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la mère Jacqucl. Bonctlede Blemur, religieuse du Saint-Sacrement, d'après le conseil de quelques personnes pieuses, en retoucha le style , qui avait vieilli, et le publia sous ce titre: Les grandeurs de la mère de Dieu (Voy. Bouette, tomeV, p., 289). V. La science des saints, ibid., i638, in-4°. Le P. Poirey avait laisse en manuscrit un Recueil de méditations, que ses confrères publièrent à Tournon, 1641, in-4°. W—s. POIRIER (D. Germain) savant bénédictin de la congrégation de Saiut-Maur, né à Paris le 8 janvier 1734 , embrassa la vie monastique avant l'âge de quinze ans, et fut bientôt jugé digne, par ses supérieurs , de professer la philosophie et la théologie dans les maisons de son ordre. Nommé secrétairedu visiteurgénéral de la province de France, il se démit de cette place, et accepta eelle de garde des archives de l'abbaye de Saint-Denis, qui convenait mieux à ses goûts. Il mit ces archives dansun nouvel ordre,étudia lesnoinbreux monuments qu'elles renfermaient , et acquit ainsi de profondes connaissances dans l'histoire et dans la diplomatique. Eu 176a, D. Poi. rier fut choisi pour travailler à la 'continuation du Recueil des histo, riens de France ( V. D. Bouquet); . aidé deD.Précicux,son confrère, il en publia le onzième volume qui contient le règne de Henri I.or, et dont la préface est, au jugement de M. Dacier, nn des ouvrages les plus solides que nous ayons sur le gouvernement de la France au commencement de la troisième race de nos rois. D Poirier sortit, en 1765, de sa congrégation par suite des troubles dont elle était agitée ; mais les regrets et le repentir l'y ramenèrent dix

ans après. Ce temps n'avait point été perdu pour ses études favorites. Il fut nommé, vers 1780, garde des archives de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, et membre du comité établi par le Gouvernement, pour préparer une collection desdiplomes et des chartes du royaume, qui fut pour la France ce que celle de Ry mer estpourl'Angleterre ( F".rymer). En 1785, D. Poirier fut admis àl'académiedes inscriptions, comme associé libre. Pendant les troubles de la révolution , il fut attaché successivement à la commission des monuments et à la commission temporaire des arts; et l'on dut à son zèle et à son activité la conservation d'un grand nombre de précieux manuscrits. Après l'incendie de la bibliothèque de Saint-Germain -dès-Près (20 août 1794), il resta seul au milieu des ruines pour veiller à la garde des manuscrits que les flammes avaient épargnés. En 1796, il fut nommé sous-bibliothécaire à l'arsenal; et en 1800 , il remplaça Le Grand d'Aussy à l'Institut. Ce respectable religieux mourut subitement, le 2 février i8o3, à l'âge de soixante dix-neuf ans. Nous emprunterons quelques traits à l'Eloge que M. Dacier a publié de son savant confrère, pour faire connaître toutes les qualités de D. Poirier. « Il joignait, dit son éloquent panégyriste, â un savoir devenu très-rare, une modestie qui ne l'était pas moins; il travaillait pour le plaisir de travailler, et pour satisfaire le besoin qu'il avait de s'instruire, sans désirer d'en recueillir d'autre fruit : delàvenaitsafacilité à communiquer ses recherches aux gens de lettres qui avaient recours à lui, à les leur abandonner même entièrement , sans espoir d'aucun retour. Quelqu'un lui témoignait un jour sa surprise de ce-qu'iln'étaitpas même nomme dans un ouvrage auquel il avait eu beaucoup de part (['Art de vérifier les dates ): « Je m'y suis oppose', répondit-il; j'ai appris beaucoup de choses que je ne savais pas : j'ai employé mon temps utilement pour les lettres et pour un homme que j'estime: il est mon oblige'; je serais le sien s'il avait parlé de moi. » Sa simplicité extérieure annonçait celle de son ame : depuis la destruction des ordres religieux, un habit de l'étoffe la plus grossière était son seul vêtement pour toutes les saisons , et il le portait jusqu'à ce qu'il fût absolument hors d'état de servir. Sa sobriété et sa tempérance n'étaieut pas moins remarquables; les légumes les plus communs, cuits sans assaisonnement et même sans sel. ,du pain et de l'eau étaientsa nourriture. Ceux qui savaient qu'il jouissait depuis long-temps d'un traitement assez considérable pour qu'il vécûtd'unetouteautre manière, nelui connaissant d'ailleurs aucun goût dispendieux, l'auraient facilement soupçonné d'en avoir un tout contraire. Sa mort seule a révélé le secret des vertus qu'il cachait avec autant de soin qu'il enaurait pu mettreà cacher des défauts. Les témoignages de gratitude, et les bénédictions des pauvres avec lesquels il partageait sa fortune, et dont plusieurs étaient d'anciens religieux de son ordre, témoignages écrits , et trouvés, avec quelques pièces de monnaie , dans son secrétaire, étaient tout son trésor : il était mal vêtu pour empêcher qu'ils ne fussent nus ; il vivait de privation pour pouvoir les nourrir; il se faisait volontairement pauvre pour soulager leur pauvreté : ses dépenses ne s'élevaient jamais au-dessus de quatre ou cinq cents fr. par an; le

