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gra ; Polier fut envoyé à son armée: ne voient rien par leurs yeux, le au bout de vingt jours la place se décidèrent à quitter un séjour qui rendit. Azef-oul-Doula , successeur pouvait devenir dangereux. Les cirde Souja, eut pour lui la même bien- constances le favorisaient pour renveillance que son père; mais le con trer au service de la compagnie anseil du Bengale, renouvelé en entier, glaise; le conseil-général était chanet composé d'ennemis de Hastings, gé, et bien disposé pour Hastings: le conçut tant d'ombrage contre Po- général Coote venait d'arriver dans lier, qu'il fut rappelé à Calcutta. l'Inde ; il avait de l'affection pour Celui-ci obéit, parce qu'il était en- Polier : la compagnie ne put lui recore au service de la compagnie : il fuser le rappel de cet officier. Ayant Ic quitta, lorsqu'il vit qu'il ne pou- obtenu la permission de Chahvait obtenir justice. Retourné à Fei. Aalum , il accompagna Coote à Bezabad, en septembre 1795, il ne s'y narès et dans les provinces voisines , occupa plus que de ses affaires par- et, par son crédit, fut réintégré dans ticulières ; car le nabab, circonvenu ses places chez Azef - oul - Doula. par les agens du conseil, lui avait Ce retour de fortune , d'un côté, ôté ses emplois : bientôt même il lui était le précurseur de nouveaux reintima l'ordre de sortir de ses états. vers.Un favori de Chah.Aalum, qui Polier était connu, depuis 1761, de avait les plus grandes obligations l'empereur Chah-Aalum : il n'hésita á Polier, s'empara par force de son pas à lui aller offrir ses services à djaghir, et ses emplois auprès du Dehly, et fut nommé commandant nabab furent supprimés. Hastings, d'un corps de sept mille hommes, pour le dédommager , lui fit donner avec le titre et le rang d'omrah : le le brevet de lieutenant-colonel, avec monarque lui donna aussi en pro- une exemption de service. Polier, reti. priété le territoire du Kair; ce qui ré à Lucknau, afin d'y mettre ordre répara les pertes que Polier avait à ses affaires, employa ses loisirs éprouvées par son départ sulit de à rédiger les Mémoires historiques Feizabad. Des expéditions heureuses qu'il avait composés pour Coote, contre des sujets rebelles valurent à surtout ceux qui concernaient l'hisPolier le don d'un nouveau djaghir; toire des Seikhs. Ses recherches, à mais il éprouva une difficulté inat- cet égard, le conduisirent à étudier tendue. Ses nouveaux vassaux ne vou à fond la religion et l'histoire des dant pas reconnaître son autorité, il Indous. Déjà il possédait bien l'ourfut obligé de leur faire la guerre pour douzebaïn ou langue vulgaire de l’Inson propre compte : elle ne lui doustan. Ram-Tchound, sayant panréussit pas ; l'officier qu'il employa dit seikh, qui avait été l'instituteur fut battu, et perdit la vie dans l'ac- du célèbre W. Jones , devint celui tion. D'autres tentatives n'eurent pas de Polier , qui le prit chez lui , et qui plus de succès ; et comme elles oc- écrivit, sous sa dictée, le précis des casionnaient à Policr de grandes de principaux livres sacrés samscrits; penses, rebuté d'une possession si de sorte qu'il en résulta un système précaire, il l'abandonna , et continua complet de mythologie des Indous , tranquillement son service auprès de tel qu'il a existé dans toutes ses val'empereur : les intrigues ordinaires riations , et qui , envisagé sous un à la cour des despotes de l'Asie, qui meilleur point de vue , était très

