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que poisson, d'après le système de Plumier, contenues dans des Recueils Linné, et même compter le nombre de cetle époque, nous citerons de des rayons. Bloch a emprunté un préférence celle sur la cochenille assez grand noinbre de ces dessins, (Journal des Savants pour l'année et il en cite beaucoup d'autres, ainsi 1694), sur laquelle on n'avait avant que les descriptions. Le même vo- , lui que des notions fort incomplètes. lume offre des crabes, des plan- Plumier, qui l'avait découverte à la tes marines, des tortues, des gre Martinique, la décrit fort en détail, nouilles, etc., etc.; et il est surtout et prouve que c'est un insecte. C'est remarquable , ajoute Bloch , par une aussi le sujet d'une lettre à Frédéanatomie exacte (expression rela-, ric Richter, de Leipzig (Mém. de tive) du crocodile, de la tortue de Trévoux , septembre, 1903), dans mer, etc., etc. Trente-cinq feuilles laquelle il allègue de nouvelles preusont consacrées à des détails anato- ves et de nombreux témoigoages. miques. Ce serait , selon lui, une Si l'on compte tout ce qui a été puperte, si ce manuscrit , surtout la blié, l'on verra , en admettant qu'il partie de l'anatomie des animaux, y ait beaucoup de répétitions, que n'était pas publié. Le P. Fcuillée plus de la moitié des dessins de Plun'a pas été aussi juste envers Plu- mier sout encore inédits. Plusieurs mier, auquel il a, sans le citer, étrangers ont reproché avec raison emprunté plusieurs objets dans sa cette négligence aux Français. TouteDescription des plantes médicinales fois ces nombreux volumes ne sont de l'Amérique. Gautier, dans son point exposés à être dévorés par les Journal de Physique , le cite, au insectes, comme le fait entendre contraire, plusieurs fois, et donne, Burmann ( Préface ) : ils sont dans entre autres ( ann. 1775, 15€. part.) le meilleur état de conservation ; et deux mémoires curieux sur l'ana- chacun a, pour les consulter , les faci. tomie et les meurs du crocodile ; lités que l'on rencontre toujours dans mais les figures sont si mal co- les magnifiques établissements qui piées et coloriées, qu'elles ne pour les renferment. La science recueilraient que donner une idée défavora- lerait, sans doute, un grand avanble du talent de Plumier. On lit, dans tage de la publication d'un choix de le Journey to Paris, de Lister, un ces dessins et descriptions, tirés du passage fort intéressant sur notre Penu, des Ombellifères, de l'Hortus auteur , dont il cite une grande quan. botanicus , du Botanographia, et tité de découvertes et de dessins, des xvio.-Xixo, volumes. On a de la entre autres celui d'une scolopendre peine à concevoir qu'une si prodid'Amérique, d'un pied et demi de gieuse quantité de travaux de cette long , qu'il joint lui-même à son ou- nature ait été exécutée par un seul vrage. Plumier lui dit qu'il avait de homme; mais l'étonnement redouquoi faire dix volumes aussi considé- ble quand on songe que cela eut lieu rables que ceux qu'il avait déjà mis dans l'espace de quinze années (1689au jour : il n'avait pas encore pu ( en 1904), pendantlesquelles Plumier fit 1698 ) obtenir de les faire publier trois voyages en Amérique, en parpar l'imprimerie royale; mais il es- courant les Antilles françaises dans pérait que cela aurait lieu sous peu, toutes les directions; qu'il fut trèsetc. Parmi plusieurs Dissertations de souvent malade pendant son troisième voyage; qu'enfio, lorsqu'il était Recueil offre (janv. 1904, p. 165) en France, les devoirs très-assujétis- ses Observations sur le crocodile, le sants de son état occupaient une gran. colibri , etc. Plumier était remarde partie de son temps. L'isolement, quable par sa bonté et sa candeur. la vie du cloître, et l'enthousiasme Aussi a-t-il été trompé plus souvent pour la science, expliquent ces pro- qu'un autre. Le P. Labat , qui fait diges. On peut voir, dans la Préface un grand éloge de son caractère, du Solum , Salum , Coelum , com- comme de ses connaissances et de ment Plumier parle lui-mêine de son ses talents, cite, entre autres, son exardeur pour les voyages et les re- posé du procédé employé pour l'excherches d'histoirenaturelle.Ce mor traction de l'indigo (Voyage aux ceau est d'un grand intérêt; et il îles, t. rer, p. 287). Il faut lire aussi prouve en même temps, par de nom- dans le quatrième vol. , ch.4, l'hisbreuses imitations, combien l'auteur toire fort amusante de la prétendue était nourri de la lecture des anciens. découverte de la pourpre, et d'une Indépendamment de ses immenses liane qui préservait des serpents. Latravaux en histoire naturelle, on a bat assure qu'il était très-mystérieux, de cet infatigable religieux , l'Art de et ne communiquait qu'avec beautourner ou de faire en perfection tous coup de peine ses découvertes ; ce tes sortes d'ouvrages au tour, Lyon, qui ne paraît pas s'accorder avec les 1901, in - fol. , de 187 pages, avec traits principaux de son caractère. 80 pl. Cet ouvrage , écrit en fran- Tournefort a consacré à Plumier le çais et en latin , et qui a eu l'honneur genre Plumeria (le Frangipanier), d'être traduit par une tête couronuée très-beau genre des apocynées, com(V. PIERRE, XXXIV, 360), offre le posé d'arbres et d'arbustes d'Amérirésultat de la grande pratique de que.