reste de son revenu appartenait à l'indigence et à l'amitié. » D. Poirier, est auteur de plusieurs Mémoires lus dans les séances de l'académie dont il était membre : une Dissertation sur le saurolère'dcs lances grecques et romaines ; — de Nouveaux éclaircissements surles ouvrages de Guillaume de Nantis et de ses continuateurs , pour servir de suite aux i?echerches de Sainte - Palaye sur cet historien (V. Sainte-palaye);Notice des deux manuscrits de la bibliothèque du roi, touchant le procès de Robert d'Artois, etc. — les Circonstances et les véritables causes de la mort de François de Bourbon , comte d'Enghien, à la Rochesur- Yon, en 1546; — Examen des différentes opinions des historiens anciens et modernes, sur l'avènement de Hugues Capet à la couronne de France. Ce dernier Mémoire est imprimé daus le tome 5o du Recueil de l'acad. des inscriptions. Il a publié , avec Vicq d'Azir: Instruction sur la manière d'inventorier et de conserver tous les objets qui peuvent servir auxarts, aux sciences et à l'enseignement, Paris, an 2 ( 1794). in-40. VEloge de D. Poirier, par M. Dacier , imprimé en 1804, in-8°., a été inséré dans le premier volume du Nouveau Recueil des Mémoires de l'acad. des inscriptions. W—s.

POIS ( Antoine Le ), médecin et numismate, naquit en i5a5, àNanci, d'une famille qui a produit plusieurs hommes de mérite. Son père, apothicaire du duc de Lorraine , l'envoya faire ses études à Paris, sous le célèbre Jacques Dubois {SjU vius ), qui le rendit bientôt fort habile dans la connaissance des langues anciennes, et des différentes parties de l'art de guérir. Après avoir pris ses degrés , il revint à Nrmci, où sa réputation l'avait précédé, et il ne tarda pas d'obtenir la place de premier médecin du duc Charles III. Dès-lors il partagea son temps entre les devoirs de sa charge et l'étude des médailles, dont il avait formé «ne collection intéressante (i). Il mourut en 1578, laissant en manuscrit un ouvrage curieux de numismatique, que Nicol. Le Pois,son frère, dont l'article suit, a publié sous ce titre : Discours sur les médailles et gravures antiques, principalement romaines , etc., Paris, 1579, in-4°. Ce volume, rare et recherché ( Voy. le Manuel du libraire, par M. Brunet ), est orne du portrait de l'auteur et de vingt planches de médailles , gravées par Pierre Wocriot, orfèvre et graveur de Bar-le-Duc. — Nicolas Le Pois , en latin Piso, regardé comme l'un des meilleurs médecins du seizième siècle, était né en 1527, à Nanci. Il suivit, avec son frère, les leçons de Jacq. Sylvius, et

