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nommé Gini ou Cini. Son père, » publia jusqu'à l'âge de dis - sept quoique peu riche, l'envoya, de très- » ans, sont surprenantes, mais se bonne heure, aux écoles de Florence. » conçoivent : un poème de près de Ange y étudia, sous Cristoforo Lan- » douze cents vers en octaves itadino, les lettres latines ; sous Andro- v liennes, resté depuis ce temps nic de Thessalonique, les lettres grec- ».comme modèle et comme un moques : Marsile Ficin l'initia dans la » nument de la langue, ne se conçoit philosophie platonicienne; et Jean » pas. » Ginguené croit plus raisonArgyropule , dans celle d'Aristote. nable de retarder jusqu'à l'année Ses progrès furent si rapides , qu'il 1473, la composition des Stanze : osa commencer, bien jeune encore, Luca Pulci n'avait chanté que le une traduction d'Homère en vers la- tournoi de Laurent; Politien, à l'âtins. Ses talents précoces n'étaient ge de dix - neuf ans, chanta celui connus que de ses maîtres, lorsque de Julien , et en fut magnifiquement ses Stanze sur un tournoi où Julien recompensé par Laurent, qui diride Médicis avait brillé , en 1468, geait alors les affaires de la républilui valurent, tout-à-coup, une répu- que. Il paraît même qu'entré dans tation brillante. Dès-lors la faveur et la maison des Médicis, Politien s'est l'amitié même des chefs de la répu- peu occupé de son poème : il n'eut blique Florentine, lui furent acqui- pas le courage de l'achever, quand ses. Il ne fut reçu dans la maison il en eut vu tomber le héros sous les des Médicis , qu'à cette époque: Bois- poignards des Pazzi , en 1498: en sard, Mencke et Bayle se trompent, effet, l'ouvrage n'est pas terminé; il lorsqu'ils supposent qu'il y avait été s'arrête à la quarante-sixième stance élevé aux dépens de Côme, le Père du second livre, quand Julien ne fait de la patrie : Politien , qui a souvent encore que se disposer au combat. parlé des bienfaits dont le combla Quelle que soit la date de cette comLaurent, n'a jamais dit un seul mot position , il est certain que le jeune de ceux de Côme, qui était mort dès poète devint bientôt l'instituteur des 1464; et ce silence doit suffire con- deux fils de Laurent, et qu'ils durent tre une hypothèse qui n'est soutenue en partie à ses leçons l'éclat qu'ils d'aucune preuve positive. Ces Stanze ont jeté sur leur siècle. De ces deux qui eurent une si heureuse influence illustres élèves , l'un, Pietro , remsur la destinée de Politien, ont obte- plaça son père dans l'administration nu et mérité de si grands éloges, de la république Florentine: l'autre, elles occupent encore un 'rang si Giovanni , brilla sur la chaire de honorable parmi les chefs - d’æu- saint Pierre, sous le nom de Léon X. vre de la poésie italienne , que Les moments que Politien ne consaGinguené se refuse à croire qu'el- crait pas à leur éducation, il les don. les soient l'ouvrage d'un poète de nait à ses propres études. Peu après quatorze ans, quoi qu'en aient dit la conjuration des Pazzi, il en écrivit tous les biographies, et quoiqu'en l'Histoire en latin ( Voyez Pazzi, effet l'année 1468 soit bien celle XXXIII; 238 ): c'était encore un des jeux où brillèrent les deux fils de hommage aux Médicis ; c'était aussi Pierre de Médicis, Laurent et Julien. une relation fort instructive, que le « Les épigrammes grecques et lati- public, comme Laurent, accueillit » nes , dit Ginguené , que cet enfant avec reconnaissance. A vingt- neuf ans, Politien, appelé à remplir une la cour duquel il accompagnait l'un chaire de littérature grecque et lati- de ses disciples, Pierre de Médicis. ne, y obtint d'éclatants succès. Il Le pontife, satisfait de la version attirait à lui les auditeurs qui jus- qu'il avait commandée, écrivit une qu'alors s'étaient pressés autour de lettre au traducteur, en lui envoyant Demetrius Chalcondyle, savant grec, deux cents écus d'or, afin qu'il pût, qui ne possédait pas au même degré à l'aide de cette gratification, se que lui, l'art de plaire en instruisant. consacrer plus facilement aux traDuaren prétend que Politien ne se vaux littéraires. La situation de Pofaisait applaudir, qu'en s'appro- litien était assez heureuse pour lui priant des morceaux d'anciens au- rendre indifférents de tels cadeaux: teurs ; qu'un jour, par exemple, il pourvu, par les soins des Médicis, récitait, comme son propre ouvrage, d'abord d'un riche prieuré, puis des fragments de la vie d'Homère d'un canonicat dans l'église