: D-u., l'auteur dans un art où il était fort PLUNKETT (OLIVIER), issu adroit, et de ce qu'il avait eu occa- d'une illustre maison d'Irlande , consion de voir à Paris, à Marseille et nue par son inviolable attachement Rome, chez les meilleurs ouvriers en à la religion catholique, naquit au ce genre: aussiest-il encore estimé et château de Rathmore, au comté de recherché aujourd'hui, quoique Hu Meath, en 1629. Après avoir reçu lot et Bergeron aient publié depuis, sa première éducation au sein de sa surle même sujet, des traités bien plus famille, il se rendit à Rome , pour y détaillés. Comme ce livre n'avait pas finir ses études ; et le pape lui confia, été imprimé sous les yeux del'auteur, bientôt après, une chaire de théoloil s'y glissa des fautes que Plumier gie. Ses vertus et ses talents le firent se proposait de corriger dans une éleverà la dignité d'archevêque d'Ardeuxième partie; mais la mort l'em- magh et de primat d'Irlande. Malgré pêcha de la publier(V. sa Réponse à les périls dont elle était environnée, M. Baulot, dans les Mémoires de Tré- il l'accepta de préférence à l'évêché voux, de nov. 1902, p. 112): ellen’a de Montefiascone. Le retour d'Oliparu que dans la réimpression de vier Plunkett, dans sa patrie, fut '. Paris, 1749. On trouve, dans la mê célébré par de nombreux témoigname lettre à Baulot, une description ges d'enthousiasme, que sa conduite détaillée de l'organe de l'ouïe dans apostolique justifia complètement; la grande tortue de mer. Le même mais quoiqu'il n'eût cessé de mettre

la tolérance au nombre des devoirs philosophie sous l'abbé Dclarue. Il religieux, son zèle le rendit suspect était âgé de vingt-six ans lorsqu'il aux protestants ; ses aumônes abon- vint à Paris (1742), suivre un cours dantes le firent accuser d'ambition de théologie, et prendre ses grades et de projets facticux. Sous le pré- dans l'université. Pour n'être pas à texte d'une conspiration que ses en- charge à ses parents, dont la fornemis avaient imaginée, il fut arrêté, tunc était bornée, il fit l'éducation conduit à Londres, et condamné, de deux jeunes seigneurs espagnols, par un jury non moins ignorant que et devint bientôt précepteur de fanatique, à la peine de mort, qu'il l'abbé de Choiseul , depuis archesubit, le 1er juillet 1681, après avoir vêque d'Albi et de Cambrai. Il resta prononcé sur l'échafaud un discours toute sa vie attaché à son élève, qui plein de uoblesse et de dignité. Son lui fit obtenir une pension de deux corps fut inhumé dans le cimetiè- mille livres. Dès lors, l'abbé Pluquet re de Saint - Gilles - des - Champs, put vivre indépendant, et se livrer sous une lame de cuivre, portant entièrement à l'étude. Il devint ba. l'inscription suivante, en anglais : chelier en 1745, licencié de Sorbonne « Ce tombeau renferme la dépouille en 1950. Admis à la faculté des arts, » mortelle du révérendissime Olivier dans la nation de Normandie, ses » Plunkett, archevêque d'Armagh, collègues le nommèrent leur procu» et primat d'Irlande , qui fut, en reur auprès du tribunal de l'univer» haine du catholicisme, accusé de sité. A cette époque, la librairie fran» haute - trahison par de faux té- caise avait dans son sein des hom» moins , condamné et exécuté à Ty- mes instruits et distingués. Les sa» burn. Son coeur et ses entrailles lui vants et les littérateurs aimaient à se » furent arrachés et jetés au feu. Il réunir dans les maisons des Barrois, » souffrit le martyre, le 1er, juillet des Latour, des Mercier, des Desaint: » 1681, sous le règne de Charles II.» c'est là que l'abbé Pluquet connut les Plunkett a laissé des Mandements et membres les plus recommandables des Instructions pastorales, regardés des académies des sciences et des comme des modèles. On les a re- belles-lettres, et qu'il se concilia leur cueillis en 2 vol. in-4°, Londres, estime par la justesse de son esprit et 1686. Il avait charmé ses loisirs, à l'étendue de son savoir. Le Nestor de Rome, par la culture des arts; et l'on la littéralure, Fontenelle, fit du jeune trouva dans ses papiers une descrip- abbé son ami particulier : Helvétius tion des plus beaux monuments d'ar- le rechercha; Montesquieu se l'attachitecture antique, qui n'a point été cha, en lui donnant un pricuré qui imprimée.

