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ver que l'homme naît religieux et mation de la société civile, et ont bienfaisant. C'est vers ce temps, donné au plus vaste empire une duqu'il fut nommé chanoine de Cam- rée de près de trois mille ans : des brai (1968): mais Paris était resté Introductions et des Avant-propos, le centre de ses affections ; et il se font bien connaître l'objet et le degré regardait ailleurs comme en exil. Le de mérite des livres de Confucius ; chapitre lui donna une preuve d'es- de Tseu-ssé, petit-fils de ce législatime, en le choisissant pour char- teur, de Memcius ou Meng - tseu, gé des affaires du diocèse dans la disciple de Tseu-ssé ; de Tsein on capitale. En 1795, l'abbé Pluquet fut Tseng-tseu, disciple de Confucius; et nommé, par le gouvernement, cen- de Tchu-hi, qui vivait vers l'an 1105 seur pour la partie des belles lettres: de l'ère-chrétienne (V. Tcuu-ni). La chaque faculté avait alors les siens; publication des livres classiques de et le nombre des censeurs royaux la Chine n'était pas encore terminée, s'élevait, au commenceinent de la lorsque le savant traducteur fit pa-révolution, à cent-soixante-dix-huit. raître són Essai philosophique et La chaire de philosophie morale, politique sur le luxe, Paris, 1986, instituée par Louis XVI au collégede 2 volumes in-12. Une question imFrance, fut conférée à l'abbé Pluquet, portante, devenue l'objet de tant de en 1776 : deux ans après, il occupa controverses , et qui est encore un la chaire de professeur d'histoire au problème à résoudre, celle des avanmême collége. Sa profonde étude de tages ou des désavantages du luxe la philosophie lui servit à éclairer les dans les sociétés policées, est traitée, cxemples du bien et du mal, que pré- dans cet ouvrage, avec une raison sente l'histoire, par les plus saines solide, et un esprit réfléchi; mais maximes de la morale et de la poli- peut-être l'auteur a-t-il trop prétiqne. Il donna sa démission de pro- féré, à l'élégance du style, la for fesseur en 1782 , et reçut le titre de ce du raisonnement et la solidité professeur honoraire , avec voix dé- des preuves. En general, c'est l'élodélibérative dans toutes les assem- quence et la chaleur qui manquent blées. Libre des soins de l'enseigne aux écrits de l'abbé Pluquet. Il se liment, il se livra à des travaux d'un vrait, avec ardeur , à de nouveaux autre genre, et publia, en 1784, sa travaux ; et un temperament robuste traduction, du latin, des Livres clas- semblait encore lui promettre de siques de la Chine , recueillis par longues années , lorsque, le 18 seple P. Noël, précédés Observations tembre 1790 , revenant de sa prosur l'origine, la nature et les effets menade habituelle dans le jardin du de la philosophie morale et politique Luxembourg , il fut frappé d'apode cet empire , Paris, Debure et plesie, et mourut le même jour, sur Barrois, 1984-1986, 7 vol. in-8°, les huit heures du soir. Il avait fait Les Observations du traducteur, qui son testament huit ans auparavant composent le premier volume de (le 12 mai 1982); en voici les discette collection, sont elles - mêmes positions assez singulières : il léguait un ouvrage curieux et intéressant cinq cents livres à un de ses neveux, sur l'art avec lequel les législateurs et six cents livres, avec sa lampe, chinois ont appliqué les principes à un des fils de Guillaume Debure. de la philosophie morale à la for- Il priait Mme. Barrois d'accepter tous les vins de sa cave, son chif- temps dans le portefeuille de l'auteur, fonnier et sa table à jouer. Indé- sans qu'on sache quel motif lui en pendamment des ouvrages de l'abbé avait fait différer la publication: son Pluquet, cités dans cette Notice, il frère et le savant traducteur de Plupublia encore sous le voile de l'ano- tarque le jugèrent digne d'être imnyme : I. Lettre à un ami, sur les primé; le public en a porté le même arrets du conseil du 30 aoút 1777, jugement. L'éditeur, en ne changeant concernant la librairie et imprimerie rien ni au fond ni à la forme, ne se (Londres, 1977), in. 8°. II. Secon- permit que des corrections de style, de Lettre à un ami sur les affaires et joignit à ce travail utile une exacluelles de la librairie ( Londres, cellente Notice sur l'auteur , qui était 1777), in-8°, III. Troisième