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sur les débris les uns des autres. On Polo avait d'abord écrit en français ; retrouverait avec certitude les poms et que les manuscrits français de cet des villes , des montagnes et des auteur donnaient le seul texte vérita fleuves , qui alors étaient en usage. ble. Après toutes ces conjectures , il L'explication géographique de la re- en est une qui les concilierait toutes : lation de Marco Polo, ne serait que c'est que Marco Polo, qui a survécu le moindre résultat d'un tel trayail; plus de vingt ans à la première dictée mais il en serait un résultat infaillible de sa Relation en 1298, et qui parJusque-là on ne pent que former des lait diverses langues, a pu après avoir conjectures plus ou moins vagues, les- rédigé sa relation en vénitien, sa lanquelles ont peu de prix dans une scien. gue maternelle , traduire ou faire cequi reposeentièrement sur des faits. traduire sous ses yeux , en diverses D'après ce que nous venons de dire, langues, cette même relation, et y on peut conclureque le texte de Marco faire, à chaque fois, des changements Polo n'est pas cncore expliqué et et des additions. Ceci expliquerait compris; nous ajouterons qu'il n'est pourquoi les manuscrits diffèrent pas même connu. En effet , non- entre eux dans plusieurs passages, seulement on ignore quel est ce texte, et même par l'ordre et par le nommais dans quelle langue ce voyageur bre des chapitres qu'ils renferment. a composé sa Relation. Ramusio pré- De là dérive la nécessité de rechertend que Rustigielo avait écrit sous cher les manuscrits et les éditions, sa dictée en latin; que ce premier et d'en donner les variantės. L'autexte a été traduit ensuite en langue teur de cet article possède un maitalienne vulgaire, puis retraduit en nuscrit de la traduction de Pipinus, latin, d'après cette traduction ita- sur vélin , relié avec d'autres oulienne, par François Pipinus de Bo- vrages géographiques et historilogne, en 1320. Mais Pipinus, qui ques, dans l'ordre suivant : Histoire était , dit-on, de la famille Pepuri des Croisades , Description de la ou Pépoli , s'exprime dans sa pré- Terre-Sainte, Voyages de Marco face, comme s'il avait traduit de Polo, Listes des archevêchés et évél'original , pour la première fois ; et chés, Chroniques de Turpin , et il écrivait du vivant même de Marco Description de l'Irlande. Ce manusPolo. Grynæus, qui, dans son Novus crit de Marco Polo est précieux, et orbis, imprimé, pour la première un des plus anciens ; mais malheufois, en 1532 , a publié, avant Ra- reusement le troisième et dernier limusio, une traduction de Marco Polo, vre ne contient que dix-sept chapipréférable à celle de Pipinus, croit tres au lieu de cinquante, qui sont que le voyageur vénitien a employé indiqués par la table. Le titre qui sa langue maternelle, c'est-à-di- précède la préface de Pipinus, est re, le vénitien : c'est l'opinion la ainsi conçu : Incipit prologus in liplus générale. Un auteur Italien, brum domini Marchi Pauli de VeM. Baldelli , sachant, sans doute , netiis , de conditionibus et conque plusieurs manuscrits de Marco suetudinibus orientalium regionum. Polo, écrits en ancien français, conte Le titre, après la preface ct la naient des chapitres qui ne se trou. table du premier livre, est : Incipit vaient pas dans ceux qui sont en liber primus domini Marchi Pauli italien ou en latin , en a conclu que de Venetiis, de Mirabilibus orienta

