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avait entendu dire que la glace se professeurs pour la nouvelle philoformait dans cette grotte pendant sophie (V. Bern. LAMI). Ce fut par l'été et se fondait en hiver; mais M. la même raison, qu'il résista aux de Chantrans adémontré que la glace sollicitations de Clerselier et de la s'y forine en hiver , et que le phéno. reine Christine, qui voulaient l'enmène consiste en ce qu'elle s'y con- gager à écrire la vie de Descartes. serve en partie durant l'été Voy. Alors le P. Poisson se jeta dans une le Journal des mines, tome iv). autre carrière, où il éprouva des

W-s. tracasseries bien plus fatales encore POISSON (NICOLAS-JOSEPH ), fils à son repos. Il fit, en 1677, un voyad'un marchand de Paris, entra dans ge à Rome, sous divers prétextes, la congrégation de l'Oratoire, en mais avec la mission secrète des 1660, à l'âge de vingt-trois ans, évêques d'Arras et de Saint-Pons, après avoir fait ses trois cours de pour présenter à Innocent XI un théologie en Sorbonne. Il commen- mémoire, composé par Nicole, afin ça à se faire connaître par une lettre d'obtenir de ce pape la condamna, insérée, en 1668, dans le Journal destion de plusieurs propositions de savants, où il soutint contre Anzout morale relâchée, qui avaient cours de l'académie des sciences, que l'ouïe dans les écoles, et qui furent effecn'a aucun avantage sur les autres tivement condamnées, en 1679, au sens, et qu'on ne peut pas juger de nombre de 65. Il était de plus charcombien de degrés une lumière est gé d'agir auprès du même pontife en plus grande qu'une autre, comme faveur de M. de Caulet, évêque de l'on juge de combien de tons, un son Pamiers, dans l'affaire de la Regale. est plus aigu qu'un autre son. Il mit Les rapports fréquents que ces deux au jour, la même année, le Traité commissions lui donnaient avec le de la méchanique de Descartes, pape et avec les cardinaux, causèrent suivi de lAbrégé de musique dú de l'ombrage aux émissaires de la même auteur, traduit du latin en cour de France : le secret de sa misfrançais, avec des Éclaircissements ' sion fut absolument découvert par et des Notes, Paris, 1668, in-4°. Trois un Espagnol qu'il avait pris pour ans après, parut son Commentaire transcrire les pièces de sa négociaou Remarques sur la Méthode du tion. Le P. Lachaise, et M. de Har. même philosophe, Vendôme, 1671, lay, archevêque de Paris, sur lequel in-8°. Ce n'était - là qu'un essai dú il s'était exprimé assez légèrement, Commentaire général qu'il se pro- obligèrent les supérieurs de la conposait de faire sur toutes les ouvres grégation de le rappeler. Il obéit, de Descartes; et ses essais en ce genre malgré les offres que lui fit le pape, prouvent qu'il était très capable pour l'attacher à sa cour, et partit d'exécuter une pareille entreprise: pour Lyon, après avoir passé un an mais il y renonça par la crainte de en Italie. Ayant voulu se rendre secompromettrc sa congregation, alors crètement à Paris, dans le dessein en butte à la persécution des péri- de s'y justifier, il trouva sur la roupatéticiens, à cause du zèle de ses te une lettre de cachet qui le reléguait

à Nevers. M. Valot, évêque de cetle 463-77; et par Cossigny, dans une Lettre à Réau- ville, le fit son grand-vicaire, lui conmur, insérée dans le tome 1er. des Mémoires des savanis étrangers.

