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bliothèque Ambrosienne auquel man- nements, les croisades et les conquê. quait le premier feuillet, a seule- tes de Genghiz-Khan , concoururent, inent pour titre: Anonymi scriptoris au commencement du treizième sièHistoria sacra ab orbe condito ad cle, à faire cesser cet isolement. Les Valentinianum , etc. Cette diffé- croisades forcèrent les diverses na- , rence fit croire à l'éditeur allemand tions européennes à se réunir sous qu'il s'agissait d'un autre ouvrage; les mêmes tentes, à faire partie de la et il mit sur le titre de son édition, même corifédération, et à se consiles inots : nunc primùm græcè et dérer en quelque sorte comme les latinè editum , ce qui n'était pas membres d'une même famille : il complètement exact. W-S. leur fallut enfin apprendre à con

POLO (MARCO), en français naître ces contrées orientales qu'enMARC Paul, voyageur vénitien, vahissaient leurs armées. Les horest célèbre par la singularité de ses des que commandait Genghiz-Khan aventures, la vaste étendue des pays inondérent tout-à-coup l'Asie ct qu'il parcourut, et l'influence qu'eut l’Europe. Elles envahirent en peu la relation de ses voyages sur les pro- d'années, ou l'endirent tributaires grès de la navigation et du commer- de leurs armes, la Chine, le Thibet, ce. Pour bien apprécier cette in- la presqu'île au-delà de l'Inde, les fluence, il faut se rappeler que les deux empires tartares de Kaschgar anciens ne connaissaient rien du et de Kaptchak , la grande ei la penord de l'Asie, et qu'ils ne soup-tite Boukharie ,le Khorasan, le Kour-, çonnaient même pas l'existence des distan, l'Irak-Arabi ,et une partie de vastes contrées qui la terminent l'Asie-Mineure. L'empire des Monà l'est : les notions qu'ils avaient gols s'étendait depuis les monts Altransmises sur l'Orient aux peu- taï jusqu'aux monts Himmalaya, ples modernes de l'Europe, s'effa- depuis la mer du Japon jusqu'à la cèrent même en quelque sorte, ou mer Noire, depuis l'embouchure de furent rendues inutiles dans leur ap- l'Amour jusqu'à celle de la Vistule, plication, par le déclin rapide de depuis l'île de Sumatra jusqu'à l'île l'empire Romain en Occident, et par Saghalien. Ce fut alors qu'on soupl'établissement de l'empire des Kha- conna , pour la première fois en Eulifes. Des villes anciennes avaient rope, la vaste étendue de ces plaines disparu , de nouvelles villes avaient du nord de l'Asie, que l'antiquité été fondées et agrandics, de nou- désignait sous le nom vague de Scyveaux états s'étaient formés, de thie; ce fut aussi alors que les grannouvelles religions avaient triom- des et riches contrées qui terminaient phé, de nouvelles langues s'étaient à l'Orient cette partie du monde, sorrépandues, de nouvelles dénomina- tirent en quelque sorte, pour les peutions avaient partout prévalu , pen- ples de l'Occident, du sein de l'Océan dant que les peuples de l'Europe , en où les systèmes des anciens géograproie à l'invasion des barbares, ou phes les avaient plongées. Alors la divisés par des guerres sanglantes, politique éclairée de la cour de Rome, et plongés dans les ténèbres de l'igno- ct celle de plusieurs princes chrétiens rance, étaient devenus de plus en cherchèrent dans ce subit accroisseplus étrangers les uns aux autres , ctment de la puissance Mongole, obau reste du monde. Deux grands évé- jet d'une si universelle terrcur, des

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Ceci résulte nécessairement des dates déterminées plus haut, et se trouve dit expressément dans l'ouvrage de Marco : cependant certains manuscrits disent quinze ans; d'autres dix-sept ans. M. Marsden conjecture, dans une note, que Marc Paul devait en avoir seize; mais cette opinion ne s'accorde avec aucnne des autres dates, ni avec aucunt inaujuscrit.