différent de l'idée que l'on s'en for- Polier avait rendu des services. La mait alors en Europe. Le travail funeste catastrophe qui termina ses terminé fut soumis à des brahmines jours l'empêcha de publier le travail et à des pandits , qui en constatèrent qu'il avait fait sur l'Inde. Une de ses l'exactitude. Polier, ayant achevé de parentes, Mme. la chanoinesse de Po. réaliser ses capitaux, partit de l'In- lier, à laquelle il avait confié ses nomde en 1788, et revit sa patrie, après breux manuscrits anglais, en tira les trente-un ans d'absence. Il s'y maria, matériaux de l'ouvrage suivant: Myet se fixa dans sa ville natale. Lá thologie des Indous, Paris, 1809, Suisse commençait, vers cette épo- 2 volume in-8°. Malheureusement que, à éprouver des troubles. Des Mme. de Polier crut devoir modifier scènes affligeantes, qui se passèrent le fonds de ce livre, et présenta un dans le pays de Vaud , décidèrent grand nombre de faits d'après ses Polier et sa famille à le quitter, en idées particulières. Ce traité a perdu 1792. Le desir de revoir la patrie de par-là l'importancequ'il devait avoir ses ancêtres l'amena en France. Il pour le sujet qu'il embrasse, et ne acheta des propriétés dans les envi- peut pas faire autorité. La riche colrons d'Avignon, espérant y trouver section de manuscrits orientaux et .la tranquillité, troublée en Suisse. de peintures indiennes, que Polier Conservant du goût pour le fasteasia. ayait formée dans l'Inde, échappa tique, il ne cessa pas de vivre avec heureusement au pillage à l'instant un luxe qui excita la cupidité des de sa mort. C'est de son fils que brigands dont cette contrée était la bibliothèque du Roi acquit eninfestée. Déjà ils avaient assassiné - suite ses manuscrits , au nombre un particulier, voisin de Polier, et de quarante deux, arabes , persans, dépouillé sa maison; on conseilla au indoustans et samscrits. Un heureux colonel de se retirer dans Avignon : il hasard avait sauvé d'avance le plus ne consentit qu'avec peine à y louer précieux de ces monumcộts : Instiune maison. Pendant qu'on la cher- iutes de l'empereur Akbar, connu chait, les brigands, bien informés, sous le nom d'Ayeen Akbery (V. entrèrent chez lui, dans la soirée, AKBAR). A son arrivée en France, et enlevèrent aux femmes qu'ils y Polier l'avait cédé, par échange, à trouvèrent, tous leurs bijoux. Une M. Langlès.D'autres manuscrits, con. autre bande, postée sur le chemin, tenant la copie complète des Vedas, arracha Polier de sa voiture , l'en- en onze volumes, in-fol., la premiètraîna dans sa maison, se fit livrer re qui fût venue in Europe, avaient tout son argent et sa vaisselle plate, été envoyés par Polier à sir Joseph et finit par l'assassiner à coups de Banks, pour être déposés au Musabre et de crosse de fusil. Cet évé- séum britannique. La collection de nement déplorable eut lieu le 9 fé- peintures fut vendue par l'hoirie à vrier 1795. Des secours arrivés d'A- M. Beckford, anglais. La plupart des vignon empêchèrent ces misérables notes origiginales de Polier, qui ford'égorger le reste de la famille, et ment plusieurs volumes in.fol. , sont d'emporter une partie de leur butin. entre les mains de son fils. Ainsi le Quelque temps après, on en prittreize, fruit des veilles de cet homme inqui subirent la peine due à leurs for- fatigable n'a pas été totalement perfaits. Il y en avait parmi eux auxquels du pour le monde savant. E . .. POLIGNAC (MELCHIOR DE), car- de leurs entretiens particuliers , il lui dinal, né au Puy en Velay, le is dit avec bonté : « Je ne sais comment octobre 1661, d'une très-ancienne ♡ vous faites : vous paraissez toumaison de l'Auvergne , est l'homme s jours être de mon avis, et c'est le plus célèbre que cette maison ait « moi qui finis par être du vôtre. » produit dans ces derniers temps. Vol. L'accominodement entre le Sainttaire, dans le Temple du Göút, en Siège et la cour de Versailles eut n'envisagéant même ce prélat que du lieu, et Polignac repassa en France, côté du mérite littéraire , et de l'ap pour en rendre compte à Louis XIV. titude aux sciences, l'appelait: " Le roi, après lui avoir accordé une

Le cardinal, oracle de la Frances..... longue audience, s'expliqua sur lvi • Réunissant Virgile avec Platon, Vengeur du ciel et vainqueur de Lacrèce.

d'une manière en apparence conIl n'est pas moins remarquable par

traire au jugement du pape, mais ses talents politiques, ei par les né

qui ne peignait pas moins bien le négociations importantes dont il fut sociale

gociateur honoré de la confiance de chargé. A une figure , à une élocu

mi tous deux : « Je viens , dit-il, d'ention et à des manières extrême

» tretenir un homme, et un jeune ment distinguées , il joignait une

v homme, qui m'a toujours contredit, éloquence d'abord douce et insi

» sans que j'aie pu me fâcher un monuante, puis mâle, et pleine de

» ment. » En 1691, il accompagna force en approchant du but. Mme de

de nouveau le cardinal de Bouillon au Sévigné a dit de lui : « C'est un des

conclave où fut élu Innocent XII. p hommes du monde, dont l'esprit

Revenu en France, il évita la cour, v me paraît le plus agréable: il sait

et s'enferma au séminaire des Bons» tout, il parle de tout; il a toute

Enfants, pour se livrer , sans dis» la douceur, la vivacité, la com

tractions, à l'étude. Mais d'après » plaisance, qu'on peut souhaiter

l'essai que l'on avait fait de sa ca» dans le commerce (1). » Échappé,

pacité comme diplomate, on songea en nourrice, au danger de périr sur

ve bientôt à le tirer de sa retraite, et on un tas de fumier où il avait été laissé

