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rentséquestres. Depuis la conjuration, » proches (6). Les ministres étranCarvalho ne paraissait plus qu'en- » gers se réunissent chez la comtestouré de gardes; et Joseph, en té » se. Il s'y trouve presque toujours : moignage de sa satisfaction; l'a » on y joue ; mais pas un mot d'afvait fait comte d'Oeyras, le 6 juin » faires, et encore moins de nou1956. La conduite de ce ministre, » velles. » Peu après l'expulsion des en augmentant la haine des grands, Jésuites ( en 1759), Carvalho avait l'avait affermi encore plus dans la renvoyé le nonce (le cardinal Acconfiance et dans les faveurs de ciaiuoli ), et entièrement rompu avec son maître. A la plus légère occa- le pape Clément XIII, sur ce motif sion, il déployait contre eux une que le bref de sa Sainteté, de janvier sévérité incroyable. Quelques-uns, 1759, portant approbation et contels que les comtes d'Obidos (5) et firmation de l'institut des Jésuites, de Ribeira, furent conduits en Afri- était une insulte à $. M. T. F. La que et détenus dans des forteres rupture dura plusieurs années ; et, ses. D'autres, en grand nombre, res pendant sa durée, le comte d'Oey. tèrent plusieurs années prisonniers ras s'occupa beaucoup d'attaques dans le royaume, saps qu'il transpi, contre la juridiction pontificale. Les rât la moindre chose de leurs procès Giannoni, les Fra-Paolo, devinrcnt ou des motifs qui les avaient fait arrê, sa lecture favorite. Nourri de leurs ter. « Tout est ici plus secret et plus doctrines , il publia un manifes. >> caché qu'à Venise, disait, en 1962, te pour établir une distinction des » un témoin oculaire. Le comte d'Oey- puissances temporelle et spirituelle , 20 ras fait tout. Il a deux secré- tellement que la dépendance du chef » taires, qui n'osent voir personne, de l'Eglise devint purement intellec» La noblesse épouvantée ne se mon tuelle et relative au dogme , mais » tre point; les négociants vaquent à nullement au droit du culte. Il en » leurs affaires, et jouent gros jeu le avait préparé les matériaux dans un » reste de la journée. On fait mys: comité composé d'ecclésiastiques et » tère des travaux qui se font au fort de magistrats , et réuni chez le pa» Saint-Julien et à Cascaes, à l'entrée triarche, qu'il avait persuadé, ou » du port, bien que deux mille hom- du moins intimidé. Au reste, tout » mes y travaillent journellement. le mouvement que se donnait le com» C'est le frère du comte d'Oeyras te d'Oeyras contre le bref approba» qui dirige ces travaux , quoique tif de l'institut, avait surtout les Jé» prêtre et principal de la patriar- suites pour objet (7). Les dispositions » cale. Le comte ne se fie qu'à ses

(6) Son autre frère, dom Fraucisco, ex-gouver

neur du Maragnon, qu'il s'était fait adjoindre, en (5) Ce seigneur avait déjà été l'objet du ressenti

juillet 1759, était devenu, en janvier 1762, minisment du comte d'Oeyras. M. Link, dans son Voyage tre de la marine. en Portugal, rapporte à ce sujet l'anecdote qui suit:

() « Cela est devenu en lui, une telle passion, « Lors du tremblement de terre de Lisbonne, une » disait le témoin oculaire cité plus haut, qu'il ne maison située près l'église de Sainte-Madelène, qui » peut parler d'autre chose , et qu'il reproche à cette appartenait au comté d'Oeyras, était restée intac » Société tout le mal qui s'est fait, et tout le bien te; le roi parla de ce fait à la cour, comme d'une » qui ne s'est pas fait. On s'étonne de la contradicpreuve que son ministre était protégé du ciel. »tion qui se trouve entre ce qu'il a dit lors de leur Un des premiers gentilshommes, le comte d'Obidos, » expulsion, et son langage actuel. On doit s'étonremarqua que la rua suja ( littéralement rue de >> ner aussi de l'infidelite avec laquelle il a fait traboue ), habitée par les filles publiques, avait eu le >> duire en, portugais l'article de la soumissiou que même bonheur. Il paya son imprudence par une pri

» do't avoir au conseil du général, un jésuite ani son de plusieurs années. »

