vie à Cn. Pompeius Strabon, dont eut pour lui les plus grands égards, la dureté avait révolté ses troupes. Ce Après avoir, de concert avec Mételgénéral mourut; et la haine qu'on lui lus Pius, pacifié la Gaule cisalpine, portait seinbla poursuivre son fils : il reprit la Sicile sur les partisans de celui qui devait un jour être l'idole du Marius. De là il passa en Afrique, peuple romain , eut à défendre la où Sylla , averti par les leçons du mémoire de l'auteur de ses jours, passé, ne voulait laisser subsiset à repousser, pour son propre ter aucun reste du parti vaincu : compte, une accusation de péculat. Pompée défit et chassa les prosA l'âge de vingt ans, son éloquence crits dans l'espace de quarante jours, fut admirée des plus célèbres ora- soumit la province, et termina tous teurs, qui avaient pris sa défense, les différends des rois du pays. L'éet du préteur même, L. Antistius, clat et la rapidité de ces succès qui présidait au jugement, et qui, alarmèrent Sylla, qui le rappela. charmé de la grâce et de la noblesse Vainement son armée, irritée de des manières du jeune Pompée , lui ce rappel, opposa à cc départ la donna sa fille en mariage. La répu- plus violente résistance; il obéit. blique était alors en proie aux fac- Sylla , sur la fausse nouvelle que tions. Les fureurs de Marius et de Pompée s'était révolté contre lui. Cinna n'avaient, pour ainsi dire, avait dit à ses amis : « C'est donc ma que prélude à celles de Cn. Carbon, » destinée d'avoir encore sur mes encore plus violent et plus emporté. » vieux jours à combattre contre des Pompée, qui avait couru des dangers » enfants »; voulant parler du jeune dans le camp de Cinna , s'en était Marius , qui lui avait fait courir plus

d'un danger. Heureusement détrom- tôt à cet honneur, que de s'abaisser pé, et voyant le peuple disposé à don à les flatter. Cette fermeté lui ramena ner à Pompée les témoignages de la ceux-mêmes qui lui avaient été le plus grande bienveillance, Sylla vint plus contraires ; et Servilius, un des à sa rencontre, l'embrassa avec les premiers du sénat , s'écria publiquemarques de la plus sincère affection, ment: «Je reconnais maintenant que le salua du surnom de Grand , et » Pompée est véritablement grand exigea de tous ceux qui l'accompa- » et digne du triomphe. » Cepengnaient, qu'ils le saluassent de même. dant il ne prit le surnom de Grand Pompée, dont ce titre ne satisfaisait que long-temps après, lorsqu'il fut pas l'ambition , demanda les hon- envoyé en Espagne, contre Sertoneurs du triomphe. Sylla , lui rap- rius, comme proconsul ; ce titre ne pelant l'exemple du premier Sci- pouvant plus irriter l'envie , parce pion l'Africain, qui , malgré ses ex- qu'on y était accoutumé. Pompée, ploits , en Espagne , n'avait pas regardé dès-lors comme le rival de triomphé, parce qu'il n'était revêtu Sylla , s'opposa quelquefois à ses d'aucune magistrature , lui repré- vues ; ce qui déplut tellement à celuisenta qu'une prétention si nouvelle ci, qu'il ne le nomma même pas dans dans un simple chevalier, à qui son son testament, où il avait fait des âge ne permettait pas même d'entrer legs à tous ses amis. Aussitôt après au sénat, attirerait infailliblement la mort de Sylla, Lépidus (1), qu'il la haine et la jalousie. Il finit en avait désigné pour consul, malgré lui déclarant, sans détour , qu'il l'opposition du dictateur M. Emis'opposerait à sa demande. « Faites lius, justifia les prédictions de celui» donc attention , répondit Pom- ci,en se déclarant le chef des partisans » pée, que le soleil levant a plus d'ar- de Marius. Pompée les vainquit, de » deur quc le soleil couchant. » Ce sorte qu'il ne resta plus à ce parti mot hardi avertissait Sylla , que sa que Sertorius en Espagne, contre lepuissance était sur son déclin , et que quel Métellus Pius tentait alors le celle de Pompée était dans son ac- sort des combats avec assez peu de croissement. Il ne l'entendit pas d'a- succès. Pompée vint à bout de s'y bord: mais à l'air d'étonnement qu'il faire envoyer en qualité de proconvoyait sur tous les visages , il voulut sul; et, après une vicissitude de reen être éclairci; et quelqu'un lui ayant vers et de succès, la fortune toute répété les paroles de Pompée, il fut seule termina pour lui cette dangetellement frappé de l'audace de ce reuse guerre, par la mort de son rijeune homme, qu'il s'écria brusque- val, qu'assassina Perpenna. Mais une ment : « Eh bien! qu'il triomphe, gloire qu'il ne dut à personne, ce qu'il triomphe! » Pompée le prit aú fut celle de brûler tous les papiers mot;et l'on yit pour la premièrefois, l'an 8, avant J.-C., un simple che (1) C'est ce Lépidus, collègue de Catulus , qui dé. valier romain honoré de la pompe