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lium. Ce manuscrit porte 1252 pour faite au xv°. siècle, sur un texteitalien la date du départ du père et de l'on- ou français (9). Après les manuscrits cle de notre voyageur. Il existe dans latins, nous ferons connaître les la bibliothèque royale de Berlin un manuscrits italiens. Un des plus céautre manuscrit de cette traduction lèbres est celui que possédait la fade Pipinus , dont Muller a donné les mille Sorenzo, de Rome (10), et dont variantes dans son édition latine de Apostolo Zeno a donné une notice Marco Polo; un autre, qui est sur et des extraits , dans ses notes sur vélin, se trouve, à Londres, dans la l'eloquence italienne , de Fontanibibliothèque du Muséum britanni- ni, tome 1, pag. 270. Un autre maque. Il y en avait un quatrième à nuscrit italien de notre voyageur, Padoue, dans la bibliothèque de non moins célèbre que le précédent, Saint-Jean-de-Latran; un'autre dans est celui qui appartenait aux acadéla bibliothèque d'Esté, à Milan; un miciens della Crusca, et dont ils se autre à Ferrare, dans la bibliothèque sont servis pour leur Dictionnaire : de Bentivoglio. Lessing a fait connai- on le désigne sous le nom de il tre deux manuscrits de cette traduc- Milione. M. Baldelli (1), avait tion de Pipinus, qui se conservent promis de publier ce manuscrit, com: dans la bibliothèque ducale de Wol- paré avec cinq autres textes ; mais fenbuttel : il indique dans cette même nous ne croyons pas que cet oubibliothèque un troisième manuscrit vrage ait encore paru. On préde Marco Polo, en latin, totalement tend que ce manuscrit est de l'an différent de la traduction de Pipinus 300 , et postérieur seulement de et de celle qu'a publiée Grynæus; huit ans au retour du voyageur. mais il paraît, d'après ce qu'en dit l'académie della Crusca , dans la Lessing, que ce troisième manuscrit dernière édition de son Vocabulaire, n'est qu'un simple extrait de l'ouvra- cite encore un autre manuscrit itage du voyageur vénitien. Un manus- lien de Marco Polo, qui, selon elle, cri: de la bibliothèque du college de serait de l'an 1309. Il paraît qu'il Dublin contient aussi un extraitsem- existe d'autres manuscrits de Marco blable. Apostolo Zeno fait encore, Polo en langue italienne; mais on n'en d'après Echard, mention d'une ver- a pas donné de notice. Au reste, sion latine anonyme, et distincte de les plus intéressants de tous sont en celle de Pipinus (8): peut-être est-ce français, parce que ce sont ceux celle du Pogge, qui avait traduit dont les éditeurs ont négligé de tirer Marco Polo en latin. La bibliothèque royale de Paris renferme aussi plu- (o) Pour de plus grands détails sur ces manuscrits sieurs manuscrits latins de Marco de la bibliothèque royale. on peut consulter les

Nouvelles Annales des voyages, 1819, in - 80., Polo. La traduction de Pipinus se

tom. 2, pag. 162, et une note de l'auteur de cet trouve dans ceux qui sont numérotés

article, dans la seconde édition de la traduction de

Pinkerton, 1811 , in-8°. , tom. 5, pag. 26, note 3. 1616 et 6244 A. Celui qui est nu (10) M. Marsden fait aussi mention d'un manusméroté 5195 est une autre traduction crit de Marc Paul, en italien , que possède la bi

bliothèque du Muséum hritannique ; mais ce n'est en latin barbare, qui paraît avoir été qu'un extrait fait en 1457, d'après le texte manuscrit

de Sorenzo.

(11) M. Placido Zurla, dans son ouvrage intitulé (8) L'indication de ces manuscrits latins, excepté Di Marco Polo , in-folió, tom. I, pag. 377 - 391, ce qui concerne le nôtre, est tirée des ouvrages de parle avec détail du travail de M. Baldelli, qui lui M. Marsden , de Placido Zurla et de Muller, sur a été communiqué, et dit qu'il est sur le point de paMarco Polo.

raitre à Florence. M. Zurla écrivait en 1818.