Let- son ami. Parmi les manuscrits de tre à un ami sur les affaires de la l'abbé Pluquet, qui sont conservés librairie (1777), in-8°.; cette der- dans sa famille, est un Traité sur nière a quarante-deux pages. Un ar l'origine de la mythologie : il y comrêt du conseil , supprimant les pri- bat vivement le système de Banier, vileges accordés par les anciens ré- La mort le surprit lorsqu'ilétait occuglements pour la réimpression des pé de ce travail important, qui peutonvrages, et laissant à tout impri- être eût jeté quelque jour sur ce que meur la liberté d'imprimer des livres la littérature ancienne offre de plus que , jusqu'alors, les auteurs ou les obscur. Pluquet avait eu le dessein imprimcurs à qui la propriété en de publier un abrégé de ses Leçons avait été transmise, avaient seuls le sur l'Histoire, faites au college de droit d'imprimer et de vendre, pa- France; mais ce travail est resté dans rut à l'abbé Pluquet une violation un trop grand état d'imperfection.du droit de propriété, violation dé- PLUQUET ( Jean-Jacques-Adrien), courageante pour les écrivains, rui- frère de l'abbé, né en 1720, à Baïeux, neuse pour les libraires, et nuisible où il exerça la médecine avec disau commerce, qu'elle devait favori- tinction, pendant soixante ans, a ser. Il réclama les réglements faits laissé, à sa inort (22 octobre 1807), par le chancelier d'Aguesseau. Ses quarante-deux volumes d' Observatrois Lettres sont intéressantes et tions, in - 8o. Ces manuscrits sont curieuses; ne pouvant les publier en entre les mains de M. Scigle, chirurFrance , il les fit imprimer à Lon- gien à Magoi, près de Baïeux. dres, à ses frais. IV. Recueil de piè

V-VE. ces trouvées dans le portefeuille PLUTARQUE, l'un des écrivains d'un jeune homme de vingt- trois de l'antiquité le plus connus, le plus ans, Paris, Didot aîné, 1988, in- cités, et, pour ainsi dire, le plus pa8o. Ce sont les Opuscules du vicom- pulaires, naquit en Béotie, dans la te de Wall, précédé d'un Avertisse- petile ville de Chéronée, qui a donment de M. de Virieu. L'abbé Plu- né son nom à la bataille fameuse, où quet nefut que l'éditeur de ce Recueil. Philippe assura l'asservissement de V. De la superstition et de l'enthou- la Grèce par la défaite des Athésiasine, ouvrage posthuine, publié niens. Il semble que la fortune depar Dominique Ricard, Paris, Adrien vait ce dédommagement aux grands Le Cière, 1804, in-12. Le manus- hommes de la Grèce, de faire naître crit de cet ouvrage était resté long- le peintre de leurs vertus et l'immor

tel conservateur de leur gloire , au tu, la modestie, la connaissance des même lieu qui vit périr cette liberté choses sacrées, l'étude de la philoqu'ils avaientdéfendue.Onignorel'an. sophie et des poètes; et il cite avec née précise de la vaissance de Plutar respect plus d'un bon conseil qu'il que: inais il nous apprend lui-même avait reçu de lui dans sa jeunesse. qu'il suivait, à Delphes, les leçons Plutarque eut aussi deux frères, qu'il d'Ammonius, au temps du voyage de aima tendrement, Lamprias et TiNéron dans la Grèce; ce qui se rap- mon. Dans l'école d'Aminonius, qu'il portcà l'an 66 de notre ère. Ainsi l'on suivit fort jeune, et où il se lia d'apeut conjecturer qu'il vaquit dans mitié avec un descendant de Thémisles dernières années de l'empire de tocle, il apprit les mathématiques et Claude, vers le milieu du premier la philosophie. Sans doute il avait siècle. Plutarque sortait d'une famille étudié, sous des maîtres habiles, touhonorable, où le goût de l'étude et tes les parties des belles - lettres. des lettres était héréditaire. Dans son Ses ouvrages montrent assez que la enfance, il vit à-la-fois son père, son lecture des poètes avait rempli sa aïeulet son bisaïeul; etilfut élevé sous mémoire. Il paraît que, fort jeune en: cette influence des vieilles meurs, core, il fut employé par ses conci- , et dans cette douce société de famil- toyens à quelques négociations avec le, qui sans doute contribua pour des villes voisines. Le même motif quelque chose au caractère de druitu- le conduisit à Rome, où tous les re et de bonté que 'on aime dans ses Grecs doués de quelque industrie et écrits. Il avait conservé souvenir de quelque talent, venaient réguliède son bisaïeul Nicarchos, et des vi- rement, depuis plus