» est forcé d'accepter une prélature. Ce qui marque

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hostiles que montrait déjà contre eux portugais ne lui permit pas de faire le ministre français, duc de Choi- la guerre. Il fut au reste mieux servi seul , valurent à la France quelques par l'imprévoyance et l'incurie du bons procédés de la part du ministre général espagnol que par la force et portugais, et ne furent pas sans in- l'habileté des armes portugaises. Il fluence sur l'espèce de tenacité avec avait cependant appelé un étranger laquelle il exigea des réparations de capable, le comte de La Lippe-Bucla cour de Londres, pour la violation kebourg. Mais le royaume était, pour du droit des gens commise par des ainsi dire, sans troupes, sans offibâtiments anglais, qui avaient brûlé, ciers, sans armes, sans places-fortes, sur la côte de Lagos, plusieurs vais- sans magasins; il ne pouvait espéseaux français aux ordres de M.de La rer d'êtrc secouru à temps par les Clue. Les cabinets de Versailles et de Anglais. Il fallut donc toutes les lenMadrid se trompèrent néanmoins, en teurs et les incroyables dispositions inférant de la conduite de Carvalho de l'armée espagnole, pour qu'elle envers l'Angleterre , qu'ils l'amène- manquât sa conquête , et que le Porraient à une rupture ouverte avec tugal fût sauvé sans avoir été décette puissance. Après la conclusion fendu. Le comte de La Lippe, avant du pacte de famille, étant pressé d'y de combattre, voulut réorganiser faire accéder Joseph, en raison de l'armée, et la mettre sur un pied l'origine commune des maisons de plus respectable; mais il fut peu seBourbon et de Bragance, et de re- condé par Carvalho, qui, n'ayant noncer aux liens avec l'Angleterre, aucune connaissance de la guerre, ne en lui fermant les ports, etc., il ré- voyait, dans le militaire, qu'un inspondit aux propositions des deux trument de sa politique. Cette réforambassadeurs OʻDunne et Torrero: me à peine ebauchée, la paix fut Que le roi son maitre vendrait conclue; et le ministre fit remercier jusqu'aux tuiles de son palais, plu- le général étranger, dont il craignait tôt que de subir des conditions aus- que les plans d'amélioration et le si humiliantes. Les ambassadeurs crédit naissant ne pussent nuire à d'Espagne et de France quitterent sa propre faveur (8). Jaloux de teLisbonne, et la guerre coinmença. nir l'armée dans sa dépendance, il Le comte d'Oeyras, qui s'était as- se serait bien gardé de laisser à son suré de l'assistance britannique, chef trop d'autorité; et, s'il ne mit crut pouvoir braver deux grandes pas la profession militaire plus en puissances, quoique l'état militaire honneur, ce fut parce qu'il avait

peur que la noblesse ne l'embrassát,

» encore sa préoccupation, c'est la chaleur avec la-
» quelle le comte d'Oeyras soutient le prétendu mi-
» racle opéré à Madrid, sur une demoiselle, par la
» signature de l'évêque d'Osma , Jean Palafox, grand
» ennemi des Jésuites. On a fait imprimer, comme
>> chose très-intéresante pour le gouvernement ,l'ex-
» trait de la dépêche de l'ambassadeur de Portugal
>> en Espagne, relatant ce prétendu miracle. Le comte
» d'Oeyras la reçue avec plus de plaisir que si elle
» eût annoncé la prise de Rio-Grande. C'est une
>> vraie manie en lui; ct il néglige les affaires les
>> plus importantes de l'état, pour lire tous les livres
» qui y ont rapport. Il ne songe à attaquer et à

» mortifier la cour de Rome, qu'en proportion de *. >> l'attachement qu'elle témoigne pour cette société. »

(8) Le comte de La Lippe avait été fait maréchalgénéral attaché à la personne du roi (marechal general junto a pessoa; grade réputé si considérable en Portugal, qu'il n'a été conforé depuis qu'au duc d'Alafoens, et récemment au général Beresford. Le comte de La Lippe revint encore à Lisbonne, en 1767. C'est une chose étrange, que, depuis l'établis sement de la maison de Bragance jusqu'à nos jours, les armées portugaises aient été le plus souvent commandées par des généraux étrangers. Le fameux Schomberg fut un des premiers appelés, et, depuis les Maclean, les Beresford