parti. La bibliothèque de Berne en matière est du plus grand poids renferme un qui , d'après la préface, (12), ces chapitres inédits de Mar, aurait été écrit en l'an 1307, au mois co Polo attestent tant de connaisd'août, et remis , par Marco Polo lui. sance de l'histoire des Mongols, même, à Monseigneur Thybault, che- et offrent tant de vérité dans le récit valier, seigneurde Cepoy , pour Char. des faits et dans l'indication des dates, les, fils du Roy de France et conte qu'ils ne peuvent être que de Marco de Valoy:ce Charles est celui qui ré- Polo, parce que lui seul, en Eurogoa depuis sous le nom de Charles-le- pe, était aussi bien instruit de ce Bel. Ce manuscrit intéressant est dé- qui s'était passé, peu d'années aucrit par Sinner, dans son Catalogue paravant, aux extrémités de l'Orient. des Mss, de la Bibliothèque de Ber. Après avoir donné la liste des mane. La bibliothèque royale de Paris nuscrits connus de Marco Polo, nous renferme deux manuscrits précieux, allons énumérer plus brièvement contenant la traduction française de les éditions. Traductious latines : Marco Polo : l'un, numéroté 8392, la première , petit in - 4o. , sans est un magnifique volume, de format · date, mais présumée imprimée à grand in-folio, écrit sur vélin dans Rome ou à Venise, en 1484.- Trale milieu du quatorzième siècle, et duction de Jean Hutichius dans le orné de quantité de belles vignet- Novus orbis de Grynæus, in-fol., tes. L'ouvrage de Marco Polo y est 1532, 1537 et 1555, à Bâle ou à suivi de plusieurs autres d'un genre Paris. — Édition d'André Muller, analogue, savoir : le Voyage de 1671, in-4°, Berlin ; c'est la meilfrère Audric ( Oderic), de Man- leure édition latine (V. MULLER);deville, etc. Ces différents ouvrages, Les éditions en italien ou en diaà l'exception de celui de Marco Polo, lecte vénitien , sont les plus nomfurent traduits du latin en français breuses : elles ont été publiées en par Jehan Lelong, dit et né de Yppré, 1496, in-8°., Venise; une autre, moine de Saint - Bertin ( à Saintsans date , qui paraît de la même Omer ), et pour la plupart en 1351. époque, en 1500, Brescia; en 1508, Il y a, dans ce manuscrit, sept cha- in - 12, et non pas in - fol. Vepitres relatifs à l'histoire de la guerre nise; en 1553, Venise , in-fol. ; en de Caidou contre legrand-khan (l'an 1590, Trevise, édition indiquée par 1269), qui ne se trouvent pas dans les Bergeron, page 53, comme l'origiéditions ; mais aussi les quatre chapi- nal de Marc Paul, opinion que M. tres qui terminent l'ouvrage dans ces Pinkerton a aussi émise depuis , et éditions, manquent dans ce inanus. qu'il croyait nouvelle ; en 161, crit. L'autre manuscrit, numéroté in-8°., Venise , réimprimée depuis à 7367, est aussi in-folio, et écrit sur Venise et à Trevise en 1627:'en 1672, vélin dans les premières années du Trevise; enfin, en 1553 et en 1583, quatorzième siècle : il est en langage Venise, in-fol., dans le deuxième plus ancien, et contient tout ce que tome de la collection de Ramusio : renferme le précédent, et de plus, c'est non-seulement la meilleure des vingt-huit chapitres qui ne se trou- traductions italiennes de Marco Polo; vent non- plus dans aucune édi. tion. Selon M. Étienne Quatre

(12) Dans une note manuscrite qu'il a bien voulu mère , dont l'opinion en pareille nous remettre sur ces deux manuscrits.

mais c'était la meilleure de toutes les Zurla a publié aussi un ouvrage inéditions de ce voyageur, avant celle titulé: Di Marco Polo e degli anque M. Marsden vient de donner en tichi viaggiatori Venitiani , 2 vol. anglais. — Il n'existe qu'une seule in-fol., Venise, 1818. On peut contraduction portugaise de Marco Polo, sulter encore les analyses des voyages Lisbonne , in-fol., 1502, en carac- de Marco Polo, dans l'Histoire génétère gothique; elle est de Valentim rale des Voyages de l'abbé Prevôt; Fernandès Morano. — Il y en a dans Pinkerton, Modern Geography deux traductions espagnoles, l'une seconde édition, 1807, tome i et en 1520, Seville, in-fol.; l'autre en troisième édition, 1811, tome 1, page 1601, Çaragosa, in-12 ou petit in-8°. 475; dans la traduction française du de 158 pages, par D. Martin (Abraca) même ouvrage , tome v, pages 24 à de Bolea y Castro. - Trois traduc- 54; dans le Précis de la Géographie tions allemandes, 1477 , Nurem- Universelle , tome 1, page 443; dans berg; 1534, Strasbourg, par Michaël les Nouvelles Annales des VoyaHerr sur l'édition latine publiée par ges, 1819, in-8°., tome 11, pages 158 Grynæus, dans le Novus orbis ; à 183; dans Murray, Historical ac160g, Altenburg, et 1611, Leipzig, count of discoveries and travels in in-8°., traduit par Megiser, sur la ver- Asia , 1820, Edinbourg ; in-80., sion italienne de Ramusio. - Deux tomei, chap. 3, page 151. Il ne faut traductions françaises, 1556, in- pas s'étonner si la courte relation 4o., Paris, par un anonyme, qui se de Marco Polo a tant occupé les sadésigne par les initiales F. G. L.; et vants. Lorsque dans la longue série 1735, dans la collection des voya- des siècles, on cherche les trois ges en Asie, dite de Bergeron, la hommes qui par la grandeur et l'inHaye, in-4°. , tome 11, traduit sur le fluence de leurs découvertes, ont le latin de l'édition de Muller. Ces deux plus contribué au progrès de la traductions françaises n'ont point de géographie ou de la connaissance du rapport entre elles. Nous les avons globe , le modeste nom du voyacomparées. — Une seule traduction geur vénitien vient se placer sur la hollandaise, en 1664, par Glazema- même ligne que ceux d'Alexandreker, in-40., gothique, de 99 pages.- le-Grand et de Christophe Colomb. Sept traductions anglaises, 1579,