métro, par Hérodote , fragments qui n'é- politaine de Florence; nourri, entre taient encore ni traduits , ni impri- tenu dans le palais de ses protecteurs, més, mais que reconnut Jean Lasca. Politien, libre d'inquiétudes sur sa ris qui se trouvait dans l'auditoire. propre fortune, fouillait à loisir les Tiraboschi rejette cette anecdote, trésors de l'antiquité. Un prince qui parce qu'elle n'a été publiée qu'après s'était fait homme de lettres , Pic de la mort du professeur qu'elle incul. la Mirandole ( Voy. XXIX, 123pe. Nous ajouterons qu'il y a fort 125), partageait ses travaux et l'aipeu d'apparence qu'il ait jamais es- dait dans ses recherches. Leur zèle, sayé ou espéré d'intéresser ses audi- celui de Jean Lascaris et de quelteurs par le tissu de puérilités que pré- ques autres savants, le bon goût et sente cette Vie d'Homère , peut-être la munificence de Laurent, créèrent, mal-à-propos attribuée à Hérodote. en fort peu d'années, cette biblioDu reste, ce n'est pas le seul plagiat thèque Laurentienne, qui fut longqu'on ait reproché à Politien. Occu- temps la plus riche de l'Europe. En pé à recueillir , à corriger, à tra- disposant, en dépouillant tant de duire, à publier les manuscrits que chefs-d'oeuvre antiques, Politien fit rassemblait Laurent de Médicis, il ses Mélanges ou Miscellanea, recueil était presque impossible qu'il ne pui- d'un genre encore nouveau, qui inssât point des expressions et des idées pirait et propageait le goût de la litmêmes dans ces sources antiques. térature classique. Malgré le désorSon goût l'entraînait à les repro- dre d'un tel ouvrage, ou peut être duire ; et l'envie qualifiait de larcins même à cause de la variété et de des emprunts fort légitimes. En mê l'incohérence des articles qui le remme temps qu'il professait avec tant plissent, on le lut avec avidité; et de soin et d'éclat, il continuait de bien que Politien eût plutôt rendu un se livrer à des travaux solitaires. Dès service que composé un bon livre, 1487, il avait achevé une traduction sa réputation s'étendit dans l'Europe latine d'Hérodien , qu'on l'a fort in- entière. Après avoir professé les justement accusé d'avoir dérobée à belles-lettres, il enseigna la philosoGrégoire Tiphernas ou à Ognibene phie avec non moins de succès. Des de Vicence. Politien l'avait cntre- contrées les plus lointaines, accouprise par ordre d'Innocent VIII, a raient des élèves avides de l'entendre. Parmi eux on distinguait Will. Gro- quinzième siècle, la critique avait cyn et Thomas Linacer, deux An- pris un caractère d'amertume et de, glais, dont le premier devint pro- violence dont elle ne s'est jamais rafesseur à l'université d'Oxford; le dicalement guérie. Philelphe et Pogsecond, habile médecin et laborieux gio avaient laissé, en ce genre, des traducteur. Politien eut aussi pour exemples difficiles à surpasser : il disciples les fils de Jean Texeira, est triste d'avouer que Politien n'est chancelier du royaume de Portugal, pas resté fort au-dessous de ces mopar l'entremise duquel il obtint, du dèles. Son ennemi le plus acharné fut. roi Jean II, l'autorisation d'écrire, George Merula d'Alexandrie , célèsoit en latin, soit en grec, les expé bre professeur à Milan ( V. ce nom, ditions des Portugais dans les Indes. XXÔIII,393). Une correspondance On travaillait dans Lisbonne à ras- amicale avait existé entre eux avant semblerles matériaux de cet ouvrage, la publication des Miscellanea. Mequand l'auteur qui devait les mettre rula , trouvant dans ce recueil des en quyrc, mourut'à l'âge de quarante observations qu'il se proposait de ans, le 24 septembre 1494. S'il fal- mettre au jour lui-même, et la rélait en croire des bruits rapportés futation de quelques opinions qu'il par Paul Jove, cette mort prématu- avait déjà publiées, se fâcha, merée n'aurait pas une cause honora- naça , invectiva, et se mit à compoble : Politien, dans le délire d'une ser, contre son ancien ami, un lipassion infame, serait tombé sans belle diffamatoire, qu'à la vérité il voix, sans connaissance et sans vie n'imprima point, mais qu'il lisait à Une autre tradition, recueillie par tout venant. Politien, après quelques Balzac et par divers auteurs, donne tentatives inutiles de réconciliation, du moins à cette passion un objet se défendit par une satire, où Méplus naturel, et suppose que celui rula, dit-on, sous le nom de Mabiqu'elle consumait expira en la chan- lius , est indignement outrage: tant, ou que, de désespoir, il se brisa

