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« Je ne peux, disait-il, que me louer 1724, et dont nous avons déjà parde sa docilité : il s'est souvent trou- lé; une lettre d'un officier hollandais vé dans de mauvais pas, d'où Ca- ( Terson ); les sentiments d'un homsaubon et Du Ryer ne l'auraient pas me de guerre (Savornin ), et les rétiré; alors il traduisait mot à mot, ponses de Folard à l'un et à l'autre. puis me demandait mon avis; et, Les critiques très-multipliées et trèsmoyennant un coup de crayon, je le vives qui ont été faites de ce Commettais au fait : car la connaissance mentaire et de ses appendices (Voy. du métier supplée à l'ignorance de FOLARD, GUICHARDT et Lo-Looz), la langue. » Quoi qu'il en soit, le bé- ontcontribué à lui donner dela vogue. nédictin et l'officier demeurèrent Au milieu de ces controverses sur des unis par l'intérêt de leur commun questions de tactique, on a donné peu travail, et peut-être aussi par l'ac- d'attention à la version de Thuillier, cord de leurs opinions théologiques; qui, en effet , remplit à peine un quart car dom Thuillier écrivait, à ses des sept volumes in-40., où elle est moments perdus , contre la bulle comprise. Elle mérite pourtant des Unigenitus; et Folard, pour se dis- éloges ; car elle est, en général, assez traire de ses méditations militaires, fidèle, purement écrite, et aussi éléentretenait, aveo les admirateurs du gante que le sujet et le texte le perdiacre Paris , des relations intimes mettaient. Elle aurait peut-être donqui déplaisaient fort au cardinal de né plus de lecteurs à Polybe, si elle Fleury. Le Polybe français fut im- s'était dégagée des Commentaires qui primé à Paris, de 1727 à 1730, en la morcellent; je crois aussi qu'on y Ő volumes in-4°., où l'on pense bien pourrait desirer une meilleure divique le commentaire occupe le plus sion des livres en chapitres, et quelgrand espace. En effet, les six volu- ques corrections, qui seraient inmes comprennent, outre la version diquées par les éditions du texte puet les remarques proprement dites, bliées en 1764 et en 1989. La verdes Traités de la colonne, de l'at- sion italienne imprimée à Vérone, taque et de la défense des places chez en 1743 ( 2 vol. in-4°.), n'est que les anciens, un très-grand nombre celle de Domenichi, retouchée et de préfaces, d'observations, de dis- augmentée par Giusió Lando; mais sertations et d'explications de plan- Desideri en a donné une meilleure, à ches : toute cettc science est fort Rome, en 1792 (in-4°, 2 vol. )Poconfuse; plusieurs articles ont été lybe a été traduit en anglais par contestés par les antiquaires et par Hampton, en 1756; et cette version les militaires : les formes ne sont pas a eu une seconde édition, en 1772 (2 séduisantes; on n'oserait pas écrire vol. in-4°. ou 4 vol. in-8°. ) Enfin, aujourd'hui avec si peu de soin et de l'ouvrage de notre historien, avec méthode. Néanmoins, ces six volu- les notes de Folard et de Guischardt, mes renferment un fonds d'instruc- a passé plusieurs fois, de 1955 à tion qui les a rendus recommanda- 1779, dans la langue allemande, bles : ils ont été réimprimés, à Ams- par les soins de Oelsnitz, Bion et terdam, en 1959 et en 1974, avec Seybold. L'édition grecque et latine un Supplement ou septième tome, qui a paru à Leipzig et à Vienne en qui contient une réimpression de ces 1763 et 1764, n'est guère qu'une Nouvelles découvertes, publiées en copie de celle de 1670, donnée par Jacques Gronovius; elle est aussi en inclusivement. Celles qui concernent 3 volumes in-8°. Le texte y est ac- les dix derniers livres, composent , compagné de la même version et avec une table historique et géogrades mêmes notes; seulement Ernesti phique, le huitième volume. Le y a joint une nouvelle préface et un neuvième enfin est rempli par un Glossarium Polybianum.Untravail Lexicon Polybianum, esquissé par beaucoup plus considérable est dû à les deux Casaubon , rectifié par ErM. Schweighäuser : son édition de nesti, rédigé et fort augmenté par Polybe, imprimée à Leipzig, de M. Schweighäuser. Ce lexique est 1789 à 1793, est en 9 volumes in précédé des préfaces d'Isaac Casau8o. Le premier, après une préface bon et de Reiske sur Polybe. Ainsi, qui offre une Notice de plusieurs ma rien de ce que les anciennes éditions nuscrits et des précédentes éditions, renfermaient d'utile , n'est omis dans contient le texte des trois premiers celle-ci , qui est d'ailleurs plus corJiyres , d'après une révision plus at recte, plus complète et beaucoup tentive. Dans le tome suivant, les li. plus riche d'observations savantes. vres 4o. et 5€. sont suivis des débris Polybe est l'un des auteurs antiques du sixième et du septième, recueillis chez qui l'on peut puiser le plus de de toutes parts dans les sources di- connaissances positives. Son ouvraverses qu'indique une préface parti. ge n'est pourtant point un modèle culière, placée au commencement de l'art d'écrire; et le jugement si de ce volume. Ces mêmes sources dur qu'en a porté Denys d'Halicarfournissent les fragments des trente nasse, n'est pas aussi injuste qu'on trois autres livres, fragments qui, le voudrait. Le style de Polybe est dans les tomes i et iv , sont plus sans couleur , et sa diction sans complètement rassemblés, et plus élégance; il ne sait point exciter méthodiquement disposés qu'ils ne l'attention des lecteurs par l'éclat l'avaient été encore. Jusque-là , tout des images , ni par la profonce qui reste de textes des 40 livres deur ou l'originalité des pensées, ni est accompagné de variantes et d'une d'ordinaire par la vivacité des senversion latine qui peut passer pour timents. Son elocution monotone, nouvelle, i cause du grand nombre peu figurée, peu souple, plus néglide corrections qu'y reçoivent celles gée que simple, moins claire que difde Casaubon et des autres interpre- fuse, n'annonce point un goût délites. Le cinquième tome a pour pré- cat ni un talent flexible. Toutefois liminaires, une Vie de Polybe, et il a tant de droiture et de franchise, de nouveaux fragments, dont la plu- il aime avec une telle constance la li