ST-T. était à sa nomination. L'abbé PluPLUQUET (François-ANDRÉ- quet avait quarante-deux ans, lorsADRIEN), savant et judicieux écri- qu'il publia son premier ouvrage , vain, né à Baïeux, le 14 juin 1716, l'Examen du fatalisme , Paris, fit ses humanités au college de cette 1757, 3 vol. in-12. L'auteur, on ville , sous la direction d'un père s'instruisant dans les sciences reéclairé, et de l'abbé Le Guédois, latives à son état, n'avait point néson oncle maternel , curé de Saint- gligé les études d'un autre genre; et Malo. A l'âge de dix-sept ans, il il était principalement versé dens fut envoyé à Caen, où il étudia la celle de l'antiquité. Il expose, avec

clarté et précision , tous les systèmes principes d'Epicure, avaient enfanté que la hardiesse de penser a produits de nouvelles sectes de fatalistes, depuis les premiers tempsde la philo- lorsquc Bacon vint porter la lumière sophie jusqu'à nos jours , sur l'ori. dans les sciences , en substituant à la gine du monde, la nature de l'ame, tyrannie des noms célèbres, l'autorité le principe des actions humaines, la de la raison, et en adoptant le doute cause productrice des êtres, leur ori- méthodique, qui lui fut dans la suite gine et leur destination. L'auteur re- emprunté par Descartes. Cette més înonte à l'introduction du fatalisme thode ébranla l'empire des préjuchez les peuples les plus anciens, dans gés, rendit à la pensée sa liberté nal'Egypte, la Chaldée, les Indes et turelle, et ouvrit le chemin le plus les autres contrées de l'Orient. Il suit sûr pour arriver à la vérité. Mais ses progrès dans les différentes éco- l'on abusa bientôt du doute métholes de la Grèce, jusqu'à l'origine du dique. Hobbes et Spinosa reprodui. christianisme, et depuis cette époque sirent le fatalisme sous de nouvelles jusqu'à la destruction du Bas-Empi- formes. L'abbé Pluquet expose leurs re. Il fait connaître, avec les princi- systèmes, ainsi que les opinions de pales sectes de fatalistes qui se for- Toland , de Collins, de La Metinèrent parmi les Chrétiens d'Orient trie et de quelques autres écrivains et d’Occident, la part que les Juifs moins fameux; mais il ne lui suffiprirent à leurs querelles et à leurs sait pas de donner l'histoire des erreurs. On sait qu'elles avaient ou nombreuses sectes du fatalisme : il recevaient pour base, soit les prin- reproduit, 'sans les dissimuler ni cipes de Platon, soit les opinions d’A. les affaiblir, toutes les difficultés des ristote, qui partageaient alors l'em- diverses hypothèses ; il les combat, pire des sciences. Mahomet avait dans les deux derniers volumes, avec fait du fatalisme son dogme favori; autant de force que de succès. Comet il devint celui de toutes les reli- parant enfin le système du fatalisme gions de l'Orient. Le Koran engen- à celui de la liberté, il démontre dra des sectes opposées , qui ne s'ac- que le fatalisme ne propose à l'hom. cordèrent que dans le fanatisme san- mc aucun moyen suffisant pour l'églant de leur propagation. Après loigner du vice et le porter à la vertu, avoir exposé leurs désolantes doc- tandis que le dogme de la liberté moratrines, Pluquet recherche l'origine et le est le frein le plus salutaire contre les progrès du fatalisme dans l'In- les passions, et qu'il inspire les sentide, la Chine, au Japon et dans le ments vertueux que le fatalisme dé royaume de Siam. Revenant ensuite truit. Le premier ouvragede Pluquet sur ses pas, il trace la révolution qu'a. lui fit une réputation qui attira bienmena dans l'Occident la chutedelem, tôt les regards des encyclopédistes : pire de Constantin. L'ancienne phi- ils cherchèrent à l'engager dans leur losophie et ses systèmes suivirent parti, et lui deinandèrent des artil'émigration des savants grecs en Ita- cles pour leur grand dictionnaire: lie. De nouvelles