fait å Cosa , se retira en Sardaigne, où il mourut de triomphale. Ses soldats, mécontents

bibliogr., tome xvi, p. 213, le confond d'abord de recevoir moins que leur avidité ne avec le triumvir Lépidus, mort l'an 241, puis avec leur avait fait espérer , menacèrent

morte en exil vers l'an 780; enfin avec Æmilius Le

chagrin de la mauvaise conduite de sa femme Apuleia, vers l'an 680 de Rome. Le Dict. hist. crit. et

un Lépidus, mari de Julie, petite-fille d'Auguste,

pidus , qui fit ouvrir la voie Æmilia , l'an 567 : il était difficile de réunir autant d'anachronismes et de bévues en moins d'une demi-page.

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de ce perfide , sans en avoir pris lec- infestant la Méditerranée , intercepture. De retour en Italie , il acheva talent le commerce, les convois , et la destruction des esclaves révoltés, menaçaient Rome même de la faobtint un second triomphe, vers l'an mine. Le tribun Gabinius, de con73 avant J.-C., et, bientôt après, le cert avec Pompée, proposa de lui consulat, à l'âge de trente - quatre donner la conduite de cette guerre. ans. Dès-lors son plan fut de se per- Pompée s'en défendit d'abord, et pétuer dans le commandement, en cacha son ambition sous un langage passant d'emploi en emploi : mais et sous des dehors modestes. Mais comme il s'attendait à trouver dans le peuple , exaspéré par la cherté des les sénateurs une opposition active à vivres et par les discours de Gabises vues ambitieuses, il saisit l'occa- nius, lui conféra, malgré l'opposision de flatter le peuple en rétablis- tion du sénat , avec ce commandesant la puissance du tribunat ; dément, une autorité vraiment inonarmarche dont il eut plus d'une fois, chique, et des forces immenses dont dans la suite, sujet de se repentir, l'appareil formidable intimida les Cicéron a voulu l'excuser à cet égard; pirates , et ramena déjà l'abondanmais il est difficile de croire que l'in- ce des vivres. Pompée, sans perdre térêt personnel n'ait pas déterminé de temps, conçut et exécuta son plan Pompée en grande partie. Malgré sa en homme supérieur. Toute l'étendignité de consul , 'il affecta de pa- due de la Méditerranée étant partagée raître comme simple chevalier de- en treize départements, les escadres yant les censeurs. Le plus ancien des romaines donnèrent la chasse aux deux, lui fit la question d'usage: pirates , et les enveloppèrent com« Cn. Pompée, je te demande si me dans un vaste filet. En quarante » tu as rempli les dix ans de sere jours, la mer de Toscane, 'celle d'A» vice que tu devais à la républi- frique, de Sardaigne , de Corse et de » que? - Qui , répondit-il en éle- Sicile, furent purgées de brigands; et » yant la voix, je les ai tous rem- quarante autres jours luisuffirent pour » plis, sans avoir d'autre général que les forcer jusque dans leurs repaires u moi-même, » A ces mots , la place de Cilicie, et pour terminer cette retentit d'applaudissements; les cen- guerre avec autant de bonheur que seurs se levèrent, et le reconduisirent de rapidité. Cette nouvelle , parvedans sa maison, au milieu du con- nue à Rome , rendit Pompée l'objet cours et des acclamations de la mul- de l'admiration publique ; et ses partitude. A cette époque se manifesta tisans profitèrent habilement des disun grand changement dans les ma- positions favorables du peuple, dont nières de Pompée ; il ne parut plus il avait si bien justifié la confiance. que rarement en public, et toujours Mithridate venait de rentrer dans au milieu d'un cortége qu'il était ses états, et, soutenu de Tigrane, difficile de percer pour arriver jus- était encore un ennemi redoutable. qu'à lui ; conduite qu'il croyait pro. Lucullus , qui lui avait porté de si pre à lui attirer plus de respect, mais rudes coups , avait perdu toute autodont ses ennemis auraient pu pro- rité sur ses troupes ; et les généraux fiter pour le rendre odieux. Une cir- qui le remplaçaient, n'avaient pas constance favorable vint le tirer de plus de talent que de réputation. l'inaction qui lui pesait. Les pirates Pompée, à la suite de ses exploits

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