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part n'ont pas été classés par livres. berté, la verité et la vertu, qu'on . Ils sont suivis de notes relatives aux s'accoutume à son langage austère, et livres jer., 24. et 3e. Les notes conti- qu'on ne sent plus que l'intérêt moral nuent sur les livres 4. à 100., dans le de ses leçons. Quelquefois, animé par tome sixième. Les prefaces de Nico- des affections si pures, il prend un Jas Perotti, de Vincent Opsopæus, ton plus élevé; les mouvements de de Fulvio Orsini , de Henri Valois, son ame se communiquent à son style:

sont réunies au commencement du il devient éloquent à force de patrio. scptième volume, où les notes se tisme et de probité. Cependant, mal

prolongent jusque sur le livre 30€. gré la rectitude de son esprit, il a bien aussi quelques préventions : mais don de croire aux fictions; il vit en elles tiennent à d'honorables senti- un temps où elles ont perdu leur créments d'amitié, de reconnaissance; dit, et il ne veut pas le leur rendre : et d'ailleurs , si elles lui dictent des il les écarte de ses livres avec une jugements hasardés, jamais elles rigueur inexorable; et , lorsqu'il en n'altèrent la vérité de ses récits, rappelle quelqu'une, c'est pour la la fidélité de ses témoignages. C'est vouer au mépris. En ce point il suit un homme d'un caractère sérieux les traces de Thucydide, qui , le preet d'une raison froide; il cher- mier, avait épuré les récits historiche partout l'exactitude : ses étu- ques en les séparant des narrations des ont embrassé toutes les scien- fabuleuses. Néanmoins, Thucydide ces cultivées de son temps; il sait y avait laissé ou introduit ces haranbien ce qu'il a appris d'autrui, gues imaginaires et théâtrales, qui inieux encore ce qu'il a recherché, répandent souvent de l'intérêt et observé, vérifié lui-même. Il a re- quelquefois de l'instruction dans les cueilli de toutes parts , et enchaîné livres d'histoire, mais qui offensent dans un corps d'histoire, beaucoup la vérité par cela seul qu'elles la déde faits et de notions utiles : il les of passent. Polybe, dans ceux de ses lifre surtout à ses pareils, c'est-à-dire, vres qui nous sont parvenus intacts, aux hommes de guerre et aux hom- dédaigne d'ordinaire ce genre d'ormes d'état; et quoiqu'il ne soit pas nements : composer de pareils dis un écrivain très-habile, ila, plus que cours est un talent qui lui manque, et bien d'autres, contribué au progrès une licence qu'il ne voudrait pas se des lumières publiques. Ses con- permettre. Si l'on en rencontre chez citoyens lui ont élevé des statues ; lui des exemples, heureux une ou d'illustres capitaines lui ont rendu deux fois, plus souvent déplorables, des hommages; tous les esprits justes c'est dans des fragments dont l'authenet tous les caurs honnêtes lui doivent ticité pourrait, par cette circonstanle tribut d'une estime profonde. Po- ce même, sembler suspecte. D'un aulybe n'a pas le génie d'Hérodote, ni tre côté, il est beaucoup moins réserl'énergie de Thucydide, nila grâce de vé que Thucydide en éclaircisseXénophon; mais il est, comme le prements et observations de toute nature; mier, avide de connaissances : il vi. et parmi les morceaux accessoires site, il étudie différentes contrées de qu'il prodigue, il en est qui, par leur la terre; il ne sait pas les peindre, étendue comme par leurs objets, mais il essaie de les décrire. Il inter- mériteraient beaucoup trop le nom de roge les traditions, les monuments , digressions. Du moins faut-il avouer, les témoignages, toutes les sources en compensation de ce reproche, de l'histoire : il recherche les ori- qu'il s'attache aussi, plus que l'histogines des institutions, les causes éloi- rien de la guerre du Péloponnèse, à gnées et prochaines des guerres et développer les faits, à montrer les des grands événements; il rassemble rapports qu'ils ont entre eux, comme