Hæres relictus a parente sordido la tête contre les murs de sa cham

Spurcus, lutosus , pædicosus, hispidus, bre. A l'exemple de Serassi et de Ti

Pannosus , unetus, horridus , caprimulgus, raboschi , nous aimons mieux nous Edax, ineptus , insolens Mabilius...... en rapporter à Pierius Valerianus, Les vers qui suivent sont d'un tel cy. qui, dans son livre De infelicitate nisme, que nous n'oserions pas les Litteratorum , assure que la mort de transcrire. A la vérité, il n'est pas Laurent de Médicis en 1492, l'af- prouvé que Mérula soit désigné sous faiblissement de la puissance de le nom de Mabilius : Bayle en doute, cette maison, et les malheurs qui la malgré l'assertion de plusieurs samenaçaient en 1494 quand Charles vants, et particulièrement du FeuilVIII entra en Italie, causèrent la lant Pierre de Saint-Romuald; mais maladie sous laquelle succomba Po- que ce soit Mérula ou tout autre, litien. Durant sa courte carrière, Bartolomeo Scala, Calderino, Noremplie par d'immenses travaux, il vato, Tarcagnota, Marulle, toujours eut à soutenir plusieurs querelles lit- est-il certain qu'Ange Politien a votéraires; malheur auquel n'échap- mi contre quelqu'un ce torrent d'inpait alors aucun des beaux-esprits jures grossières. Mérula, dans les italiens. Dès le commencement du derniers jours de sa vie, au inois de

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mars 1494, déclara qu'il mourait quinzième siècle. Mais il faut compl'ami de Politien, et désavoua, dans ter encore, parmi les travaux les plus son testament, ce qu'il avait écrit estimables de Politien, ses savantes contre un si digne émule : repen, recherches , et le soin qu'il a pris de tir honorable et véritablement reli- collationner et de corriger un trèsgieux, mais qu'on a bien moins imi- grand nombre de manuscrits antité que les honteux égarements qui le ques. Il n'a point borné ce studieux provoquaicnt. Politien était fort laid, examen à des livres de littérature, à ce que dit Paul Jove: Facie ne- d'histoire et de philosophie : les moquaquam ingenud ac liberali, enor numents de l'ancienne jurisprudence mi præsertim naso subluscoque ocu- l'ont aussi occupé (V. Tiraboschi , lo. Ses ouvrages peuvent se diviser tome vi, part. 1, liv. II, chap. IV , en trois parts, selon qu'ils sont écrits n. 41): il a préparé l'édition , puen italien, en grec ou en latin. Les bliée par Zuichem , de la Paraphrase premiers ne sont pas assez nom- grecque des Institutes de Justinien., breux : car l'opinion qui lui attri- par Théophile; et le manuscrit des buait le Morgante maggiore, de Lu. Pandectes, conservé à Florence (V. ca Pulci, est dénuée de toute raison; TORELLI ), a long-temps fixé son atet nous n'avons guère ici à joindré tention : il a laissé des Remarques sur aus Stanze qu'une Canzone trans- ce Recueil célèbre. Quoiqu'il fût eccrite par Crescimbeni, et l'Orfeo, clésiastique, et obligé, en sa qualité petit poème dramatique, composé à de chanoine métropolitain, d'explila hâte avec une exquise élégance, quer au peuple l’Ecriture sainte, et que Ginguené distingue comme quoiqu'il eût étudié l'hébreu et le « la première représentation étran- droit canon, il ne paraît pas qu'il » gère à ces pieuses absurdités qu'on ait beaucoup cultivé la théologie ; » appelait des mystères. » Un livre et même, s'il fallait en croire Vi. d'épigrammes grecques , et quelques vès, il avait trop peu de goût pour épîtres dans la même langue, ont la lecture des livres saints. Melanchsuffi pour montrer que l'auteur l'a- thon dit qu'il regrettait comme pervait profondément étudiée, et qu'il dus les moments qu'il avait jadis avait acquis le talent de l'écrire avec passés à reciter son bréviaire : mais infiniment de goût et de pureté. Ses ces calomnies ont été réfutées par Quvres latines sont, en vers, des des passages de ses lettres, où il parle épigrammes, une élégie et quatre de ses exercices religieux; et d'ailpetits poèmes (Nutricia, Rusticus, leurs Tiraboschi observe que le proManto, Ambra); en prose, les testant Melanchthon pouvait avoir Miscellanea, la version d'Héro- ses raisons pour prêter au savant Flodien , d'autres traductions d'ouvra- rentin des propos aussi peu chrétiens. ges moins étendus, un éloge d’Ho- Les ouvrages d'Ange Politien auinère, des discours, quelques disser- raient été recueillis et imprimés à tations philosophiques, l'histoire de Florence dès 1482, à Brescia en la conjuration des Pazzi, et douze li- 1486, et de nouveau à Florence, en vres de lettres riches d'instruction 1497, si l'on s'en rapportait à Maitclassique, et propres aussi à fournir taire; mais ses indications sont fautid'assez précieux détails à l'histoire ves: la première édition des OEuvres. littéraire de la seconde moitié du de Politien est celle d'Alde , Ve