Îiartagea ses succès dans l'étude des anguesetdel'art médical, qu'il cultiva toute sa vie avec une ardeur infatigable. II lui succéda dans la charge de premier médecin du due de Lorraine, et mourut au mois d'août 1587, ne laissant d'autre fortune à ses fils que l'exemple de ses vertus et de son noble désintéressement. Dans l'espoir d'être utile à ses enfants, il avait extrait des meilleurs livres de médecine,la description et le traitement des maladies, et y avait joint le résultat de ses propres observations : sur l'invitation de Foës, son ami, il mit au jour cet ouvrage, sous ce titre , De cognoscendis et curan

(1) Ant. Le Pois M flattait de poeaeaVr iiue medaiJJe en ur de Pesccnniua Niger, et it ne regardait vta» cette puce comme unique ( Voy. sou Dîtcauri p.3). ........

dis prœcipuè internis humani corporis morbis, libri très; et de febribus liber unus, Francfort, 158o, in-fol., i585,in-8°. Le célèbre Boerhaave Bna donné une édition, Leyde, 1736, 2 vol. in-4°., enrichie d'une belle Préface que dom Calmet a traduite en français, et insérée dans la Bibliothèque de Lorraine : il a été réimprimé depuis à Leipzig, 1766,1 vol. in-8°. W—s.

POIS (Charles Le), en latin Carol. Piso, l'un des meilleurs médecins observateurs qui aient paru depuis la renaissance des arts, naquit à Nanri, en 1563. Son père , Nicolas Le ^ois, connaissait tout le prix d'une bonne éducation : aussi l'envoya-t-il, des l'âge de treize ans , au collège de Navarre , à Paris; et, malgré sa grande jeunesse , l'élève s'appliqua toujours , avec une égale ardeur , à l'étude des langues anciennes , des lettres et de la philosophie. Reçu maîtreès-arts en I58i , il entra, la même année, à l'école de médecine, où il suivit les leçons de Duret, de Piètre et de Marescot, trois des plus savants professeurs de l'université. En i585,ilserendità Padoue, pour entendre Alex. Massaria, que ses talents avaient fait connaître dans toute l'Europe ( Voy. Massaria , XXVII, 400 ). Après avoir terminé son cours, il visita les principales villes d'Italie, et revint, en i588 , à Paris, se présenter pour soutenir ses examens. Le peu de fortune qu'il avait hérité de son père , ne lui permit pas de prendre le doctorat, et il se contenta du grade de licencié. A son retour en Lorraine , il fut accueilli par le duc Charles, qui le nomma son médecin-consultant, et lui marqua toujours depuis une extrême bienveillance. Ce fut à la solli

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congesteeque in honorarium ejus tumulum, Pont-à-Mousson, 1609, in-4°. Cest uu recueil de vers que Le Pois avait composés à la louange du duc de Lorraine, son bienfaiteur. II. Sêlectiorum observationum et consiliorum de prœtervisis hactenùs morbis, affectibusque preeter naturam, ab aqudseu serosd colliwie et , diluvie ortis, liber singularis, etc., ibidem, 1618; Paris, i633,in-4<>. C'est cet ouvrage qui assure à Le Pois la réputation méritée d'un grand et habile médecin :il a été souvent réimprimé; la meilleure édition est c'«lle qu'a donnée Boerhaave , Leyde, 1 T33 , reproduite à Amsterdam , 1768 , in-4% avec une Préface , dans laquelle l'illustre éditeur recommande ce livre à ses élèves, comme un de ceux où ils trouveront le plus à profiter. Bernard Langwedel en a extrait quelques observations choisies , qu'il a publiées sous ce titre : Carolus Piso enucleatus , sive Observationes medicœ Pisonis, Leyde, Elzevier, i63g, petitin-îa. III. Physicum eometœ spéculum ,. Pont-à-Mousson, 1619, in-8°.Dans cet ouvrage, composé à l'occasion de la comète qui avait effrayé une partie de l'Europe l'année précédente, Le Pois soutient, d'après Aristote, que les comètes sont des météores ignés, formés des exhalaisons de la terre ; et, d'après cette explication , il cherche à montrer comment elles peuvent présager des maladies pestilentielles , etc. On ne doit pas oublier que Le Pois n'était pas astronome , et qu'à l'époque où; il écrivait, la théorie des comètes était peu connue (Voy.Tycho-BRA). IV. Discours de la nature, cause et remèdes tant curattfs que préservatifs des maladies populaires , ibid., 1623, in-ij. Le Pois a laisse, en manuscrit, plusieurs ouvrages , entr'autres un Cours pratique de médecine, dont ses amis et ses élèves souhaitaient la publication. On trouvera des de'tails sur ce médecin, dans la Biblioth. de Lorraine, et dans le Dictionnaire de Chaufepié. W—s.