qualité de souverain pontife, de nou- sa maison. Notre jeune Vénitien s'acvelles lettres de créance, et il leur quitta de son emploi de manière à se adjoignit deux moines de l'ordre des faire estimer de toute la cour, et se Frères prêcheurs , porteurs deses pré- distingua bientôt par ses talents et sents , avec plein pouvoir d'ordon- par son savoir. Il se plia facilement ner des prêtres, et de sacrer des évê- aux mours et aux habitudes du pays. ques : il donna ensuite sa bénédic- Il apprit , en peu de temps, quatre tion à nos voyageurs vénitiens, et les langues différentes, en usage dans congédia en leur recommandant dese ces contrées, et par-là se rendit utile hậter d'accomplir leur mission. Ils et cher à son maître. La confiance repartirent, vers la fin de l'année qu'il lui inspira augmentant de plus 1271, emmenant encore avec eux en plus , il fut chargé de différentes le jeune Marco. L'invasion du sou- affaires importantes dans plusieurs dan d’Egypte dans le nord de la provinces de l'empire. Quelques-unes Syrie, qui eut lieu à cette époque, de ces provinces étaient à de si granimprima une si grande terreur dans des distances de la capitale, qu'il ne ces contrées, que les deux moines fallait pas inoins de six mois pour n'osèrent pas s'avancer dans l'inté- y parvenir. Marco-Polo profita des rieur, et s'arrêtèrent sur les côtes. missions et des emplois dont il fut La famille des Polo continua coura- chargé, pour examiner les contrées geusement son voyage, et parvint qu'il avait occasion de parcourir : il à Balkh , dans le pays de Badasch- s'instruisit des moeurs et des cour; khan. Là , le jeune Marco-Polo cut tumes des peuples qui les habitaient; une maladie grave , qui contribua il prenait des notes de tout ce qui probablement à prolonger le séjour était digne d'attention, et se mettait de son père et de son oncle dans par là en état de répondre avec exacBalkh : ils y resterent un an. Ce titude au grand khan , qui aimait à temps écoulé, nos voyageurs se l'interroger sur tout ce qui concernait remirent en route , gravirent les son vaste empire. Un des membres monts Belour, atteignirent la ville du grand tribunal, ayant été nomde Kaschgar, employèrent trente mé gouverneur de la ville de Yangjours à traverser le désert de Lop et tcheou - fou, dans la province de de Kobi , pénétrèrent en Chine, et Kiang - nan, et ne pouvant se renfurent enfin admis en la présence du dre å sa destination, Marco - Polo grand khan. Ils lui remirent les léi fut choisi , comme son député, tres et les présents du pape , et lui pour remplir ces hautes fonctions : firent le récit de leur mission. L'em- l'usage ou la loi bornait à trois pereur Mongol leur témoigna sa sa- ans l'exercice de ce pouvoir. Marcotisfaction et le plaisir qu'il éprou- Polo le conserva pendant tout ce vait à les revoir; puis remarquant temps, et en usa à la satisfaction de Marco qu'il ne connaissait pas en- tous. Le père et l'oncle de notre core, il demanda quel était ce jeu- voyageur ne rendirent pas des serne homme. Lorsqu'on lui eut ré- vices moins essentiels à l'empereur pondu que c'était le fils de Nicolo, Tartare; et ce furent eux qui lui sugil lui fit l'accueil le plus gracieux, gérèrent l'idée de certains projectiles déclara qu'il le prenait sous sa pro- et de catapultes , au moyen desquels tection, et lui donna une place dans il s'empara de la ville chinoise de

Siang-yang-fou , qui résistait depuis féra avec plaisir à cette demande. trois ans à tous les efforts de ses ar- une jeune princesse de dix-sept ans, mes. Il y avait dix-sept ans que les d’une beauté parfaite , fut choisie Polo étaient absents de leur patrie, parmi les petites-filles de l'empereur, lorsqu'ils souhaitèrent d'y retourner. et confiée aux ambassadeurs , qui se Le grand åge de l'empereur Tartare mirent en chemin pour retourner en augmentait encore le desir qu'ils Perse : mais l'état de trouble où se avaient d'effectuer promptement ce trouvaient plusieurs des contrées qu'il projet. Ils craignaient, s'ils per- leur fallait traverser, les obligea de daient ce puissant protecteur, de ne suspendre leur voyage, et de retourpouvoir surmonter les difficultés qui ner dans la capitale de l'empire s'opposeraient à leur retour sur le Tartare. Tandis qu'ils étaient dans sol natal. Ils s'adressèrent donc à celle position embarrassante, Marl'empereur, et le prièrent de vouloir co-Polo revint des îles de l'Océan Inbien consentir à leur départ ; mais dien, où on l'avait envoyé. Il rendit leur demande fut mal accueillie , et à son souverain un compte détaillé leur attira des reproches. « Si l'ap- de sa mission, lui soumit des obserpât des richesses, leur dit Koublai, vations qu'il avait recueillies durant est le motif de votre voyage, je ce long voyage, et lui apprit qu'on proinets de vous satisfaire au-delà naviguait dans les mers d'orient avec même de vos espérances ; mais en la plus grande facilité. Le contenu même temps, je vous préviens que de sa relation parviut aux oreiljamais je ne consentirai à vous lais- les des ambassadeurs persans, qui ser sortir de mes états. » La peine résolurent de chercher à profiter de qu'une telle déclaration fit éprou- l'expérience de ce chrétien pour ver à nos voyageurs Vénitiens fut transporter par mer et dans le golfe extrême. Mais bientôt une circons- Persique, le précieux dépôt dont ils tance particulière les tira, d'une s'étaient chargés. La famille des Polo mavière imprévue, de l'embarras et les ambassadeurs furent donc dès

où ils se trouvaient. Des ambas- lors unis de but et d'intérêt; et ils joi- sadeurs d'un prince mongol - tar- gnirent leurs efforts afin d'obtenir de tare, nommé Arghoun, arrivèrent à l'empereur la permission de quitter la cour de Koublač. Arghoun était ses états , et de s'embarquer pour la le petit-fils d’Houlagou, qui régnait Perse. Koublaï eut de la peine à s'y réen Perse, et par conséquent le petit- soudre : mais commeil ne voyait pas neveu de l'empereur. Il avait perdu d'autre moyen d'envoyer la jeune sa principale femme, princesse du princesse à son époux, il y consentit. sang iinpérial, qui, à son lit de mort, Quatorze vaisseaux à quatre mâts, ful'avait supplié, par égard pour sa rent, à cet effet , équipés et approinémoire , de ne point former d'al- visionnés pour deux ans. Quelquesliance avec aucune femme d'un rang uns de ces vaisseaux avaient jusqu'à inférieur au sien : c'est afin d'ac- deux cent cinquante hommes d’équi. complir ce veu, qu'Arghoun avait page. Lorsque l'époque du départ envoyé des ambassadeurs à Kou- fut arrivée, l'empereur Tartare fit blaï, son souverain et le chef de venir les Polo, et leur parla dans sa famille, afin d'en obtenir une les termes de la plus grande bienveilprincesse de son sang. Koublaï dé- lance : il leur fit promettre qu'après

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