d'un siècle, cherves peintures que ce bon vieillard lui cher la réputation et la fortune, en avait souvent faites des malheurs de s'attachant à quelques hommes puissa patric, lorsque le triumvir An- sants, ou en donnant des leçons putoine, dans sa lutte contrc Octave, bliques de philosophie et d'éloquenayant amené la guerre sur les mers ce. Plutarque, on ne peut en douter, de la Grèce, épuisa de contributions ne négligea pas ce dernier moyen tous les pays voisins, et força les ha d'acquérir de la célébrité. Il avoue bitants de Chéronée d'apporter sur lui-même que, pendant ses voyaleurs épaules, jusqu'au rivage, des ges en Italie, il ne put trouver le blés pour sa flotte. Il rappelle avec temps d'apprendre assez à fond complaisance son grand-père Lam- la langue latine, à cause des affaires prias, dont il admirait l'éloquence, publiques dont il était chargé, et des la brillante imagination et la gaîté, conférences qu'il avait sur les matièle verre à la main, dans un petit cer. res philosophiques avec les hommes cle de vieux amis. Il rapporte même instruits , qui venaient le consulun mot que Lamprias aimait à dire ter et l'entendre. Il parlait, profeset à prouver : «C'est que la vapeur sait dans sa propre langue, suivant v du vin opérait sur l'esprit , com- le privilége qu'avaient conservé les » me le feu sur l'encens, dont il Grecs d'imposer leur idiome à leurs v détache et fait évaporer la par- vainqueurs, et d'en faire la langue » tie la plus subtile et la plus ex- naturelle de la philosophie et des v quise. » Quant à son père, Plutar- lettres. Ces leçons publiques, ces déque le vantc beaucoup pour la ver- clamations furent évidemment la pre

mière origine, la première occasion » lettre, avant que j'eusse achevé des nombreux traités morąux de Plu- » mon discours, et que l'auditoire tarque. Le philosophe de Chéronée » se fût séparé. » Cet Arulénus est exerça dans Rome cette profession celui que Tacite a tant loué, celui de sophiste, dont le nom est devenu que Pline-le-Jeune nomme souvent presque injurieux , et dont l'existen- avec une religieuse admiration, l'ace seule semble indiquer une déca- mi de Thraséas et d'Helvidius, et dence littéraire, mais qui fut plus digne de mourir comme ces deux d'une fois illustrée dans Romc par grands hommes. On ne sait si Plude grands talents et par la persécu- 'tarque prolongea son séjour en Itation. On sait que, sous les mauvais lie, jusqu'à l'époque où Domitien ban. em pereurs, dans l'esclavage public, nit, par un décret, tous les philosola philosophie était le seul asile phes. Les savants ont pensé qu'il aloù se réfugiật la liberté bannie du la plusieurs fois à Rome, mais qu'auforum et du sénat. La philosophie cun de ces voyages n'eut lieu depuis avait servi jadis à perdre la républi- le règne de cet empereur. Ce qui paque; elle n'était alors qu’un vain scep- raît assuré, c'est que Plutarque reticisme, dont abusaient les ambi- vint, jeune encore, se fixer dans sa tieux et les corrupteurs. Par une vo- patrie, et qu'il y resta des-lors, sans cation meilleure, elle devint plus interruption, par uve sorte de patard une espèce de religion qu'em- triotisme, et pour faire jouir ses brassaient les ames fortes. Il fallait concitoyens de l'estime et de la fale secours d'une sagesse qui apprît à veur qui pouvaient s'attacher à son mourir : on invoqua le stoïcisme. nom. Il s'était marié, et avait choisi Plutarque, le plus constant et le plus sa femme dans une des plus anciendédaigneux ennemi des doctrines épines familles de Chéronée: elle s'appecuriennes; Plutarque, l'admirateur lait Timoxène. Il parle de sa famille de Platon et son disciple dans la avec cette effusion de tendresse qu'une croyance de l'immortalité de l'ame, ame douce et pure ajoute encore à la de la justice divine et du bien moral, force du sentiment paternel. Deux de enseignait des vérités moins pures ses enfants et sa fille moururent presque le christianisme, mais qui con- qu'au berceau. Plutarque en a étervenaient au besoin le plus pressant nisé le souvenir, dans une lettre de des ames élevées. Il nous apprend consolation qu'il écrivit à sa femine, lui - même quels illustres Romains et où respire cette vérité et cette aşsistaient à ses leçons. « Un jour, simplicité de douleur , qui sied si » dit-il, que je déclamais à Rome, bien aux esprits les plus élevés. Il » Arulénus Rusticus , celui que Do- trace un portrait des vertus d'une » mitien fit mourir pour l'envie qu'il épouse et d'une mère, en y mêlant » portait à sa gloire , était présent, cette teinte de mours antiques et ces » et m'écoutait. Au milieu de la le- allusions poétiques qui donnent un » çon, il entra un soldat, qui lui si grand attrait à la lecture de ses » reinit une lettre de l'empereur, écrits. Plutarque, qui a composé un » Il se fit un silence; et moi-même Traité sur l'amour conjugal, et qui » je m'arrêtai, pour lui donner le seul des anciens nous a transmis » temps de la lire: mais il ne le l'admirable histoire d'Eponine et de » voulut pas, et 'n'ouyrit point la Sabinus , paraît avoir connu, dans toute sa pureté, le bonheur de cet tarque faisait battre de verges un esamour, dont il a célébré les devoirs clave coupable de quelques fautes , et l'héroïsme. On trouve, à ce sujet, l'esclave, au milien de ses gémissedans ses ouvrages, une anecdote char- ments, s'avisa de reprocher à son mante, et qui semble bien plus digne maître que cette violence prouvait de l'ancien âge d'or de la Grèce que en lui peu de philosophie, et de lui du siècle de fer de Domitien. Plutar- objecter un beau Traité sur la douque, peu de temps après son maria- ceur, qu'il avait composé, et dont ge, eut quelques démêlés avec les il se souvenait si peu : « Comment , parents de sa femme, gens difficiles » malheureux, lui dit Plutarque d'un ou intéressés peut-être, ce que nous v ton calme, me crois-tu cn colère , nous gardons bien de juger. La jeune » parce que je te fais punir? mon vifemme, inquiète de ces petits débats, sage est-il enflammé? m'échappe-tet craignant la plus légère atteinte à » il aucun mot dont je doive rougir? la douce union où elle vivait avec son v ce sont-là les signes de cette comari, le pressa de venir sur le mont » lère que j'ai interdite au sage. » En Hélicon, faire un sacrifice à l'Amour, nême temps le philosophe se tourqui, dans la gracieuse théologic de rant vers l'exécuteur du châtiment, Pantiquité, n'était pas seulement, lui dit, suivant le récit d'Aulu-Gelle: comme on le croit d'ordinaire, le « Mon ami, pendant que cet homme dieu des amants et le gardien des ser- » et moi nous discutons, continue ments passagers, mais qui étendait » toujours ton office.» Il y auraitdans encore son pouvoir à tous les liens ce bon mot plus d'esprit que d'huma. de famille, à tous les sentiments af- nité. Plutarque semble nous apprenfectueux, et était même chargé de dre lui-même, qu'il n'avait ni tant de maintenir dans le monde physique la patience, ni tant de rigueur. «Je m'é. concorde et l'harmonie. Plutarque » tais, dit-il, emporté plusieurs fois consentit à ce pieux voyage, et ac- » contre mes esclaves; mais, à la fin, compagna sa femme, avec quelques- » je me suis aperçu qu'il valait mieux uns de ses amis. Ils sacrifièrent sur » les rendre pires par mon indulgenl'autel du dieu, et revinrent avec » ce, que de me gâter moi - même cette 'douce paix du cour que le » par la colère, en voulant les corvoyage seul était bien fait pour ins- » riger. » Nous préférons croire à cet pirer. Montaigne regrette que nous aveu ; et, il s'accorde davantage avec n'ayons pas des Mémoires de la vie le caractère universel de bienveillande Plutarque : il remarque d'ailleurs ce, avec cette espèce de tendresse avec raison , que les écrits de ce d’ame, que Plutarque montre dans ses grand homme, à les bien savourer, écrits , et qu'il étend jusqu'aux anile découvrent assez, et le font con- maux. Celui qui disait de lui-mênaitre jusque dans l'amé. Ce sont me, qu'il n'aurait voulu pour rien au en effet là les plus sûrs mémoires. On monde vendre un bouf vieilli à son y voit un grand fonds, non pas seu- service, pouvait-il plaisanter sur le lement de vertu , mais de bonté mo- supplice d'un esclave ?' Plutarque, rale; et, sous ce rapport, ils sem- pendant le long séjour qu'il fit dans blent démentir une anecdote rappor. sa patrie, fut sans cesse occupé d'elle. tée par Aulu-Gelle, et qu'il tenait du Jaloux avec passion de l'ombre de philosophe Taurus. Un jour que Plu- liberté qui restait à ses concitoyens

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