nise , en 1498, in-fol., et suivie de les hommages qu'y reçoivent le tacelles de Paris, Badius, 1512 et lent et la science de l'auteur des 1519, dans le même format; de Stanze et des Miscellanea, n'ont pas Lyon, chez les Gryphes , 1528, été contestés. Érasme, après avoir 1533, 1545, in-8°., 2 vol. La plus déclaré qu'Ange est d'un esprit toutcomplète a paru à Bâle, en 1553; à-fait angélique , ajoute, sans jeu c'est la seule qui renferme l'Histoire de mots, qu'il excellait dans tous les de la conjuration des Pazzi , qui avait genres de composition : rarum été publiée à part, en 1478 , in-40., naturæ miraculum ad quodcumque probablement à Florence, et que J. scripti genus applicaret animum. Les Adimari a réimprimée à Naples, in- deux Scaliger,J.-G. Vossius, Giraldi, 40., en 1769. On recherche l'édition Barth, Huet, Crescimbeni, Tirabosoriginale des Miscellanea , Florence, chi, la plupart des écrivains italiens, in-fol., 1489, plus que celles de et parmi nous Ginguené, ont porté Brescia, 1496; de Venise , 1508; le même jugement. Varillas, dans de Bâle, 1522, toutes aussi in-fol. ses anecdotes de Florence, ne donne, Les Stanze ont été imprimées à Bo. sur la vie d'Ange Politien, que des logne avec l'Orfeo (1), en 1494, in- notions incomplètes ou fausses : on 40.: il ey existe une édition sans date, consultera, avec bien plus de fruit, et sans nom de ville; on la croit de l'article de Bayle; le livre de Fred.Ot. Florence, et de la fin du quinzième Mencke, intitulé, Historia vitæ insiècle. Entre les suivantes, qui sont que litteras meritorum Angeli Poau nombre de 25 à 30, nous n'indi- litiani , Leipzig, 1736, in-4°., et querons que celles de Florence, 1513, surtout La Vita di Ang. Poliziano, in-40.; des Aldes, 1513, in-8°., à rédigée par Serassi, publiée à la tête de Venise ; des Juntes, même format, l'édition des Stanze, 1747,à Bergame, 1518, à Florence; de Padoue, chez et réimprimée dans quelques éditions Comino, par les soins des frères suivantes du même ouvrage. - Qua. Volpi, 1728, 1951, 1765, in-80.; tre autres écrivains ont porté le nom de Bergame, in-4°. , 1347; de Ve- de POLITIEN :1. Bartolomeo Polinise, in-8°., 1761; de Parme, chez Bo. ziano, qui, né aussi à Monte-Pulciano, doni, in-40.,1792;de Florence, 1794; fut l'un des secrétaires du pape Marde Brescia, 1806, in-4°. ; enfin, tin V, et contemporain de Léonard de Pise, 1806, in-fol., avec un grand Aretin, du Pogge, de Francesco Barbaluxe typographique. Les Stanze ont rò. Ils ont parlédelui non-seulement été insérées dans la Biblioteca poeti- comme d'un littérateur alors conna ca italiana , de M. Buttura , Paris, par des poésies , par d'autres producDidot, 1820, in-32. — Paul Jove a le tions, mais aussi par une excessive vapremier composé une Notice de la vie nité :il se fit construire par le Donatelet des travaux d'Ange Politien; et lo, un magnifique mausolée de marquoiqu'elle soit fort courte, on y a bre, dans l'église de Moute Pulciano, relevé plusieurs inexactitudes : mais où il a été en effet enterré, vers 1475.

- II. Gio. Maria POLIZIANO, ou plutôt

Poluziano ( Voy. l'article suivant ).
III. Giov. Angelo POLIZIANO, natif

( La meilleure édition de "Orfeo est celle de Venise, 1976, in-4. L'éditeur ( le P. Affo ) en a fait disparaître les vers saphiques à la louange du cardinal Gonzaga , que les éditions antérieures mettaient dans la bouche d'Orphée, mais que l'on n'a pas trouves dans les anciens manuscrits.

seigner la logique à Poitiers , yers

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