Ses idées étant tournées vers la pros- les mesures qu'il ordonnait, il n'avait périté commerciale ; son activité ou ne paraissait avoir en vue que s'attacha davantage au rétablisse- son intérêt, sa vengeance, et l'augment de la marine. Il appela desmentation de sa puissance. Créait-il étrangers , et particulièrement des des compagnies financières ou comAnglais et des Français, pour ensei- merciales ; il y prenait un grand gner la navigation et la construction nombre d'actions. Faisait-il arrades vaisseaux à un peuple qui, deux cher une partie des vignes du royausiècles auparavant, avait été le sou- me; on était, d'après son caractère, verain des mers. Il mit d'ailleurs le autorisé à penser que c'était pour pavillon portugais à l'abri des insul- donner plus de valeur à celles qu'il tes des Algériens; en sorte qu'en peu possédait. Poursuivait-il un grand , d'années, la marine se ressentit de faisait-il prononcer, par le roi ou par ses vues régénératrices. En autori- les tribunaux, la confiscation des sant la navigation des particuliers, biens des proscrits; c'était avec le sans convoi; en créant les compa- dessein de s'approprier leur fortugnies de Fernambouc, de Para et de ne. D'ailleurs, à l'exemple de RicheMaragnon, il augmenta la culture et lieu, il ne frappait que les têtes les les établissements du Brésil et des plus élevées. Il poussait le despotisautres colonies. Avant lui, les prin- me jusqu'à empêcher les mariages cipales productions du Brésil con- que les familles des Fidalgos projesistaient en bois de teinture, en dia- taient entre elles ; il refusait aux enmants et en métaux extraits de ses fants les titres de leurs pères , qu'ils mines. Les plantations de sucre, de ne pouvaient porter sans l'autoricoton, de riz, d'indigo , de café, de sation du souverain : en un mot, la cacao, n'existaient pas: il les intro- destruction ou l'humiliation de ses duisit au Brésil (9). Aujourd'hui, et deux ennemis principaux, les Jésuimême sous son ministère, les pro- tes et les grands, furent constamment duits se sont élevés à plusieurs mil- le mobile et l'objet de sa politique, lions. Ileût réellement mérité l'amour tant intérieure qu'extérieure. Non et la reconnaissance des Portugais, content d'avoir expulsé les premiers s'il se fût borné à ces soins , ainsi du Portugal, il leur fit la guerre à qu'à rendre le commerce et l'in- outrance au dehors jusqu'à leur endustrie de la métropole plus éten- tière extinction. Ce fut pour atteindus et plus avantageux à la nation; dre ce but, qu'il montra au duc de mais, au milieu de travaux qui sem- Choiseul une sorte de velléité de fablaient avoir pour but la prospérité voriser le commerce français aux de l'état, Carvalho laissait dominer dépens des Anglais (10); et qu'il se sa pensée par le desir d'assouvir ses rapprocha de la cour de Rome ( en haines et sa cupidité. Dans toutes 1768 ), dès qu'il crut entrevoir que Société. Il fit. rendre des honneurs étrange: c'était celui de la décadence extraordinaires au prélat Gonti, non des sciences et des beaux-arts, qui y ce du nouveau pape, à son arrivée florissaient avant eux. Après avoir en juin 1770. Ces honneurs n'empê- ainsi préparé l'opinion du public, il chèrent pas les restrictions qu'il mit se fit revêtir , par le roi, du titre de à la juridiction du nonce; et le pa- lieutenant-général pour cette réforpe lui-même consentit au sacrifice me; et, suivi d'un cortege nombreux des droits les plus chers de la sienne, et brillant, il se rendit à Coimbre, le en faveur d'une réconciliation desi- 15 septembre 1792. Il changea plurée par les deux souverains. Dans sa sicurs professeurs, ainsi que le sysjoie, Joseph créa Carvalho, mar- tère général des études, donna de quis de Pombal (17 septembre 1770), nouveaux statuts, assigna une sorte Cette dignité le plaçait dans les rangs de prééminence aux sciences physide la plus haute noblesse. Il est bon ques et mathématiques, appela à de remarquer que, malgré sa passion grands frais des savants étrangers contre les grands, qui n'était sans pour les enseigner, et fit augmenter doute au fond qu’une envie déguisée, la dotation et les privileges de l'uniil n'y eut point de moyens que Car- versité. On ne peut nier que cette révalho n'employât, point d'obstacles forme, et l'établissement des écoles qu'il n'essayât de vaincre, pour s'al- publiques dans tout le royaume, lier aux premières maisons du royau- n'aient mérité au marquis de Pomme (11). En janvier 1770, il avait bal les éloges des nationaux, comme fait nommer son fils aîné président ceux des étrangers. Ce fut peu de du sénat ; et, dans le même temps, temps après, qu'il fit construire le son frère Paul, qui était déjà grand célèbre canal d'Oeyras, le seul moinquisiteur, avait été élevé au cardi- nument de ce genre que possède le nalat; en sorte que toutes les grâces Portugal. Bien que ce canal, creusé et tous les honneurs se cumulaient aux frais du roi, eût été conçu dans sur sa famille. Une des opérations l'intérêt du ministre pour l'ex portaauxquelles le marquis de Pombal tion de ses vins, on ne doit pas moins sembla mettre le plus d'importance, le regarder comme une entreprise fut la réforme de l'université de utile au pays. Il fit aussi, vers cette Coïmbre. Dans un ouvrage qu'il fit époque, rendre divers édits que republier sur cette université, il im- clamait l'humanité en faveur des députait aux Jésuites un grief assez biteurs reconnus insolvables , et des