POISSENOT (philibert), savant philologue, né à Jouhe, près de Dole, au commencement du seizième siècle, embrassa la vie religieuse dans la congrégation de Cluni, et, après avoir achevé ses études au collège de Saint-Jérôme (i), fut reçu docteur en droit canon. Il obtint ensuite de ses supérieurs la permission de visiter l'Allemagne et l'Italie, et recueillit, dans ses voyages, un grand jiombre de manuscrits précieux, dont il enrichit la bibliothèque de SaintJérôme. Les talents de Poissenot et son zèle pour propager le goût des lettres dans le comté de Bourgogne, lui méritèrent labicnveillance de l'empereur Charles-Quint, qui lui confia plusieurs commissions honorables, et le récompensa de ses services par le don de riches bénéfices. Il en employa les revenus à soutenir les jeunes gens qui annonçaient des dispositions pour l'étude, et a leur faciliter l'entrée de la carrière à laquelle ils se destinaient. Nommé principal du collège dont il avait tant contribué à accroître la réputation, il fut en même temps revêtu du titre de vicechancclier de l'université de Dole, et mourut en cette ville, le 12 août 1556. C'est à Poissenot qu'on est redevable de la publication de YHis

(i) Ce collège fut fondé à Dole, en I'i9Î, par Afitnîne de Roche, grand-prieur de Cluni, Ttui Jui .assigna des revenus su/lisants pour l'entretien des maîtres, et d'un certain nombre de boursiers. Les etndes faites à Saint-Jérôme serraient pour les grades, comme si elles eussent été faites à l'université; cet établissement a subsisté jusqu'à la révolution.

toire de Guillaume de Tyr, qu'il fit imprimer à Bâle, en i54<), in-fol. ( Voy. Guillaume , XIX, 146. ) Il l'a dédiée à Christ. Coquille, grandprieur de Cluni, par une Epître qui contient des détails curieux pour l'histoire littéraire du seizième siècle.—Poissenot (Bénigne), littérateur , né à Langres, vers l'année i55o, étudia la jurisprudence, visita ensuite l'Italie pour satisfaire sa curiosité, et revint à Paris exercer l'état d'avocat. Il acheva d'y dépenser son patrimoine, et se trouva fort heureux d'accepter une place de régent dans un collège. On ignore l'époque de sa mort; mais on peut présumer que le chagrin et la misère abrégèrent ses jours. On a de lui :I. L'Esté, contenant trois journées sont déduits plusieurs histoires et propos récréatifs tenus par trois écoliers; avec un Traité paradoxique fait en dialogue, auquel est montré qu'il vaut mieux être en adversité qu'en prospérité, Paris, 1583, in-16. Ce petit volume est rare et recherché des curieux. La Monnoie croit que Poissenot intitula sou livrerjEife, par imitation de Jacques Y ver, qui, onze ans auparavant, en avait publié un sous le titre de Printemps d'Ft>er( V. ce nom). W.Nouvelles histoires tragiques; avec une Lettre à un ami, contenant la description d'une merveille, appelée la Froidière, vue par l'auteur en la Franche Comté de Bourgogne, Paris, i586, in-16. Cette merveille, dont parle Poissenot, est la glacière naturelle, connue sous le nom de la Chaux, ou de la Grâce-Dieu, située à cinq lieues de Besançon (2). 11

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