fia le gouverneinent de son séminaire, se l'adjoignit dans toutes ses visites, que l'opinion de Descartes sur l'eset l'employa utilement dans les mis- sence de la matière, porte atteinte sions, où il réussit å ramener grand au mystère de l’Eucharistie ; que la nombre de protestants à l'Église. defense faite par le roi, d'enseigner Après la mort de ce prélat, en 1705, la philosophie de ce grand homme, le P. Poisson se retira dans la mai- était sujetie à beaucoup d'inconvéson de l'Oratoire de Lyon, où il nients; — sur la comparaison des armourut, le 3 mai 1710, d'une mala- mes des Romains avec celles des modie que lui avait causée sa trop grande dernes; - un Traité des bénéfices; application au travail. Outre les ou un des Cérémonies de l'Eglise; vrages déja cités, on a de lui : 1. Acta une Description de Rome moderne; ecclesiæ Mediolanensis sub sancto — des Miscellanea. T-D. Carolo, Lyon, 2 vol. in-fo., 1681 et POISSON (RAIMOND'), fils d'un 83; ouvrage curieux par un grand habile mathématicien, perdit son pènombre de pièces que l'éditeur avait re fort jeune. Le duc de Créqui, goutraduites de l'italien en latin : cette verneur de Paris, voulut prendre soin publication devait être suivie de de sa fortune; mais, entraîné par son celle de plusieurs pièces inédites du goût pour la comédie, Poisson abanmême saint; mais le P. Lachaise l'en donna son protecteur, et s'enrôladans empêcha, à cause de certaines lettres une troupe de province. Louis XIV, qui pouvaient déplaire aux Jésuites ; dans un de ses voyages, ayant aselles ont été publiées depuis. II. sisté à la représentation d'une pièDelectus actorum Ecclesiæ univer. ce où jouait Poisson , fut si satisfait salis, Lyon, 1906, 2 vol. in-fo, Cet de son talent, qu'il le nomma l'un de abrégé, destiné à l'usage de ceux qui ses comédiens , et prit la peine de n'ont pas la facilité de lire les gran- le réconcilier avec le duc de Créqui. des collections , est le plus ample Colbert fut le parrain d'un des enqu'on ait en ce genre. Les notes de fants de Poisson. Celui-ci adressait l'éditeur , qui remplissent près de la quelquefois au ministre, et même au moitié du second volume, sont sa- roi, des demandes en vers, où il y vantes et pleines d'intérêt. On voit, avait aussi peu de dignité que de tapar la correspondance inédite du P. lent : la difficulté de soutenir une Poisson, qu'il était en commerce de nombreuse famille pouvait faire lettres avec un grand nombre de sa. excuser en lui ce tort , qui lui était vants, surtout de France et d'Italie, commun avec beaucoup de poètes La relation manuscrite de son voya- du temps. Il a laissé au théâtre la ge dans ce dernier pays, contient réputation d'un acteur inimitable beaucoup d'anecdotes curieuses , sur par le paturel. On a souvent répété les hommes de lettres de cette con- que ce fut lui qni imagina le persontrée. L'abbé Goujet en a tiré un nage de Crispin; qu'il l'introduisit grand parti dans son supplément de dans ses pièces, et le joua lui-même : Moreri. Parmi les autres manuscrits mais la comédie de Crispin muside Poisson, on trouve une vie de cien, par Hauteroche, était antéCharlotte de Harlay-Sancy, dégagée rieure aux principales pièces de Raides détails minutieux qui déparent mond Poisson. Il est aussi de tradisouvent ces sortes d'ouvrages; dif- tion qu'il avait donné des bottines à férentes Dissertations, pour prouver ce personnage, pour dissimuler la

maigreur de ses jambes : d'autres di- dis-sept ans, laissant plusieurs ensent qu'il n'avait fait en cela qu'imi, fants.