l'envoya ambassadeur extraordinaire toute une nuit, il alla faire ses étu

en Pologne (1693). Comme il était des à Paris, et annonça dès-lors ce

obligé de s'y rendre presque incogniqu'il devait être un jour. A peine to, et par mer, le bâtiment qui transachevait-il sathéologie en Sorbonne,

portait ses équipages , sa vaisselle et que le cardinal de Bouillon le pressa,

ses meubles , échoua sur les côtes de en 1689, de venir avec lui à Rome

Prusse : tout fut pillé par des Dantpour le conclave dans lequel Alexan

zickois; il courut même quelques risdre VIII, successeur d'Innocent

ques personnels. Cependant il arriva XI, fut élu. On voulut, à cette épo

heureusement, et fut accueilli par le que, qu'il prît part à la négociation

roi de Pologne, Jean Sobieski , dont qui concernait les quatre fameux

il obtint, en peu de temps, l'estime articles du clergé de France , de

et la bienveillance. Ce souverain étant 1682. Le nouveau pape goûlait

se venu à mourir (1696), l'abbé de Poinfiniment le caractère et l'esprit de

liguac employa beaucoup d'adresse ce jeune ecclésiastique. A la fin d'un

dans ses démarches pour faire élire,

une année après, le prince de Conti (1) Lellre à Coulanges, 18 mars 169a

(V.CONTI, IX, 511),ct crut avoir

å se féliciter d'un grand succes. Mais xelles, d'aller au congrès de Gertruyle parti qui s'était opposé à cette denberg travailler à une paix des élection , se prévalut, après qu'elle plus difficiles ; car il s'agissait de se fut faite, de la lenteur que le prin- soumettre à des conditions honteuce avait été obligé de mettre à se ses, pour obtenir le terme des malrendre en Pologne , lenteur dont heurs de la guerre. Extrêmement cho. l'effet fut tel , qu'arrivé trop tard, qué du ton altier des plénipotentiaires Et n'éprouvant que des obstacles hollandais , il leur disait : « On voit de toute espèce, il fallut qu'il se rem- jo bien que vous n'êtes pas accoubarquât. Louis XIV sembla croire » turnés à vaincre. » Parler ainsi, alors que son mandataire n'avait pas c'était tout ce qn'il pouvait faire pris d'assez bonnes mesures , et fit alors. Le roi , ne voulant pas abanpartir pour Varsovie l'abbé de Châ- donner la monarchie d'Espagne, teauneuf (1698). L'abbé de Polignac rappela ses envoyés"; et les conreçut l'ordre de se retirer dans son férences furent rompues. Polignac abbaye de Bon-Port; il disait lui- fnt plus heureux , deux ans après même que le nom de ce lieu d'exil au congrès d'Utrecht. Quoique de était conforme à sa situation person- jà créé cardinal in petto, il y parut nelle. Il y resta quatre années , qu'il vêtu en simple particulier , et ne s'y employa presque uniquement à aug fit appeler que le comte de Polignac. menter la masse de ses connais Lå, cette Hollande, auparavant si sances. Rappelé à Versailles, en fière et si inflexible, se voyant pri1902, il y reparut , dit M. de Boze, vée de l'appui de l'Angleterre, et avec cet éclat que la faveur elle-mêmé sentant sa faiblesse, s'humilia autant ne donne qne lorsqu'elle succède à la qu'elle avait voulu humilier la Frandisgrace, et qu'elle semble vouloir ce. Le plénipotentiaire français écril'expier. Louis XIV lui conféra deux vait : « Nous prenons la figure que nouvelles abbayes , et lui ménagea la » les Hollandais avaient à Gertruynomination d'Angleterre au chapeau » denberg , et ils prennent la nôtre; de cardinal. Voulant qu'il fût plus » c'est une revanche complète. » Les à portée de faire valoir cette nomi- négociateurs qui stipulaient pour les nation , il l'envoya, en qualité d'au- états-généraux des Provinces-unies, diteur de rôle à Rome (1906); et il soupçonnant qu'on leur cachait quel.' l'associa au cardinal de la Trémoille ques-unes des conditions de la paix dans la direction des affaires de Fran entre la France et l'Angleterre, mece auprès de la cour pontificale, où nacèrent les ministres de Louis XIV régnait alors Clément XI. Polignac de les fairesortir de leur pays: «Non, y trouva de nouvelles occasions de » Messieurs, répondit l'abbé de Pobriller et de se faire admirer. Ses » lignac, nous ne sortirons pas d'iaffaires s'étaient dérangées par les dé- » ci : nous traiterons de vous, chez penses et les pertes qu'il avait éprou- » vous et sans vous. » Tenant de la vées en Pologne : le roi lui accorda, bienveillance du prétendant l'assusur Dantzis, des lettres de représaila rance du chapeau de cardinal, il les, qui furent révoquées en 1912, ne crut pas devoir mettre sa signaau moyen d'un accommodement avec ture au bas du traité de paix qui les magistrats de cette ville.En 1910, excluait du trône le prince auquel il il fut chargé, avec le maréchal d’U. avait cette obligation; et il ne son.