opinions s'y pro- mais Pluquet refusa de former aucupagèrent. Les sentiments d'Aristote, ne liaison avec des hommes qu'il rede Pythagore, de Platoo; les dogmes gardait comme ennemis du trône et de Zénon; les doctrines d’Anaximan- de l'autel; et, loin de atribuer dre, de Diogène d'Apollonie, et kas à la confection de l'Encyclopédic, il présenta cet ouvrage, moins com- ou traités historiques et théologiques, me le trésor des connaissances dans lesquels , après avoir retracé la humaines, que comme un vaste de naissance, les progrès et les effets pôt des erreurs anciennes et nou- de chaque hérésie, l'auteur en réfute velles : il publia , en 1962, les les principes avec solidité et préci. Mémoires pour servir à l'Histoire sion. Les protestants, en l'accusant des égarements de lEsprit humain, de partialité, ont rendu justice à sa Paris, Barrois, 1762, 2 vol. in-8°. modération, bien éloignée de l'emporCet ouvrage, plus connu sous le nom tement des anciens controversistes. de Dictionnaire des hérésies, mon- L'excellent Dictionnaire des hérétre partout l'historien exact, le sa- sies a été réimprimé à Besançon, vant théologien, et, en général, le en 1818, 2 vol. in-80. L'éditeur y a critique sans partialité. Il existait ajouté quatre longs articles de sa fadéjà un livre sous le même titre. Le çon ( Constitutionnels, Jansenisme, Jibraire Barrois voulnt en donner une Quesnélisme et Richer),dans lesquels nouvelle édition, et desira que l'abbé on a cru voir des personnalités et Pluquet revît le style, et rectifiât les des injures. M. Pluquet , neveu de fautes et les erreurs de ce Diction- l'auteur, a réclamé, dans un journal naire. Mais Pluquet sentit bientôt la (le 16 juin de la même année), connécessité de le refondre en entier ; et tre cet esprit de haine, mêlé à l'ouil composa un ouvrage nouveau. On vrage d'un homme qui a jamais a trop loué, sans doute, le Discours ' v n'injuria personne, dont les écrits préliminaire, en le comparant au » se distinguent par une critique Discours de Bossuet sur l'Histoire éclairée, une piété sincère, une sage universelle ; mais il peut être regar- » tolérance , etc. » ( Voy. l'Ami de dé comme un tableau rapide des éga- la religion et du roi, du 24 juillet rements de l'esprit humain. Cepen- 1819, xx, 337). L'abbé Pluquet dant l'auteur ne se trompe-t-il pas avait dédié le Dictionnaire des hérélui-même en supposaut à Alexandre, sies à son élève, devenu archevêque d'après le témoignage de Plutarque, d'Albi. Ce prélát voulut attacher à le projet de conquérir la terre, pour la conduite de son diocèse , un théoréunir tous ses habitants sous une logien si profond et un esprit si sage. même loi qui les éclairât, « qui les Il nomma l'abbé Pluquet son grand« conduisît tous, comme le soleil vicaire, et le mena à Cambrai, lorso éclaire tous les yeux ? » N'est.ce qu'il fut placé sur ce siégc en 1764:le pas donner trop de poids à une dé- prélat lui fit rédiger ses meilleurs clamation de la jeunesse de Plutar- mandements. C'est dans les délasseque, et pas assez à la vie du conqué- ments de ses nouvelles fonctions , rant, écrite par le même historien que l'abbé Pluquet composa son Trai. dans un âge mûr? L’Histoire des de la sociabilité, Paris, Barrois, égarements de l'Esprit humain, 1967, 2 vol. in-12. Les plus hautes avant et depuis le christianisme , si questions politiques sont traitées dans bien tracée en masse, d'époque en cet ouvrage, avec la sagesse , la force époque et de siècle en siècle, dans de raisonnement et le style pur et le Discours préliminaire, est exposée correct qui caractérisent les autres en détail dans le Dictionnaire. La plu- écrits de l'auteur. Il combat le syspart des articles sont des Mémoires tème de Hobbes , et s'attache à prou

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