A-G-R. ter le costume des valets d'alors, qui ; POISSON ( PHILIPPE ), fils du ne pouvaient faire leurs courses qu'en précédent et petit-fils du comédien bottines, attendu que la plupart des Raimond Poissun, naquit à Paris , rues de Paris n'étaient point encore au mois de février 1682. Après pavées. Auteur en même temps que avoir joué pendant cinq ou six comédien, il a donné au théâtre : Lur ans, avec succès, dans le tragique bin , ou le Sot vengé, en un acte et et surtout dans le haut comique , en vers de quatre pieds ; le Baron il se retira à Saint-Germain, où de la Crasse; le Fou de qualité, il mourut le 4 août 1743 , âgé de lAprès-souper des auberges; les 60 ans. On a de lui dix comédies : Faux Moscovites; le Poète basque; le Procureur arbitre, la Boite de les Femmes coquettes; la Hollande Pandore, Alcibiade, l'Impromptu malade; et les Fous divertissants, de campagne, le Réveil d Epimed'où Dancourt å tiré un acte qu'il á nide, le Mariage par lettre de chanfait jouer sons le titre du Bon solo ge, les Ruses d'amour, l'Amour dat, et dont le sujet a été traité de secret, l'. Imour musicien et l'ACpuis aux Italiens par Anseaume, trice nouvelle. Ces pièces , suivies de dans le Soldat magicien. On attri- quelques poésies fugitives très-mébue encore à Poisson l'Académie diocres, forment 2 vol. in-12, Paris, burlesque , et le Cocu battu et con- 1741, et, réunies aux oeuvres de Raitent. Ses autres pièces forment 2 vol. mond Poisson, 4 vol. in-12, 1743. in-12, Paris, 1687, 1743 : l'inven- Le Procureur arbitre et l'Impromptu tion en est faible; mais il y a une de campagne sont restés au théâtre. certaine verve comique dans l'exé- Le premier de ces ouvrages est une cution : il règne dans le dialogue un pièce épisodique, où tous les per. genre de gaité dont le goût du pu- sonnages ne sont pas également heublic actuel ne s'accommoderait guém reux; mais celui du Procureur plaît re. Le Baron de la Crasse est resté par la droiture et la noblesse de long-temps au théâtre. Poisson, ses sentiments. L'intrigue de l'Imné à Paris, y mourut en 1690. promptu de campagne est extrême. Paul Poisson, fils du précédent, nément légère, mais l'idée en est gaie, à Paris, en 1658, et qui avait été et le dialogue facile et naturel; on en quelque temps porte-manteau de a retenu quelques vers : on y desireMonsieur, frère de Louis XIV, rait plus d'élégance et de correction. succéda, en mars 1686, dans l'em- L'Actrice nouvelle ne fut point ploi des Crispins, à son père , retiré jouée, parce qu'une fameuse comé du théâtre; mais il ne composa pas dienne du temps crut se reconnaître de comédies. Après avoir fait, com- dans la peinture un peu satirique du me acteur, les délices du parterre, principal personnage. Voisenon nous il abandonna la scène, le jer. août apprend que Poisson était le bel-es1924, et alla s'établir à Saint-Ger. prit de la maison de madame de main avec sa femme, née Gassand- Carignan; et il ajoute que ses coméDucroisi, qui avait été comédienne dies, quoique froides, étaient plus jusqu'en 1694. Il mourut le 28 de amusantes que lui. Madame de Gocembre 1735, à l'âge de soixante- mez était sa sæur, et François. Ar

noult Poisson de Roinville, son frère. études furent dirigées par un père

Ce dernier débuta , le 21 mai éclairé, qui était pharmacien ; il alla 1722, par le rôle de Sosie, dans les continuer à Paris , et ne négligea Ainphitryon; il fut reçu au mois de rien pour s'instruire de tout ce qui est juillet 1723, et mourut le 24 août relatif à la pharmacie : mais c'était 1753. C'était malgré son père, qu'il l'état de médecin qu'il voulaitembrasavait pris l'état de comédien. Paul ser. Presque dès le moment de son Poisson l'avait mis au service, en lui agrégation à la faculté, il eut la vofaisant obtenir une compagnie de ca- gue dans l'exercice de l'art de guérir. valerie: mais il la quitta , s'embar. Il obtint, en 1746, le grade de docqua pour les Grandes- Indes, et, re- teur; et trois ans après il eut l'avenu en France, suivit quelques trou. grément du Gonvernement pour pes d'acteurs de province. Quand il remplacer, moyennant finance, dans se crut en état de remplir les rôles de sa chaire, Dubois, professeur de chison père, et de son grand - père, il mie au collége de France. Il garse rendit secrètement à Paris en da cette chaire jusqu'en 1777. Peu de 1722, et sollicita, sous main, un or- matières scientifiques lui étaient drededebut. Le père, en ayant eu con- étrangères, et il parlait sur toutes naissance, employa tous les moyens avec autant de correction que de fapossibles pour s'opposer à ce dé- cilité. Helvétius, père de l'auteur du but, craignant de voir déshonorer livre de l'Esprit, ne pouvant plus , un nom, devenu célèbre au théâtre. en raison de son grand âge et de ses François Poisson ne perdit pas cou. infirmités, se livrer à ses fonctions rage; il alla trouver un ami de Paul, d'inspecteur des hôpitaux militaires, et fit demander à celui-ci la permisé le choisit en 1754(peu de temps avant sion de jouer devant lui tel rôle que sa mort), pour son suppléant. Pois. lui-même choisirait. Celui de Sosie sonnier fit, en 1758, un changement dans Amphitryon ayant été désigné, assez important dans les formules lale jeune Poisson se tira si bien de tines des médicaments pour les hôpicette épreuve, que son père, l'em- taux, et fournit celles qui manquaient. brassant avec des larmes de joie, Ayant appris tout ce qui , théoriquereconnut son sang, et alla solliciter ment, est relatif aux maladies, trop en personne la réception d'un aussi communes dans les camps et dans les bon comédien. Outre les Crispins, armées, il voulut acquérir la praFrançois Poisson se chargea destique : il demanda donc, et on lui marquis ridicules et des rôles de ca- accorda la place de premier méderactère outrés. Grimm , dans sa Cor- cin des cent mille hommes qui serrespondance (première partie, to vaient en Allemagne, en 1757 et me 1 ), donne les plus grands éloges 1758. Vers la fin de cette dernière à cet acteur, le dernier de sa race. année , il reçut du Gouvernement