et coordonne les notions , les faits , effets ou comme causes. Il écrit une les détails, pour en composer une his- histoire plus générale, et, selon son extoire générale de son siècle. S'il n'ex- pression pluspragmatique, plus riche celle pas dans l'art de raconter, il n'a d'actions, plus féconde en résultats. pas non plus celui de feindre, ni le On peut comparer.son admiration un peu aveugle pour les Romains, à l'en- ment de la médecine ; et, à son exem. thousiasme de Xénophon pour les ple, il s'empressa de communiquer lois et les mœurs de Lacédémone : à ses élèves les résultats de sa pratiils ont entre eus d'autres traits de que et de ses observations, sans jaressemblance. Ils sont guerriers de mais exiger d'eux la moindre marprofession l'un et l'autre : cet art mili que de reconnaissance. Galien , qui taire , qu'ils ont étudié dans les camps loue l'habilete de Polybe et son exet dans les batailles , ils se plaisent à périence, lui rend le témoignage qu'il Penseigner; il occupe une grande pla- n'a jamais abandonné la pratique, ée dans leurs livres, et sans-douie il ui les sentiments de son beau-père : la mérite puisqu'il a décidé si sou- cependant, dit Eloy, si les ouvrages Fent du sort des nations. Tous deux qu'on lui attribue, sont réellement aussi ont été de bonne heure initiés de lui , on doit convenir qu'il s'est aux sciences morales et politiques : écarté quelquefois de la doctrine de Xenophon, dans l'école de Socrate; son maître, notamment en ce qui Polybe, dans la maison de son père concerne le passage de la boisson Lycortas, dans la société de Philo. dans la trachée - artère et les poupomen et dans les livres d'Aristote. mons. De tous les ouvrages attribues Tous deux ils sont amis de la sagesse à Polybe, son Traité du régime ( De et de la modération, tous deux en- salubri Diætá libellus ) est celui nemis des factions et de l'anarchie : qui a le plus occupé les commentamais Polybe chérit plus ardemment teurs du seizième siècle ; il a été tra. la liberté, et démêle un peu mieux les duit en latin et annoté par Gouthier intrigues et les maneuvres qui ten- d’Andernach, Gilb. Philarète, Jean daient à la renverser. Ila, sur ces ma- Placotomus ( Bretschneider), et imtières et sur presque toutes les autres, primé, séparément ou dans des redes idées plus précises et plus cohé- cueils, un très - grand nombre de rentes; il se contente moins de no- fois. Ce Traité fait partie des OEutions vagnies ou approximatives. Ce vres d'Hippocrate, ainsi que tous sont-là les seuls aspects sous lesquels ceux qu'on attribue à Polybe ; ce il puisse être mis en parallèle avec sont les Traités : De Principiis aut Xénophon ; il n'est pas, comme Carnibus; de Genitura; de Natura écrivain , digne de lui être comparé: pueri; et de Affectibus sive de Moril est trop loin de posséder les talents bis. Ces ouvrages, selon Eloy , sont et l'art de l'auteur de la Cyropédie, les mieux raisonnés de ceux qu'on sa douce facilité, son goût esquis, a recueillis sous le nom du princc les richesses et les grâces de son ima de la médecine (V. Eloy, Dict, de gination brillante. D-N-U.. med., article Polybe ). W-Ś.

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POLYBE DE ÇOS, disciple et POLYCARPE (SAINT), évêque gendre d'Hippocrate, florissait vers de Smyrne, s'étant converti fort le milieu du cinquième siècle ayant jeune au christianisme vers l'an Jésus-Christ. Son caractère, naturel. 8o, eut le bonheur de converser Jement grave , lui fit préférer la re- avec ceux qui avaient vu le Sautraile à tous les avantages que ses veur, et de puiser l'esprit de J.-C. talents auraient pu lui procurer dans dans les instructions des Apôtres. le monde. Il eut l'honneur de succé- Saint Jean l'évangéliste, auquel il der à Hippocrate dans l'enseigne- s'attacha particulièrement , l'ordon

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