W-R. Londres, in-4., gothique, de 167 p. POLO ( GAŠPAR-Gil). V. Gildans la collection des Voyages de Polo. Purchass, de 1625 in-fol., vol. 3, p. POLTROT DE MÉRÉ (JEAN), 65; 1715 et 1744, dans la collec- gentilhomme de l'Angoumois, fut tion des Voyages de Harris ; 1747; élevé en qualité de page chez le badans la collection des voyages d'Ast- ron d'Aubeterre, qu'il suivit en Esley; 1811, dans la collection des pagne. Sa taille grêle, sa figure bavoyages de Pinkerton, in-4°., tome sanée, et la facilité avec laquelle il 7; et aussi dans la collection des parlait l'espagnol, lui servirent à voyages de Kerr , in-8°. ; enfin, jouer le rôle d'espion pendant la 1818, par M. Marsden, in-4°., de guerre entre les deux nations; puis 781 pages : c'est, à-la-fois, la meil- il embrassa la nouvelle réforme, et leure édition et le meilleur commen- s'attacha à Soubise, gouverneur de taire de Marco Polo. Dom Placido Lyon pour le parti protestant. Poltrot, témoin du désespoir et de la vaux, et écartelé, tandis que, dans son consternation que répandaient parmi parti , on le comparait aux héros de les siens les succès de l'armée royale l'ancienne Rome, á David, qui tua aux ordres du duc de Guise, excité Goliath : on l'inscrivait dans le Catad'ailleurs par les discours fanatiques logue des saints, comme un homme des ministres huguenots, qui mau- qui, parinspiration divine, s'était imdissaient et dévouaient journelle- molé pour le salut de ses frères , et ment le nom et la personne du duc, pour la conservation du vrai culte. forina le projet de délivrer son parti, Des vers furent composés en son hond'un ennemi si redoutable. Il s'en neur; et il reste encore des estampes ouvrit à Soubise, qui l'adressa à Co- avec des inscriptions, qui élèvent ligni : celui-ci lui donna cent écus, son action jusqu'au ciel. T-D. pour acheter un bon cheval, propre POLUS (RENAUD POLE ou Pool, à faciliter sa fuite, après qu'il aurait plus connu sous le nom DE), carrempli sa mission. Poltrot, afin de dinal, archevêque de Canterbury, mieux cacher son dessein , alla trou- légat apostolique en Angleterre , naver un de ses anciens amis, officier quit, au mois de mars 1500, à du duc de Guise, qui pressait alors Stowerton. Castle , dans le comté vivement Orléans; et il lui protesta de Stafford. Il était allié à la faqu'entièrement revenu de ses er mille royale, par sa mère, Marreurs , il desirait servir dans l'ar- guerite , comtesse de Salisbury, fille mée catholique, à laquelle il était en du duc de Clarence, frère d'Edouard état de rendre des services impor: IV. Après avoir fait son cours d'étants, par les intelligences qu'il tudes à Oxford, et se trouvant à l'âge conservait dans la ville. Guise reçut de 19 ans, chanoine de Salisbury, Poltrot avec sa bonté ordinaire, et doven d'Exeter, etc., il alla voyapourvut au mauvais état de sa for- ger en Italie. Henri VIII joignit une tune. Mais un soir que ce général s'en pension de trois mille livres tourrevenait tranquillement à son logis, pois au revenu de ses bénéfices. s'entretenant familièrement avec Ros- Pole passa cing ans à l'université de taing , le traître, qui était caché der- Padoue ; il y forma d’étroites liairière un buisson, lui tira , à six pas sons avec Bembo, Sadolet et dide distance, un coup de pistolet, dont vers autres hommes de lettres. Il viGuise mourut au bout de deux jours. sita aussi Venise, Rome, FlorenLe meurtrier, ayant été arrêté le len- ce; et revint en Angleterre, où il demain, nomma, parmi ses compli- vécut dans la retraite, ne paraissant ces, l'amiral de Coligni et Théodore que très-rarement à la cour. Craide Bèze, ainsi que plusieurs autres; et gnant d'être obligé de prendre part à quoiqu'il variât beaucoup dans ses dé- la fameuse affaire du divorce, il crut positions subsequentes, sur les instiga. devoir se réfugier à Paris (1529). teurs de sa perfidie , il continua tou- Henri VIII fit de vaines tentatives jours à charger Coligni, dont l'apolo- pour l'engager à s'employer auprès gie ne diminua pas l'impression pro- des docteurs de cette ville, afin de duite par l'accusation de Poltroi. Ce les rendre favorables à sa cause. Ce malheureux fut livré au parlement,qui prince attachait une grande imporle condamna à être déchiré avec des tance au suffrage d'un homme qui tenailles ardentes, tiré à quatre che. jouissait d'une haute réputation de

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