A-G-R. l'ordre d'aller en Russie, pour conPOISSON. Voyez MARIGNY et tribuer, disait-on alors, au rétablisPOMPADOUR.

sement de la santé de l'impératrice POISSONNIER (PIERRE-Isaac), Elisabeth ; mais, en réalité, la cour médecin et chimiste, naquit à Dijon, de Versailles desirait avoir un homle 5 juillet 1720, d'une famille très- me qui pût s'occuper avec cette prin. ancienne de cette ville. Ses premières cesse , ou à portée d'elle, de négo

ciations secrètes. Elle accueillit Pois. vers des occupations analogues. La sonnier de la manière la plus flatteu- place d'inspecteur et de directeurse. L'étiquette ne permettait pas que général de la médecine, de la chirurla czarine admit à sa table ceux qui gie et de la pharmacie des hôpitaux, n'étaient pas révêtus du titre de dans les ports de France et dans les lieutenant-général de ses armées. Il colonies, manquait encore à la ma. fallut bien le donner au médecin rine: il n'eut pas de peine à prouver français, et il 'en porta les mar- la nécessité de la créer, et il en fut le ques distinctives. Alors Poissonnier premier titulaire. Il conserva cette eut presque tous les jours l'hon- place jusqu'à ce qu'elle fût supprimée neur d'être le convive d'Elisabeth. Il en 1791, et même long-temps après, profita de l'estime et des égards quoiqu'il n'en touchât plus les honoqu'elle lui témoignait pour remplir raires, qui se montaient à quatorze la mission dont il était chargé, et mille francs. Il avait établi, en 1968, la remplit avec succès. Mais fatigué, des cours d'anatomie, de chirurgie au bout de quelque temps, du rôlé et de botanique, et institué des conqu'il jouait, et craignant les orages cours dont il était le jnge. Jamais de cour dans lesquels il pouvait être la marine n'a eu des officiers de sanprécipité ; enfin, déterminé princi- té aussi instruits que pendant le temps palement parl'amour du pays, il sol- que Poissonnier dirigeait cette parlicita son retour en France. L'impé- tie du service militaire. Il fut surtout ratrice ne négligea rien pour le re- utile, en 1779, lorsqu'une épidémie tenir ; tout fut inutile. Il partit exerça ses ravages surles flottes com. comblé de dons et de témoignages binées de France et d'Espagne, qui ne de regrets. Arrivé à Paris, en 1961, purent se dispenserde rentrer dans le il descendit chez le duc de Choiseul. port de Brest. Poissonnier fut enferCe ministre avait seul reçu les dé- mé, pendant le règne de la terreur, pêches de Poissonnier, qu'il mettait, dans la prison de Saint-Lazare, avec aussitôt , sous les yeux de Louis sa femme et son fils. La chute de RoXV: ce inonar que les lisait avec le bespierre lui fit recouvrer sa liberté. plus grand intérêt. M. de Choiseul Ses écrits sont en petit nombre. Elie noulut persuader au docteur de con- Col de Vilars, membre de la faculté sacrer le reste de sa vie à la diploma- de médecine de Paris, avait publié tie; celui-ci s'entint à demander letître un Cours de chirurgie incomplet : honorifique de conseiller d'état , qui Poissonnier le termina, en 1742, par lui fut donné sans fonctions et sans un cinquième volume , qui traite des appointements. On y joignit une pen- luxations et des fractures; et par un sion de 12 mille livres ; mais Pois- sixième volume, publié en 1960, sonnier renonça dès-lors aux 9 mille qui est un Dictionnaire français-latin livres attachées annuellement à la des termes de médecine et de chirurplace de médecin consultant du roi, gie. Il imprima encore, en 1783, un dont il avait été gratifié en 1958. Abrégé d'anatomie à l'usage des En partant pour Pétersbourg, il élèves en chirurgie dans les écoles avait sacrifié son état et une clien- de la marine. Cet abrégé n'est que telle aussi brillante que nombreu, la rédaction des leçons de Courcelles, se. N'ayant plus les mêmes ayan- premier médecin de la marine à Brest. tages à espérer, il tonrna ses ynes Poissonnier leur donna le complé

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