pait encore avec succès de physi- plus belles urnes du Columbarium que, de mathématiques et d'anti- des affranchis de Livie , trouvées quités. Les arts lui étaient chers en 1730. Il aurait souhaité, disaitautant que les sciences. A des sui- il, être le maître de Rome, uniquetes nombreuses de médailles de tou- ment pour détourner, pendant quinze tes les grandeurs et de tous les més jours, le cours du Tibre, depuis taux, il avait ajouté une superbe col. Pontemolle jusqu'au mont Testaccio, lection de monuments antiques , qui et en retirer les statues, les tro. étaient, pour la plupart, le fruit de phées, enfin tout ce qu'on y avait jeté ses découvertes. Pendant qu'il habi- de précieux dans les temps de factait Rome, il apprit qu'un particu- tions et de guerres civiles, et pendant lier qui bâtissait une ferme, entre les incursions des barbares. D'après Frascati et Grotta-Ferrata , s'était cette idée, il avait fait niveler le tervu arrêté, en creusant des fonda- rain des environs, et pris tous les tions , par des restes d'anciens renseignements relatifs à ce projet. murs fort épais , et qu'il semblait Il aurait également desiré que l'on presque impossible de détruire. Le creusât les ruines du temple de la cardinal se persuada , en examinant Paix, brûlé l'an de J.-C. 191, sous l'emplacement, que c'était celui de l'empire de Commode ; il croyait Ja maison de campagne de Marius : que l'on devait y retrouver le chanil ordonna des fouilles ; et sa con. delier à sept branches, la mer jecture fut justifiée par un fragment d'airain, et tous les vases que d'inscription du cinquième consulat Titus y avait déposés après avoir de cet homme fameux. On continua triomphé de la Judée. Le cardinal de fouiller ; et à l'ouverture du plus de Polignac mourut à Paris, le 20 gros mur , se presenta un magnifique novembre 1741, âgé de quatresallon orné, entre autres, de six sta vingtsans. Le roi de Prusse fit achetues, de grandeur naturelle, qui ter la belle collection des statues étaient du plus beau marbre, d'únex antiques de cet homme illustre. cellent travail, et qui formaient eu- M. de Boze, dans l'Eloge qu'il en semble l'histoire d'Achille reconnu a fait, dit qu'il réunissait tous par Ulysse à la cour de Lycomède. les moyens de plaire et de séCe fut encore sous les yeux de cet il. duire; que les inimitiés, les diffélustre prélat, que se fit la décou- rends, les procès , cessaient à son Terte du palais des Césars, dans la seul aspect, ou du noins dès qu'il vigne Farnèse, sur le mont Palatin. avait dit un mot. Enfin, il lui rend ce Il excita et aida Bianchini à en pu. témoignage, qu'il semblait n'être blier la description. Le duc dc Par. fait que pour aimer et pour être me, qui avait ordonné les travaux, aimé. Outre cet Éloge, lu à la séance voulut que le cardinal de Polignac publique de l'académie des inscripacceptât un bas-relief de quatorze fi. tions, le 3 avril 1742, nous enrayons gures, qui représentait une fête d.A un du cardinal de Polignac, par riane et de Bacchus. Ce bas relief était Mairan, qui fut lu , le 4 du même enchâssé dans la plus haute marche mois, à l'académie royale des sciende l'estrade sur laquelle se plaçaient ces; un autre par le P. Charlevoix, les empereurs dans leurs audiences dans les Mémoires de Trévoux , juin publiques. Le cardinal eut aussi les 1742, p. 1053-91; et enfin sa Vie,

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