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propriétaires dépossédés par la frau(11) Il maria une de ses filles avec le comte de de et l'injustice. D'autres lois pour Sampayo, et une autre avec D. Antoine de Salda

l'introduction de quelques changewha d’Oliveira. Il fit épouser, en 1964, Mllo, de Mewezes, à son fils aîné; ce qui lui valut la grandesse, menis dans la forme du gouvernel'excellence et le titre de comte : il usa également de

ment des établissements portugais son credit pour marier au deuxième de ses fils l'unique héritière des deux maisons de Souza-Coutinho

des Indes orientales, et pour la-deset des comtes d'Alya. Mais cette jeune dame, fille du comte de Souza, ambassadeur en France depuis truction des entraves apportées à la 2764 jusqu'en 1792, ayant refusé de vivre avec un mari qui lui était imposé de la sorte, le comte

vente et à la sortie du tabac; enfin d'Oeyras fit casser le mariage au bout de quelques

les encouragements donnés à l'école années, et la comtesse de Scuza fut enfermée dans un couvent, jusqu'à la mort de Joseph Ier. Ce même de commerce, fondée en 1965, et les fils, créé depuis comte de Redinha, épousa ensuite une demoiselle de Tavora, dont les parents avaient

ressources qu'offrit à l'industrie la été dévoués à l'iufamie par Carvalho

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avec la cour de Maroc, furent bien chercher la clef de ceproblème, car', reçus de la nation. L'ouverture d'un dans l'embarras où l'insurrection des établissement précieux à l'humanité colonies américaines de l'Angleterre et à la religion , le grand hôpital, allait mettre cette puissance , il était auquel il avait affecté l'ancienne mai- souverainement in politique de proson conventuelle des Jésuites, eut voquer une rupture avec l'Espagne, lieu en ayril 1975; et peu après ( le d'exciter le ressentiment de la Fran6 juin ), il ordonna l'inauguration ce, et d'aliéner entièrement du Porde la statue équestre qu'il avait fait tugal l'affection de la maison de ériger à son maître, à son bienfai- Bourbon. C'est cependant ce que fit teur, sur la place du commerce. l'imprudent Pombal, qui ne cessait Parmi les ornements qui décoraient d'armer et de fomenter la guerre, le piedestal, on voyait un superbe pendant qu'il invoquait la médiation médaillon représentant le favori. dela France, et qu'il proposait même Rien ne manquait à son ambition ; et l'ouverture d'un congrès à Paris. IL il semblait vouloir regagner l'affec, n'est pas difficile d'apprécier les tion et l'estime de ses concitoyens. conséquences funestes que son systèLes différends qui s'élevèrent entre me aurait eues pour sa nation, si la l'Espagne et le Portugal, dans leurs mort de Joseph Jer, n'eût mis fin à possessions d'Amérique, au com- la guerre. Dès 1774, la santé de ce mencement de 1775, prirent, en prince commençait à décliner, et 1996, de fâcheux développements. avec elle le crédit du premier minisDès 1770, les Portugais avaient dé- tre. La reine, qui avait regagné sur passé le Rio-Grande, qui formait la l'esprit du roi une partie de l'ascenlimite des territoires respectifs, et dant que la faveur du marquis lui établi des postes sur celui d'Espa- avait fait perdre , profitait de l'état gue. De là des plaintes de la part de de maladie de ce monarque pour la cour de Madrid, des promesses de éloigner de lui Pombal. Plusieurs restitution de la part de celle de Lis- fois, elle le lui fit signifier par son bonne. Les empiètements continuè- gendre , l'infant dom Pedre, qu'au rent: on voulut les empêcher; et à la temps de sa puissance l'orgueilleux, suite de promesses faites et violées favori avait abreuvé d'humiliations; par l'artificieux marquis de Pombal, en sorte que, même avant la déclaraon en était venu à des hostilités. L'île tion de la régence de la reine, qui Sainte-Catherine et la colonie du fut publiée le 4 décembre 1776 , il Saint-Sacrement tombèrent au pou- ne lui était plus permis de voir le voir des Espagnols. Le caractère hai- roi. On a prétendu que, pour conserneux et tracassier de Pombal, au- ver le pouvoir, il avait donné à teur secret de ces entreprises, son Joseph le conseil d’abdiquer en faobstination, son mépris pour les veur de son petit - fils, qu'il avait Espagnols, et surtout pour le mar- pris soin d'entourer, soit pour son quis de Grimaldi, ministre princi- service, soit pour son éducation, de pal, peuvent seuls expliquer une personnes dont, comme ministre, il conduite qui devait lui rendre néces- disposait uniquement. Mais il n'était saire l'alliance des Anglais, dont ce- pas presumable que la princesse du pendant il paraissait fatigué. Ce n'est Bresil, héritière présomptive de la que dans ses passions qu'on peut couronne, renonçât à un droit qui XXXY.

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